Publicité, votre contenu continue ci-dessous
Squale problème ?
Publié le 28/07/26 à 12h00
Nos réseaux :
Suivez-nous
Ajoutez nous à vos favoris Google
5
Bracelets, chevillères, antennes collées sous la planche : les répulsifs électromagnétiques anti-requins se multiplient sur le marché. Tous promettent de tenir le prédateur à distance en surstimulant ses organes sensoriels. Las, les tests scientifiques indépendants racontent une histoire plus nuancée, où la taille du dispositif change tout et où le risque zéro n'existe pas.
© Shutterstock - Répulsifs anti-requins pour surfeurs : que dit vraiment la science tech en 2026 ?
Le surfeur boucle la petite chevillère avant de rejoindre le line-up, rassuré. Puisqu'elle génère un champ censé faire fuir les requins, il se sent un peu plus intouchable, prêt à s'aventurer là où d'autres hésitent.
C'est précisément cette confiance qui inquiète les chercheurs. Car derrière la promesse d'un bouclier invisible se cache une physique bien plus capricieuse, où quelques centimètres d'électrodes décident parfois de tout.
Un sixième sens pris à son propre piège
Le principe de ces appareils est ingénieux sur le papier. Requins et raies possèdent un organe sensoriel unique, les ampoules de Lorenzini, de minuscules pores remplis d'un gel électroconducteur (le matériau biologique le plus conducteur identifié à ce jour) logés principalement sur leur museau.
Grâce à eux, l'animal détecte à très courte distance les infimes champs électriques émis par les battements de cœur ou les muscles de ses proies, avec un seuil de sensibilité aussi bas que 0,5 μV/m. Les répulsifs retournent cette arme contre lui en émettant un champ bien plus intense que celui d'une proie, jusqu'à 85 V par impulsion pour les modèles les plus puissants. Résultat, les ampoules sont saturées, l'inconfort devient insupportable et le requin fait demi-tour.
Le signal des répulsifs, contrairement à une crainte répandue, n'attire pas les requins
Cette approche a un mérite écologique notable. Les autres animaux marins (dauphins, tortues, poissons osseux) sont dépourvus de ces récepteurs électriques ; ils ne ressentent rien et nagent sans gêne à proximité. Attention toutefois à ne pas confondre les ampoules de Lorenzini avec la ligne latérale, un autre organe sensoriel présent sur les flancs du requin, de la tête à la queue, qui détecte les variations de pression et les mouvements dans un rayon d'environ 20 m. Celui-ci n'est neutralisé par aucun répulsif électromagnétique.
Le signal des répulsifs, contrairement à une crainte répandue, n'attire pas les requins : il ne reproduit pas la signature d'une proie blessée et s'éteint vite avec la distance. Le concept est donc à la fois sélectif et non létal. Reste un obstacle : encore faut-il qu'il fonctionne pour de bon.
© Shutterstock
La taille des électrodes fait foi
C'est là que la science tranche, et sans ménagement. La référence en la matière est une étude indépendante publiée dans la revue PeerJ en 2018, conduite par le Pr Charlie Huveneers et ses collègues de l'Université Flinders (Australie), commanditée par le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud.
Après 297 essais impliquant 44 grands requins blancs distincts aux îles Neptune (Australie-du-Sud), la conclusion est nette. L'efficacité dépend avant tout de l'écartement des électrodes, qui détermine la taille du champ électromagnétique généré.
© Ocean Guardian
Les chiffres le montrent bien. L'antenne de surf la plus performante (Freedom+ Surf) a fait chuter la prise d'appât de 96 à 40 %, et éloigné les requins blancs de 1,6 à 2,6 m en moyenne. À l'opposé, les quatre autres dispositifs testés — bracelets et chevillères à aimant (SharkBanz), Rpela, et cire Chillax — n'ont montré aucun effet mesurable ou significatif sur le comportement des requins blancs.
Entre ces deux extrêmes, une étude complémentaire publiée dans Scientific Reports en 2020, menée cette fois sur des requins bouledogues en Nouvelle-Calédonie, confirme la hiérarchie : le Freedom+ Surf reste le plus efficace (réduction de 42,3 % des prises), suivi du Rpela v2 (16,5 %), tandis que tous les dispositifs montrent une efficacité décroissante au fil des approches successives, signe d'habituation. La leçon tient en une phrase : plus le gadget est miniaturisé, moins il protège.
Les failles que le marketing passe sous silence
Même le meilleur dispositif n'est pas sans faille. La première tient à la vitesse. Le grand blanc attaque en embuscade, lancé à pleine vitesse, et la portée du champ ne dépasse guère 1 à 2 m. Lancé comme une torpille, l'animal traverse la zone de répulsion en une fraction de seconde, et son élan rend la collision inévitable même si ses sens sont surchargés au dernier instant.
Deuxième faille, la motivation. Un requin excité par du sang ou une proie peut tout bonnement ignorer l'inconfort. Dans les tests, même avec le meilleur appareil activé, les blancs ont fini par mordre l'appât dans 40 % des cas. Aucun des dispositifs testés n'a atteint 100 % d'efficacité.
© Shutterstock
S'ajoutent l'habituation documentée, les requins tolérant un peu mieux le stimulus à chaque nouvelle approche, comme le montrent les données de 2020 sur les bouledogues. L’efficacité est aussi variable selon les espèces et l'angle d'attaque. Il faut également souligner que les principaux essais indépendants ont été réalisés sur des grands requins blancs et des bouledogues ; les données manquent pour d'autres espèces responsables d'attaques, comme le requin-tigre.
Reste le piège le plus sournois, humain celui-là : le faux sentiment de sécurité. Des attaques mortelles ont frappé des porteurs de répulsif éteint, mal porté ou mal entretenu. À force de se croire invulnérable, on s'aventure en eaux troubles ou près des colonies de phoques, là où le risque explose.
Ocean Guardian, fabricant australien du Freedom+ Surf, le répulsif le mieux noté par la science, a été placé en liquidation le 30 août 2024
Un épisode illustre bien la fragilité de ce marché : Ocean Guardian, fabricant australien du Freedom+ Surf, le répulsif le mieux noté par la science, a été placé en liquidation le 30 août 2024, après deux tentatives avortées d'introduction en Bourse. La propriété intellectuelle, les actifs et le nom commercial ont néanmoins été rachetés fin 2024 par un groupe d'investisseurs étasuniens menés par Ed Martin, fondateur de Killshot Spearguns, qui s'est engagé à relancer la fabrication des gammes surf et plongée.
La technologie réduit donc le risque, parfois nettement, mais elle ne l'annule jamais. En 2026, la science invite à voir ces appareils comme un filet de sécurité supplémentaire, jamais comme une armure.
Suivez toute l'actualité des Numériques sur Google Actualités et sur la chaîne WhatsApp des Numériques
Envie de faire encore plus d'économies ? Découvrez nos codes promo sélectionnés pour vous.

il y a 1 day
3


