“La volatilité du pétrole fait du véhicule électrique un choix de bon sens”
Publié le 19/03/26 à 18h24
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Vous roulez en électrique ? Vous participez déjà à un basculement géopolitique. Trois rapports indépendants publiés cette semaine le confirment : les voitures électriques effacent chaque jour l'équivalent de 70 % des exportations pétrolières iraniennes. Pendant que l'essence dépasse 2 euros le litre et que le détroit d'Ormuz reste sous tension, les chiffres parlent.
D'un côté la pompe, de l'autre la prise. En 2025, les véhicules électriques ont remplacé 1,7 million de barils de pétrole par jour. © Shutterstock
Trois quarts de la population mondiale vivent dans des pays importateurs nets de pétrole. Chaque hausse de 10 dollars du baril alourdit la facture collective de 160 milliards de dollars par an. Dans ce contexte de dépendance structurelle, la montée en puissance des véhicules électriques n'est plus une simple promesse climatique. Elle pèse, concrètement, sur la demande mondiale de brut. Trois études publiées en mars 2026 permettent d'en mesurer l'ampleur.
La première et la plus complète émane du think tank londonien Ember, dans un rapport publié le 18 mars 2026 (The energy security fallout: from fossil fuel fragility to electric independence). En s'appuyant sur les données de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), Ember calcule que la flotte mondiale de VE a évité la consommation de 1,7 million de barils par jour en 2025, contre 1,3 million l'année précédente.
Pour donner une échelle : l'Iran exporte environ 2,4 millions de barils quotidiens via le détroit d'Ormuz. Les voitures électriques compensent donc déjà 70 % de ce flux.
Les véhicules électriques sont de plus en plus compétitifs face aux voitures à essence. La volatilité du pétrole fait du véhicule électrique un choix de bon sens pour les pays qui souhaitent se prémunir contre les chocs futurs.
La raffinerie d'Abadan, en Iran. La flotte mondiale de voitures électriques compense déjà 70 % des exportations pétrolières iraniennes. © Aerial Viewer
39 pays au-dessus de 10 % de parts de marché VE : la bascule ne se limite plus aux pays riches
L'adoption s'accélère là où on ne l'attendait pas. Ember recense désormais 39 pays dont la part de ventes de véhicules électriques dépasse 10 %, contre quatre seulement en 2019. Le Vietnam affiche 38 % de parts de marché en 2025, devant l'Union Européenne (26 %). La Thaïlande atteint 21 %, l'Indonésie 15 %, toutes deux devant les Etats-Unis, bloqués à 10 %. La Chine, de son côté, a franchi pour la première fois la barre des 50 % de ventes électriques.
Les véhicules électriques ont évité en 2025 une consommation de pétrole équivalente à 70 % des exportations iraniennes via le détroit d'Ormuz. © Ember, d'après les données AIE
Un second rapport, publié par BloombergNEF le 18 mars 2026, avance un chiffre encore plus élevé : 2,3 millions de barils évités par jour. L'écart avec Ember s'explique par le périmètre. BNEF intègre massivement les deux-roues et trois-roues électriques, omniprésents en Asie du Sud-Est, qui représentent selon eux la plus grande part du carburant routier évité.
Ember, de son côté, applique des hypothèses plus strictes sur l'usage réel en mode thermique des hybrides rechargeables. Selon Claudio Lubis, analyste pétrole chez BNEF, ces économies de brut devraient croître chaque année d'ici à la fin de la décennie, avec une projection de 5,25 millions de barils évités par jour à l'horizon 2030.
Barils de pétrole évités chaque jour grâce aux véhicules électriques, par catégorie. D'ici 2030, BloombergNEF anticipe plus de 5 millions de barils quotidiens en moins. © BloombergNEF
En Europe, les automobilistes électriques économisent 77 euros par mois
Le troisième rapport provient de Transport & Environment (T&E), ONG bruxelloise de référence sur la mobilité durable (briefing Driving energy security: how electric cars cut oil dependence, 17 mars 2026).
Son analyse porte sur l'Union Européenne : les 8 millions de voitures tout-électriques en circulation y ont permis d'éviter l'importation de 46 millions de barils en 2025, pour une économie de 2,9 milliards d'euros. En face, la facture annuelle des importations pétrolières destinées aux seules voitures reste colossale : environ 67 milliards d'euros, pour un milliard de barils.
En période de crise énergétique, le surcoût au kilomètre est cinq fois plus élevé pour une voiture essence que pour un véhicule électrique. © Transport & Environment
T&E chiffre aussi le gain à l'échelle individuelle. Avec un litre d'essence durablement au-dessus de 2 euros, un automobiliste européen roulant en électrique économise environ 77 euros par mois, soit 924 euros sur l'année, recharge comprise. Et T&E prévient : un affaiblissement des objectifs européens d'électrification alourdirait la facture pétrolière de 45 milliards d'euros supplémentaires entre 2026 et 2035.
La seule voie vers une véritable souveraineté stratégique européenne passe par l'énergie propre et les technologies domestiques.
Un dernier point, de méthode. L'AIE, dont les données sous-tendent les trois rapports, a elle-même revu en baisse sa prévision de croissance de la demande pétrolière pour 2026, à seulement 0,6 million de barils par jour. Le pic pétrolier mondial, qu'elle situait encore récemment à 2029, pourrait selon Ember être déjà derrière nous. La question n'est plus de savoir si la transition électrique va affecter le marché du pétrole. Elle l'affecte déjà, et les volumes ne font que grossir.
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