Le Théâtre de la Renaissance, à Paris, vend des places à moitié prix pour les personnes nées ou résident à Castres, où le spectacle Passeport, sur un immigré érythréen, a été déprogrammé par l’édile pour des raisons « politiques ».
La déprogrammation de Passeport à Castres résonne jusqu’à Paris. Jeudi soir, le Théâtre de la Renaissance, où le franco-britannique Alexis Michalik présente sa pièce depuis près de trois ans, a annoncé mettre en vente des places à moitié prix pour les habitants Castrais. Ces derniers seront privés, en février 2027, du spectacle du metteur en scène multirécompensé aux Molières, après une déprogrammation décidée par Florian Azéma, le nouveau maire RN de la commune de quelque 42 000 habitants. L’édile avait retiré, il y a trois jours, la représentation du calendrier culturel du théâtre municipal, invoquant « une décision prise par l’ex-majorité » et dénonçant l’orientation politique de la pièce qui « fait la promotion des clandestins » en narrant le parcours d’Issa, un jeune migrant érythréen laissé pour mort dans la « jungle » de Calais.
Contacté ce matin par Le Figaro, le directeur du Théâtre de la Renaissance, Morgan Spillemaecker, a expliqué que les billets à tarifs réduits sont « un clin d’œil vis-à-vis de la situation » et qu’il s’agit plus d’un « geste de gentillesse que de colère ». Sous présentation d’un justificatif de domicile ou d’une pièce d’identité, les habitants de Castres pourront bénéficier d’une ristourne de 50 % sur le prix des billets, proposés entre 13,50 euros et 66 euros par la salle jusqu’au 16 août. « C’est une démarche empathique, enchérit le directeur de l’institution. Si ces personnes ne peuvent pas voir le spectacle chez eux, on les aide à le découvrir. C’est symbolique. On ne leur offrira pas le déplacement jusqu’à Paris, mais cette réduction pourra leur permettre de prendre en charge le voyage. »
À lire aussi Notre critique de Passeport : le visa d'Alexis Michalik pour un succès programmé
Indignation à gauche
Après l’annonce de l’annulation de la pièce, la classe politique - notamment à gauche - s’est révoltée contre la municipalité de Castres. Emmanuel Grégoire (PS), maire de Paris depuis mars, a apporté son soutien à Alexis Michalik. « La capitale t’accueille autant que tu veux », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. Il a également regretté une déprogrammation « de dernière minute sur injonction politique du RN ». Le metteur en scène, de son côté, estimait dans nos colonnes, en milieu de semaine, que la décision du maire de Castres était « totalement politique ». « Il s’est attardé sur le sujet de la pièce, qui parle de manière plutôt positive des réfugiés, de leur accueil en France, de Calais et de l’immigration en général », déclarait-il, ajoutant que la mairie menait « une politique culturelle nationaliste, d’une façon un peu trumpienne », mettant en péril « la liberté d’expression des artistes ».
Quand on déprogramme une pièce pour des motivations politiques, ça devient un peu bizarre. C’est même très inquiétant pour l’avenir de la société
Morgan Spillemaecker, directeur du Théâtre de la Renaissance, au FigaroLe Théâtre de la Renaissance a lui aussi été « alerté » par ce qu’il qualifie de « censure ». Son directeur rappelle qu’une salle ou une ville a « le droit de ne pas programmer des spectacles qu’elle ne veut pas accueillir ». C’est même très courant. La pièce Passeport n’a pas pu se produire dans certaines villes de France, dont plusieurs qui ne sont pas sous l’étiquette RN. « Là, ce qui est perturbant, c’est qu’il s’agit d’une déprogrammation, constate Morgan Spillemaecker. On a tous des goûts différents, mais quand on déprogramme une pièce pour des motivations politiques, ça devient un peu bizarre. C’est même très inquiétant pour l’avenir de la société. »
« Valeurs hautement patriotiques »
Le directeur de l’institution parisienne confie que la potentielle arrivée au pouvoir du Rassemblement national en 2027 est « un sujet qui anime quotidiennement les discussions entre directeurs, metteurs en scène et artistes depuis un certain temps ». Il défend le spectacle d’Alexis Michalik, qui incarne « des valeurs hautement patriotiques ». « Au-delà du sujet des migrants, la pièce montre la capacité de la France à être généreuse, à accueillir et à faire rêver les autres, poursuit Morgan Spillemaecker. J’ai un nom de famille qui n’est pas forcément du terroir. J’ai plein d’origines différentes et j’ai l’impression que la France est un formidable terrain d’intégration et d’échanges culturels. Notre pays ne devrait pas être un terrain de rejet des uns et des autres. »
À lire aussi Pour la directrice du Théâtre de Strasbourg, « le RN au pouvoir serait un risque de voir le pire arriver »
Mercredi, Alexis Michalik annonçait qu’il essayerait de reprogrammer le spectacle à Castres. Lui et son tourneur parisien ACME espèrent que Florian Azéma « fasse machine arrière sous la pression populaire ». Ils ne souhaitent pas engager de procédure judiciaire sous peine de mettre le théâtre municipal de Castres en porte-à-faux, alors que « ce n’est pas de sa faute, mais celle de la municipalité ». Pour le metteur en scène, une reprogrammation serait une victoire symbolique : « La date, on aimerait bien qu’elle revienne, mais le plus important avec cette affaire, c’est de pouvoir dénoncer la décision du maire et d’alerter tout le secteur culturel et les Français. »

il y a 16 hour
2



