Audiovisuel public, affaire Morandini, arrêt de C8... Ce qu’il faut retenir de l’audition de Vincent Bolloré

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Il ne parle jamais, Vincent Bolloré. Aucune interview, aucune conférence. Alors son audition par la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur la neutralité de l’audiovisuel public, ce mardi après-midi, était un petit événement. Ce qui explique pourquoi le propriétaire du groupe Vivendi et à ce titre actionnaire de Canal+, CNews, Europe 1, du « JDD » ou du groupe de production Banijay, qui réalise 1 % de son chiffre d’affaires avec France Télévisions via des émissions comme « N’Oubliez pas les paroles » ou « Fort Boyard », a été peu bousculé. Surtout pas par Charles Alloncle, le député ciottiste, habituellement bien plus offensif.

Celui-ci a d’ailleurs dû être déçu. Car Vincent Bolloré, qui a précisé d’emblée ne pas regarder beaucoup d’autres chaînes que Canal +, a refusé de critiquer les émissions diffusées sur le service public. « Il m’arrive de temps en temps de zapper de TF1 à la Deux, la Trois, la Six et je ne vois pas beaucoup de différences. On n’a rien à reprocher au service public. Ni à glorifier. » L’industriel breton, 73 ans, a par exemple évité de répondre aux critiques de Charles Alloncle sur le télé-crochet de drag-queens « Drag Race ». « Je suis pour la liberté », répond l’industriel, qui assure ne pas être consulté sur les productions de Banijay.

En grand libéral, Vincent Bolloré a, en revanche, multiplié les critiques sur le coût du service public. « Je suis favorable au service public, je trouve ça très bien. Mais je ne suis pas favorable à ce qu’il coûte 4 milliards », a-t-il martelé. Il préconise de sérieuses économies et le retour de la publicité sur les antennes sur des chaînes qui doivent, selon lui, rester dans le giron de l’État. « Dans les moments où on se serre la ceinture, il faut savoir ce qu’on fait de cet argent. On nous parle de ce nouveau porte-avions, le France Libre, qui va coûter 10 milliards et qui sera près dans 10 ans. Mais avec France Télévisions, dans 10 ans vous avez (l’équivalent de) quatre porte-avions », lance-t-il. Plus tôt, il préconisait de dédier cet argent aux agriculteurs, en donnant 1 000 euros par mois « aux 350 000 agriculteurs qu’il reste en France ».

Pas intéressé à l’idée de racheter France Télévisions

Serait-il intéressé par ces chaînes, si un jour elles étaient privatisées, et donc à vendre ? « Personnellement, non. On a assez de médias », évacue l’homme d’affaires, proposant de lister des candidats potentiels au rachat. « C’est un outil de puissance. On ne parle pas d’une crémerie », souligne-t-il.

« Pas en guerre » avec l’audiovisuel public, Bolloré estime être le « bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal » d’une partie de l’opinion publique. « Je ne hais personne et je prie pour mes ennemis, ce qui me coûte, mais je le fais quand même ». « Je représente un monde que certains voudraient voir disparaître. Je crois en Dieu et en le Christ », a-t-il ajouté, récusant faire de la politique. C’est, selon lui, sa réputation, qui fait que C8 a été arrêtée l’année dernière : « Il y a des tas de gens qui voulaient fermer C8. Il y a des tas de gens qui veulent fermer CNews. La France est rentrée dans un moment de combat. Nos médias disent la vérité, disent des choses différentes de ce que disent les autres. On n’est pas complaisants et c’est normal qu’on dérange et qu’on veuille nous supprimer ».

REUTERS/Gonzalo Fuentes

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L’homme d’affaires a livré de nombreuses anecdotes sur sa vie privée - il écoute la radio Lovely, diffusée en Essonne - et celle de sa famille. Vincent Bolloré a plusieurs fois fustigé une « petite caste » médiatique qui a, selon lui, provoqué la disparition de C8 décidée par l’Arcom en 2025. « On ne peut pas dire qu’on nous aide à fonctionner », se plaint l’industriel breton au sujet de l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de son groupe. « Nous ne sommes pas soumis. Nous sommes libres. Et donc on déplaît ».

Vincent Bolloré a vanté la réussite de sa chaîne info CNews dont les audiences baissent depuis le début de la guerre au Moyen orient. « Ce qui est vrai, c’est qu’il y a des mois où ça gagne un million. Donc c’est satisfaisant », glisse l’industriel.

« Miséricorde doit passer »

Martelant ne jamais intervenir sur les programmes diffusés sur ses antennes, malgré les nombreuses preuves contraires relatées dans la presse, Bolloré a fait un plaidoyer pour le parc du Puy du fou de son ami Philippe de Villiers. Mais on retiendra surtout son intervention sur Jean-Marc Morandini, qui après un long bras-de-fer a fini par quitter l’antenne de CNews après sa condamnation définitive pour corruption de mineurs.

« Évidemment, je condamne tous les faits délictueux. J’ai 4 enfants, 9 petits-enfants… Ce sont des sujets insupportables, a indiqué le milliardaire breton. Dans ces moments-là, il y a deux forces qui s’affrontent : d’abord la justice, elle est passée. Deux ans de prison avec sursis. Sursis, ça veut dire deuxième chance. Après, il y a le pardon. Je suis chrétien, je récite tous les jours le Notre père, alors je pardonne. Les dirigeants de CNews ont pris les bonnes décisions. Ils ont laissé M. Morandini regretter amèrement ce qu’il avait fait. Ensuite, il a démissionné. Justice est passée. Maintenant miséricorde doit passer. Je ne ferai jamais partie de ceux qui hurlent avec les loups. »

C’est assez rare pour être souligné, l’audition de Vincent Bolloré se termine avec 20 minutes d’avance sur l’heure limite annoncée au début des débats. Et dans la meilleure des ambiances. « C’est beau comme tout ce que vous dites, Monsieur le président », lance en souriant l’auditionné après une intervention du patron de la commission, l’élu Horizons Jérémie Patrier-Leitus, évoquant la « profondeur » des « convictions » de l’homme d’affaires.

Vincent Bolloré conclut en battant de nouveau en brèche sa réputation médiatique : « Les gens qui me connaissent me trouvent plutôt quelqu’un de sympathique, empathique. Je ne dis du mal de personne. Je prie pour mes ennemis, c’est dur », répète Vincent Bolloré, qui n’aura jamais été mis en difficulté par les parlementaires aujourd’hui.

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