A Vernon, on n’a pas oublié le manoir du « collabo » Luchaire interprété par Jean Dujardin

il y a 7 hour 1

Le nouveau film du réalisateur Xavier Giannoli, « Les Rayons et les ombres » sorti ce mercredi rappelle les tristes souvenirs de l’Occupation à Vernon, dans l’Eure. Ceux de fêtes débridées au cœur d’une ville meurtrie par la guerre. Au cinéma, la fresque historique revient sur le parcours de Jean Luchaire, patron de presse collaborationniste fusillé en 1946, et de sa fille Corinne, incarnés respectivement par Jean Dujardin et la jeune Nastya Golubeva.

Logo elections municipales 2026

C’est à Vernon, au cœur d’une ville largement détruite par les bombardements incendiaires de la Luftwaffe en juin 1940, que Jean Luchaire acquiert le château Saint-Lazare comme maison secondaire autour de l’année 1942. Il y séjournera jusqu’en 1944. Cette ancienne léproserie dont l’origine remonte au XIIe siècle est à l’époque un joli manoir entouré d’un vaste parc.

Seule subsiste l’aile nord, le reste a été détruit

« Au départ, s’il choisi de se mettre au vert si on peut dire, c’est notamment en raison de la maladie de sa fille, une actrice à succès, qui est atteinte de tuberculose, tout comme lui », détaille l’écrivain Alexandre Révérend, qui aujourd’hui habite l’aile nord de la bâtisse dont le reste a été détruit en 1971. « En raison de son état de santé, les assurances ne veulent plus prendre le risque de lui faire tourner de films. Son père espère la remettre sur pied. Des photos où on la voit faire de l’exercice, grimper dans les arbres sont même publiées pour les convaincre qu’elle va mieux... Sans beaucoup de succès. »

Couvée par les autorités vichystes locales, la famille Luchaire mène grand train à Vernon, s’approvisionnant au marché noir pour ne manquer de rien, alors que la population doit faire face aux privations. « Les fêtes débridées qui sont organisées dans le manoir choquent les Vernonnais. Il y a un décalage total entre la vie au château Saint-Lazare et la leur », continue Alexandre Révérend qui s’est passionné pour le passé de ce lieu et, par extension, pour le sulfureux Jean Luchaire. Une quête pas toujours facile.

A l’image des bunkers enterrés au fond de leurs jardins par les habitants du littoral normand, le passé vernonnais du grand ami d’Otto Abetz, l’ambassadeur du IIIe Reich à Paris, sombre dans un oubli presque honteux. Le livre de souvenirs écrit par l’actrice déchue, qui mourra en 1950 à seulement 28 ans, s’échange presque sous le manteau. « Pour le trouver, il fallait traîner dans des librairies parisiennes d’extrême-droite peu recommandables », se souvient celui qui a partagé un repas avec Xavier Giannoli et Jean Dujardin pour apporter son éclairage sur ce pan méconnu de l’histoire des Luchaire.

Et même si, en fin de compte, le château Saint-Lazare n’apparait pas dans le film de Giannoli, les fêtes dépeintes dans son long-métrage évoquent forcément celles qui s’y déroulaient, symboles des aspirations pacifistes d’un homme perverties par l’opportunisme et l’appât du gain.

Lire l’article en entier