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Publié le 11/06/26 à 08h30
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L’énergie noire a frôlé le tapis vert. Fin 2025, des chercheurs affirmaient que l’accélération de l’expansion de l’Univers n’était qu’une illusion d'optique. Une contestation de courte durée : le prix Nobel Adam Riess et ses pairs viennent de démontrer que cette conclusion repose sur une grave erreur de calcul. Le cosmos accélère toujours.
© Nasa - Modèle du Big Bang avec expansion accélérée
La cosmologie est-elle en crise ? L'expansion de l'Univers s'accélère-t-elle ou est-elle en train de ralentir ? De cette question dépend le sort de l'Univers tout entier, s'il finira par s'effondrer sur lui-même en un Big Crunch ou s'il doit s'étaler jusqu'à devenir une immense chambre froide quasi désertée par la matière.
En novembre 2025, une équipe de l’université Yonsei (Séoul) jetait un pavé dans la mare en affirmant que l'expansion de notre Univers ne s'accélérait plus, mais qu’elle était en train de ralentir. L'énergie noire, cette force mystérieuse censée étirer le tissu spatial, s’évaporait d'un trait de plume.
Il n'en fallait pas plus pour faire réagir les pères fondateurs de cette découverte. Dans cette étude, un consortium international comprenant le prix Nobel Adam Riess remet les pendules à l'heure : l'expansion s'accélère bel et bien. Pour eux, l'alerte est levée.
Supernova Ia : bond de géant pour l'Univers ou faux pas pour les talons ?
Pour comprendre le litige, il faut revenir à la méthode de mesure. En cosmologie, les astrophysiciens utilisent les supernovas de type Ia (SN1a) comme des “chandelles standards”, des mesures étalon en somme.
Lorsque certaines étoiles explosent – les naines blanches –, elles le font toujours avec la même puissance et donc la même luminosité intrinsèque. Mais si elles sont très loin, elles apparaissent bien sûr moins brillantes. En mesurant leur éclat apparent et leur décalage vers le rouge (l'étirement de leur lumière dû à la vitesse à laquelle elles s'éloignent), Adam Riess et ses collègues avaient prouvé en 1998, prix Nobel à la clef, que l'Univers gonfle de plus en plus vite.
Les supernovae 1a sont les chandelles standards permettant de mesurer la vitesse d'expansion de l'Univers. © Nasa/JPL
L'équipe sud-coréenne affirmait avoir débusqué une erreur dans cet étalonnage. Selon elle, la luminosité maximale de ces supernovas changerait en fonction de l’âge des étoiles qui explosent. En appliquant une correction liée à cet âge, l’illusion d'une expansion accélérée disparaissait.
L'erreur : confondre l'âge de la maison et celui de l'habitant
La réplique d’Adam Riess et de ses pairs est cinglante : l'étude sud-coréenne souffre d'un biais méthodologique majeur. Pour estimer l'âge de l'étoile qui a explosé (une naine blanche), les chercheurs de Séoul ont simplement mesuré l'âge global de la galaxie hôte.
C'est là que le bât blesse. Une galaxie vieille de 10 milliards d'années peut tout à fait abriter des poches de gaz jeunes où des étoiles viennent de naître et de mourir. Confondre les deux fausse totalement la calibration des supernovas. De plus, la contre-analyse démontre que l'étude sud-coréenne a tout bonnement omis de prendre en compte la masse des galaxies hôtes, une correction pourtant standard et indispensable aujourd'hui pour garantir la précision des mesures. Une fois ces paramètres correctement réintégrés, les données redeviennent limpides : les étalons cosmiques fonctionnent très bien, et le cosmos accélère toujours.
L'énergie noire vacille-t-elle ailleurs ?
Le consortium DESI vient de sortir la carte la plus détaillée de l'Univers. Leur hypothèse est que l'énergie noire pourrait varier au cours du temps. © Collaboration DESI
“L'hypothèse d'une crise cosmique est écartée”, résume l'équipe de Riess. Pour autant, le mystère de l'énergie noire est loin d'être résolu. Si la tentative de l'équipe sud-coréenne de balayer totalement l’accélération a échoué, la nature exacte de cette force invisible reste le plus grand point d'interrogation de la physique moderne.
D'autant que la contestation vient désormais d'ailleurs. Les données récentes de l'instrument terrestre DESI (Dark Energy Spectroscopic Instrument) suggèrent, avec une fiabilité statistique intrigante (proche de 4 sigma), que l'énergie noire pourrait ne pas être une constante figée (la fameuse constante cosmologique d'Einstein), mais une force dynamique fluctuant et faiblissant au fil du temps.
Tous les regards se tournent désormais vers le télescope spatial Euclid de l’ESA. En pleine cartographie 3D du ciel profond, ses futures publications majeures attendues d'ici la fin de l'année agiront comme le juge de paix. Euclid viendra-t-il confirmer la théorie d'une énergie noire variable amorcée par DESI, ou scellera-t-il le retour triomphal de la constante d'Einstein ? Au même moment sera lancé le Nancy Grace Roman Telescope, qui lui aussi doit trancher sur cette énigme passionnante dont dépend notre futur lointain.
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