"À Ceuta, ils mangent les chats" : de fausses images et une rumeur persistante

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"À Ceuta, ils mangent les chats" : le 20 août dernier sur X, Nicolas Conquer, soutien français de Donald Trump, n'a pas hésité à s'inspirer du président américain pour dénoncer la situation dans l'enclave espagnole, touchée par une crise migratoire depuis fin juillet.

En 2024, Donald Trump avait soutenu que des immigrés haïtiens aux États-Unis mangeaient des chats et des chiens. Mais cette fois-ci, les accusations visent les 2 000 à 5 000 migrants qui sont restés dans l’enclave espagnole de Ceuta sur les 70 000 à avoir traversé fin juillet la frontière marocaine. De nombreux internautes espagnols et français dénoncent depuis plusieurs jours de supposés sévices contre des chats à Ceuta.

De telles allégations ont notamment été relayées par plusieurs médias espagnols, dont le site conservateur espagnol La Gaceta : le 19 août, ce dernier a publié un article qui annonce "des chats massacrés, des pigeons et des goélands dévorés" à Ceuta "après l'invasion migratoire". En photo de une, on retrouve un chaton blanc mort près d'une poubelle.

Le média espagnol indique également avoir recueilli le témoignage d'une responsable d'association de protection des animaux ayant vu "de nombreux chats morts, mutilés", certains par exemple  "amputés de la moitié du corps".

Aussitôt, la photo du chaton blanc est reprise et rediffusée en ligne, notamment par le média local de la localité espagnole Ceuta Ahora, aux 130 000 abonnés sur Facebook. En parallèle, une photo d'un chat roux mort est également diffusée par un autre site local, la Verdad de Ceuta.

À gauche, publication sur Instagram le 19 août 2026 du site espagnol La Gaceta, qui affirme que la photo d'un chaton blanc mort près d'une poubelle a été prise à Ceuta. À droite, article de la Verdad de Ceuta, qui a publié la photo d'un chat roux en une d'un article sur des chats morts à Ceuta. En réalité, aucune de ces deux photos n'ont été prises à Ceuta. À gauche, publication sur Instagram le 19 août 2026 du site espagnol La Gaceta, qui affirme que la photo d'un chaton blanc mort près d'une poubelle a été prise à Ceuta. À droite, article de la Verdad de Ceuta, qui a publié la photo d'un chat roux en une d'un article sur des chats morts à Ceuta. En réalité, aucune de ces deux photos n'ont été prises à Ceuta. © Montage les Observateurs

Aucune photo authentifiée de chat tué à Ceuta diffusée à ce jour

Mais aucune de ces photos, toutes deux décontextualisées, ne montre réellement des chats tués à Ceuta. Comme l'a démontré le média de vérification espagnol Maldita, la photo du chaton blanc a en réalité été prise un an plus tôt sur les îles Canaries. Une recherche d'image inversée (voir notre guide) permet de retrouver la photo d'origine dans un média local qui mentionnait des morts de chats suspectes. 

Même chose pour le chat roux, dont la photo a été prise en octobre 2025 dans la commune de Balaguer en Catalogne et diffusée à l'époque par des médias locaux.

Sur place, l'une des associations de protection des colonies de chats à Ceuta, Agrevice Ceuta, a appelé à plusieurs reprises ces derniers jours sur Facebook à faire attention à ces "fausses révélations" concernant de supposés meurtres de chats par des migrants à Ceuta.

Dans une autre publication du 24 août, l'association a "rejeté les informations alarmistes et non vérifiées relayées au niveau national" et précisé n'avoir "perdu aucun chat parmi les 500" pris en charge par l'association. 

Interrogé par la rédaction des Observateurs, le président de l'association Eduardo Sanchez a expliqué n'avoir ni vu ni entendu aucun sévice contre des chats au 25 août : 

"Depuis que la crise [migratoire] a commencé, nous avons été constamment dans la rue pour surveiller nos colonies de chats, mais aussi d’autres colonies pour leur donner à manger et leur donner de l’eau". 

"Je suis en contact permanent avec les services de la ville, chargés de ramasser les animaux morts : à aucun moment quelqu'un parmi ces services m’a dit qu’ils avaient trouvé un chat roué de coups, écorché ou mort [depuis fin juillet]."

De "fausses" rumeurs

Contactée par notre rédaction, la section locale de l'Association unifiée de la Garde civile (AUGC), plus grande organisation de représentation des agents de la Garde civile, a également dénoncé de "fausses" rumeurs. En ligne, aucune photo vérifiée censée montrer des chats tués ou maltraités à Ceuta n'a circulé.

Le média espagnol La Gaceta, qui avait publié la photo décontextualisée du chat blanc mort, a depuis remplacé la photo par une mosaïque de quatre photos, qui montrent cette fois-ci des oiseaux morts. Si une des photos semble montrer un pigeon décédé sans trace de violence, trois des photos montrent le même pigeon mort et qui semble partiellement déplumé et démembré.

Selon le journaliste de La Gaceta à l'origine de l'article que notre rédaction a contacté, des sources sur place lui ont indiqué "avoir trouvé des mouettes mortes — dont certaines à moitié dévorées —, car bon nombre des personnes qui sont entrées à Ceuta n'ont rien à manger et souffrent de la faim." 

Notre rédaction n'a toutefois pas pu confirmer ces éléments. L'auteur de l'article n'a pas donné suite à nos demandes de preuves visuelles de chats maltraités ni à nos demandes de contact avec les personnes qui lui avaient fait part de ces tortures. 

Une autre photo générée par IA

Ces derniers jours, une autre photo censée cette fois-ci montrer un migrant en train de maltraiter un chat a été diffusée par plusieurs internautes en ligne. Mais il s'agissait en réalité d'une photo modifiée par IA issue d'une vidéo tournée à Ceuta du média espagnol El Pais, comme l'a également documenté le média de vérification Maldita.

L'image contient en effet le filigrane "SynthID", un tatouage invisible qui indique qu'elle a été modifiée ou générée par IA. À l'origine développé par Google, cet outil de marquage a été également adopté par d'autres entreprises d'IA comme OpenAI (voir leur outil ici) pour détecter des contenus générés par IA.

À gauche, capture d'écran issue d'une vidéo diffusée par le média espagnol El Pais, qui montre un migrant à Ceuta avec un baton dans les mains. À droite, l'image générée modifiée par IA le montre désormais avec un chat dans les mains. L'outil d'Open AI a détecté que l'image avait été générée par IA. À gauche, capture d'écran issue d'une vidéo diffusée par le média espagnol El Pais, qui montre un migrant à Ceuta avec un baton dans les mains. À droite, l'image générée modifiée par IA le montre désormais avec un chat dans les mains. L'outil d'Open AI a détecté que l'image avait été générée par IA. © Montage Les Observateurs

Les colonies de chats subissent bien certaines perturbations liées à l'arrivée subite de plusieurs milliers de personnes sur le territoire, ce qui a pu mener à la disparition temporaire de nombreux animaux déplacés de leur habitat naturel, comme l'a rapporté Eduardo Sanchez à notre rédaction.

Mais à la date de publication, aucune preuve publique et vérifiable permettant d'établir un lien entre la mort ou la disparition de chats et l'arrivée de migrants n'a été identifiée par notre rédaction. "Si demain, un chat apparaît avec la tête arrachée, nous le raconterons aussi", a déclaré Eduardo Sanchez.

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