« À Troyes, on a filé la couronne de France aux Rosbeefs ! » : la nouvelle vidéo historique de Lorànt Deutsch dépote

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« On ne dirait pas les amis… Mais ici, derrière moi, a été enterré un roi il y a 2 500 ans ! » Lorsque le comédien-historien Lorànt Deutsch attaque son épisode consacré à l’histoire de Troyes sur sa chaîne YouTube « À Toute Berzingue ! », difficile de s’imaginer qu’une tombe princière se cache sous une boulangerie industrielle de Lavau, au nord de l’agglomération de Troyes (Aube).

Objet d’une grande exposition au musée d’art moderne de Troyes, le prince de Lavau est le premier héros d’une balade de 31 minutes à travers la ville et ses alentours. Un épisode plutôt long, preuve de la richesse des découvertes faites sur place. « On n’arrivait pas à couper, alors que j’essaie de tenir ma chronique dans un format de 15 à 20 mn… Mais c’est Troyes fois plus, donc c’est normal », s’amuse le comédien.

Cette nouvelle « Iliade », comme Lorànt Deutsch présente sa série YouTube sur les grandes villes de France et du Monde, nous emmène donc avec le comédien à travers les rues historiques de Troyes, ses pavés, ses maisons à pans de bois et, bien sûr, son histoire, celle de ce fameux prince de Lavau, vers - 450 avant Jésus-Christ, jusqu’à l’essor de l’industrie textile et de la bonneterie après la Seconde Guerre mondiale, avec de grandes marques locales comme Petit Bateau, Lacoste, Tismail… et ces magasins d’usine qui ont franchi le cap du XXIe siècle. Tout y passe, au moins succinctement.

On se laisse facilement prendre au jeu de cette balade vidéo depuis les Gaulois des Tricasses (à l’origine du nom de Troyes) qui se poursuit avec le développement de la cité durant l’époque romaine (sous le nom d’Augustobona) ou encore la résistance aux invasions barbares, lorsque l’évêque Saint Loup a sauvé sa cité du chef des Huns, Attila.

Le Moyen Âge n’est pas oublié, avec l’essor du christianisme, la construction de lieux de cultes comme la cathédrale de Troyes et l’abbaye Saint-Martin-ès-Aires, l’ordre du Temple crée en 1129 à Troyes, sans oublier la présence du rabbin Rachi (expert du Talmud)… et, bien sûr, les comtes de Champagne.

« Un comté qui, au XIIe siècle, est plus important que le domaine royal », rappelle Lorànt Deutsch dans sa vidéo en nous montrant « un petit bout du palais des comtes de Champagne », conservé dans le mur d’enceinte de l’Hôtel-Dieu-le-Comte, au centre-ville. « C’est un petit témoignage, mais tout ce qui est petit est précieux… j’en sais quelque chose ! », sourit-il avec autodérision.

« C’était vraiment Wall Street à l’époque »

Cette petite pointe d’humour contribue au succès du format, notamment lorsqu’il évoque le Traité de Troyes. En pleine guerre de Cent Ans, il prévoyait que le roi Henri V d’Angleterre succède à son beau-père, le roi Charles VI de France. « À Troyes, on a filé la couronne de France aux Rosbeefs ! », ironise Lorànt Deutsch.

L’animateur s’est également penché sur l’histoire économique de Troyes, symbolisée par ces fameuses Foires de Champagne au Moyen Âge. « C’était vraiment Wall Street à l’époque, c’est là où l’Europe médiévale se rencontrait comme à l’époque de notre roi celte de Lavau au Ve siècle avant JC ! », assure-t-il. Une séquence consacrée aux nombreux moulins en bord de Seine évoquera également l’essor des papeteries.

Présent ce vendredi 5 juin à Saint-Julien-les-Villas lors d’une projection en avant-première organisé par l’un des partenaires du tournage (Groupama), l’historien aubois François Gilet a eu envie d’apporter sa pierre à l’édifice : « A la limite de Troyes et Saint-Julien-les-Villas, il y avait ce qu’on appelle le moulin du Roi, qui correspond à l’ancienne papeterie Bolloré. Les papetiers (formés en Émilie-Romagne) y ont exercé dès 1348. C’est la première attestation d’une activité papetière en France », explique-t-il.

Tout comme l’assistance, François Gilet a apprécié l’exercice de vulgarisation opérée par Lorànt Deutsch. « Je trouve sa stratégie très intéressante car, comme il l’a très bien rappelé, l’Histoire est quelque chose de difficile, d’ingrat… Il faut arriver à la décliner de façon cohérente et simple pour que les gens soient interpellés et aient envie d’aller au-delà. Ne pas les assommer avec trop de détails, et les laisser rêver. Parce que l’Histoire, finalement, c’est le rêve de chacun. »

Sourire également du côté du directeur de Troyes La Champagne Tourisme, qui y voit un bel outil de promotion pour la ville de Troyes. « Avec Laurent Deutsch, on s’adresse à des explorateurs, constate Patrice Ruelle. Ce sont ces touristes qu’on recherche, parce qu’ils vont, comme lui, aller farfouiller, pousser un porche, aller découvrir les vestiges enfouis de la période gallo-romaine, regarder derrière une façade un peu défraîchie et imaginer qu’on pouvait travailler dans une usine de bonneterie. Donc, oui, il est sur le bon ton et, franchement, ça nous va bien », se réjouit-il.

Ce ton léger peut s’assumer après une préparation minutieuse du tournage. « Évidemment, quand on vient avec sa narration, il faut qu’elle soit validée par les historiens. On fait appel aux offices de tourisme, aux guides conférenciers, etc. », précise Emmanuel Sokol, producteur d’« À Toute Berzingue ».

Des choix ont dû être opérés au moment du montage, de façon à ne pas perdre le public en cours de route : « Le but du jeu, c’est de rendre ça léger et de faire en sorte que le personnage principal de notre histoire ne soit pas une cartographie de Troyes, mais bien Troyes, un bonhomme de 2 500 ans », plaide Lorànt Deutsch.

À lire les premiers commentaires sur YouTube, cette mission semble pleinement réussie. « Je n’aurai jamais imaginé dire ça un jour mais Lorànt Deutsch m’a donné envie de visiter Troyes », félicite @Marsouin29140. « J’aime cette ville que je pensais connaître en détail et pourtant j’ai appris encore de nouvelles choses », complète @pierrettechicard3361. « Superbe épisode, sur une des villes les mieux conservées et avec des vestiges qui font partie des plus beaux joyaux de l’Histoire de France », ajoute @maxmars10. De son côté, Lorànt Deutsch travaille déjà sur la production de sa prochaine vidéo, consacrée à… Rodez. On change de décor.

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