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Publié le 29/07/26 à 15h46
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Avant de devenir une icône pop mondiale, Albert Einstein a dû livrer une bataille scientifique contre le fantôme d'Isaac Newton. À l'approche de l'éclipse du 12 août, retour sur le duel mythique de 1919 où quelques minutes d'obscurité ont renversé la physique et façonné la technologie de nos smartphones.
© ESO - L'éclipse solaire de 1919 qui changea la face de la physique.
Nous allons en prendre plein les yeux lors de l'éclipse solaire totale du 12 août (ou quasi totale selon l'endroit où vous serez en France), mais l'événement rappelle qu'un simple alignement entre la Terre, la Lune et le Soleil a déjà bouleversé notre compréhension de l’Univers et nous a propulsés dans l'ère des technologies de pointe.
Il y a 107 ans, le 29 mai 1919, le monde physique basculait en moins de six minutes. Une éclipse qui ne se contenta pas d'offrir un spectacle grandiose, puisqu’elle détrôna Isaac Newton et propulsa Albert Einstein au rang de légende.
Le choc des titans : Newton contre Einstein
Le combat contre deux modèles de gravitation. C'est Einstein qui remportera la victoire. © Illustration générée sur Banana
Au début du XXe siècle, la physique reposait encore sur la mécanique classique. Selon Isaac Newton qui l’avait exposée en 1687 dans son ouvrage Principes mathématiques de la philosophie naturelle, la gravité est une force invisible et instantanée qui attire les masses entre elles. Les pommes tombent, les planètes tournent et la lumière voyage en ligne droite. S’il avoua ne rien savoir de cette “force”, ses équations fonctionnent encore aujourd’hui à la perfection — à la notable exception de la planète Mercure —, et les savants du monde entier applaudissaient la vérité révélée. Jusqu’à ce qu’un étrange zozo (alors) allemand, pas convaincu, décide de se pencher sur la question…
En 1915, aux premiers temps de la Première Guerre mondiale, Albert Einstein publiait sa théorie de la relativité générale et proposait une vision totalement révolutionnaire de l’Univers :
- L’espace-temps est un tissu Les objets massifs (comme le Soleil ou les planètes) déforment ce tissu, à l'image d'une lourde bille posée au centre d’un drap tendu.
© Wikipédia
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La gravité n'est pas une force d'attraction C'est la courbure de cet espace-temps qui dicte la trajectoire des objets.
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En passant près d'un corps très massif, un rayon lumineux doit donc suivre la courbure de l'espace et dévier de sa trajectoire rectiligne.
Pendant que l’Europe s’entre-tue, le dilemme scientifique est alors total. Pour mesurer cette infime déviation causée par le Soleil, il faut pouvoir observer des étoiles situées juste derrière lui, mais en plein jour. Une mission impossible, sauf lors d'une éclipse solaire totale, lorsque la Lune masque le disque solaire et laisse apparaître le fond étoilé.
L’expédition de tous les risques : 1919, la science à l'épreuve du terrain
Plaque photographique de l'éclipse par Sir Eddington, avec l'emplacement en rouge de l'étoile tel qu'on le connaît lorsque le Soleil n'est pas à côté et en vert tel qu'attendu selon la relativité générale d'Einstein. © Wikimedia Commons
C'est l'astrophysicien britannique Sir Arthur Eddington qui allait saisir cette opportunité unique. En mai 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale, il organisa deux expéditions scientifiques : l'une sur l'île de Principe, au large de l'Afrique de l'Ouest, l'autre à Sobral, au nord du Brésil.
L'objectif fut d'une précision chirurgicale : photographier l'amas d'étoiles des Hyades visible autour du Soleil pendant les quelques minutes de totalité de l'éclipse, puis comparer la position apparente de ces étoiles avec leurs positions réelles mesurées la nuit plusieurs mois auparavant. Ces dernières seraient-elles en accord complet avec les calculs d’Einstein ? Newton prédisait une déviation théorique d'environ 0,87 seconde d'arc pour la lumière frôlant le Soleil. Einstein, lui, prédisait le double : 1,75 seconde d'arc.
Instrumentation utilisée pendant l'éclipse par Sir Arthur Eddington. © Wikimedia Commons
Malgré des conditions météo capricieuses et des soucis techniques, les plaques photographiques révélèrent leur verdict : les étoiles avaient bien “bougé” et la valeur mesurée par Eddington concordait avec la prédiction d'Einstein.
Les retombées : du laboratoire au GPS de votre smartphone
Le 6 novembre 1919, la Royal Society de Londres annonçait officiellement le résultat. Le lendemain, la presse internationale s'en emparait : “Révolution dans la science”, titrera même le vénérable journal Times. C’est ainsi que du jour au lendemain, Einstein est devenu une star planétaire. Le momentum était effectivement parfait ; après la boucherie de la “der des ders”, quoi de plus symbolique pour la paix qu’un Britannique validant par l’expérience la théorie révolutionnaire d’un Allemand ?
Cette validation expérimentale n'est pas une simple curiosité théorique. Sans la relativité générale validée ce jour-là, la technologie moderne telle que nous la connaissons n'existerait pas sous sa forme actuelle :
- La précision du GPS Les horloges à bord des satellites GPS dérivent en raison de la vitesse et de la courbure gravitationnelle terrestre. Sans les corrections basées sur la relativité générale, vos applications de navigation accumuleraient une erreur de plus de 10 km par jour !
- La cosmologie moderne L’étude des trous noirs, des lentilles et ondes gravitationnelles, ainsi que de l'expansion de l'Univers découle directement de ces équations.
Lorsqu'on observera l'ombre de la Lune balayer le paysage ce 12 août, il ne s'agira pas seulement d'un spectacle astronomique d'une rareté captivante. Ce sera aussi un hommage à la minute d'obscurité qui, il y a 107 ans, éclaira définitivement notre vision du cosmos.
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