Actualité : Origines de la vie : l'astéroïde Ryugu cachait l'intégralité des constituants de l'ADN

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Publié le 17/03/26 à 08h45

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Une étude publiée dans Nature Astronomy révèle que les échantillons ramenés par la sonde Hayabusa-2 contiennent les cinq bases nucléiques nécessaires à l’ADN et à l’ARN. Les hypothèses d'une vie sur Terre liée à l'apport des astéroïdes et d'une vie extraterrestre possible semblent renforcées.

Illustration de l'hélice de l'ADN dont les constituants ont tous été trouvés sur l'astéroïde Ryugu.

Illustration de l'hélice de l'ADN dont les constituants ont tous été trouvés sur l'astéroïde Ryugu.

© Généré par Brice Haziza sur Banana

C’est une véritable quinte flush royale de l'ADN que viennent de dévoiler les chercheurs de l’agence spatiale japonaise (JAXA). On savait déjà que les astéroïdes transportaient des molécules organiques, mais les résultats d'analyses menées sur les échantillons de l'astéroïde Ryugu dépassent toutes les espérances.
Pour la première fois, les cinq bases azotées (ou nucléobases) qui constituent le code génétique de tout être vivant sur Terre ont été identifiées dans un matériau extraterrestre vierge de toute contamination terrestre.

L'ancienne hypothèse de la panspermie, chère à Fred Hoyle, qui proposait que la vie sur Terre fut directement ou indirectement “importée” de l'espace, reprend de la vigueur. Celle d'une vie extraterrestre possible, également.

L'astéroïde Ryugu.

L'astéroïde Ryugu.

© JAXA

La panoplie complète de l'ADN

Tous les constituants de l'ADN et de l'ARN ont été retrouvés sur Ryugu par la mission Hayabusa 2.

Tous les constituants de l'ADN et de l'ARN ont été retrouvés sur Ryugu par la mission Hayabusa 2.

© JAMSTEC

Pour comprendre l'importance de cette annonce, il faut revenir à la base de notre biologie. L’ADN et l’ARN reposent sur cinq briques fondamentales : l’adénine (A), la guanine (G), la cytosine (C), la thymine (T) et l’uracile (U). Jusqu’à présent, les scientifiques n’avaient réussi qu’à détecter certaines d’entre elles dans des météorites tombées sur Terre, laissant planer le doute sur une éventuelle pollution par notre propre atmosphère ou biosphère.

Ryugu n'avait évidemment pas été choisi au hasard pour cette mission : c'est un représentant des astéroïdes dits “carbonés” (comme les météorites du même nom, retrouvées sur Terre), c'est-à-dire qui contiennent une proportion notable de carbone, l'atome du vivant.

Grâce à la mission Hayabusa-2, qui a rapporté 5,4 grammes de poussières de Ryugu en 2020 dans une capsule hermétique, les doutes sont levés. En utilisant des techniques de chromatographie liquide à ultra-haute performance couplée à la spectrométrie de masse, l'équipe dirigée par Toshiki Koga a confirmé la présence de l'intégralité du set : A, G, C, T et U.

Un voyage de 4,5 milliards d'années

Animation de la collecte des échantillons par Hayabusa 2.

Animation de la collecte des échantillons par Hayabusa 2.

© DLR, CC-BY 3.0

L'astéroïde Ryugu est une "capsule temporelle" carbonée. Sa composition n'a pratiquement pas changé depuis la formation du Système solaire. La détection de ces molécules suggère que des réactions chimiques complexes ont eu lieu dans le milieu interstellaire ou au sein même de la nébuleuse solaire primitive, bien avant que la Terre ne soit habitable.

"Cette découverte renforce l'hypothèse de la panspermie moléculaire", explique l'étude. En clair : la Terre n'aurait pas "inventé" les briques de la vie, mais les aurait reçues lors du grand bombardement tardif, il y a environ 4 milliards d'années. Les astéroïdes auraient ainsi agi comme des livreurs de kits de montage biologiques, déversant ces bases azotées dans les océans primitifs.

Et la contamination terrestre ?

De précédents et fort précieux échantillons de Ryugu avaient été contaminés sur Terre. La faute à des mesures peu strictes et à l'utilisation de salles inadaptées. Les chercheurs précisent dans le chapitre "Méthode" de leur publication toutes les mesures pour éviter une telle mésaventure. Nous devons leur faire confiance, d'autant plus que la publication a été acceptée dans la revue Nature, connue pour sa rigueur.

Mais, en lecteur attentif, on ne peut s'empêcher de noter l'utilisation du même type de salle (ISO 5) que celui qui avait été en partie montré comme responsable possible de la contamination des échantillons en 2024. Cependant, le milieu scientifique ne reproduit que rarement deux fois les mêmes erreurs, et nous sommes plutôt confiants sur la crédibilité de cette annonce.

Pourquoi c'est une révolution pour l'exobiologie

Si ces bases sont présentes sur Ryugu, elles le sont probablement sur une multitude d'autres corps célestes. Cela signifie que les "plans" de la vie tels que nous les connaissons sont universels dans notre Système solaire.

Cette publication dans Nature Astronomy change également notre approche des futures missions d'exploration. Si le "matériel" est partout, la question n'est plus de savoir si les ingrédients sont là, mais si les conditions (eau liquide, source d'énergie) ont permis à ce kit de s'assembler ailleurs, comme sur Mars ou les lunes glacées d'Europe et d'Encelade.

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