Politique. La soirée de victoire de l'insoumis Bally Bagayoko nourrira l’imaginaire fixe de l'extrême droite, jusqu’à la prendre au piège.
Publié le 20/03/2026 à 05:45

Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis (93).
PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Personne ne jette un regard aux fresques décorant l’escalier monumental de l’Hôtel de Ville de Saint-Denis, heureusement que La pensée émancipatrice de l’Homme n’en prend pas ombrage, elle qui, sage et muette, en a vu d’autres. A-t-elle toutefois déjà entendu un tel brouhaha entre ses pompeux murs néo-Renaissance que celui qui enfle ce 15 mars, premier tour des élections municipales ? Il est près de 22 heures, dans le hall vrombissant, quand entre triomphal Bally Bagayoko, 52 ans, candidat LFI briguant la tête de la deuxième plus grande ville d’Île-de-France et de ses 150 000 habitants. Col roulé bleu, veste sombre, enjambée athlétique, l’ancien basketteur tient dans la main un de ses quatre enfants, collégien aux joues rondes. La foule, encore clairsemée, s’écarte en l’applaudissant. Pour le photographe le suivant à reculons, il fait un geste, le premier d’une série, le coude droit se replie tandis que la main gauche frappe la poitrine, un uppercut, sa signature.
À cette heure, l’ancien permanent syndical de la CGT à la RATP sait qu’il réalise un très bon score. La ville compte soixante bureaux de vote, les premiers résultats remontent. Il grimpe vers le premier étage et la salle des mariages, monumentale pièce décorée de frises, où l’attendent ses partisans, une tradition dans la ville où les vainqueurs du scrutin fêtent sous le toit d’ardoise. Personne ne sait depuis quand l’usage s’est installé, mais l’équipe LFI, qui avait un temps mis une option de réservation dans un bar du quartier de la place Caquet, a appris que ce n’est pas ainsi qu’on célèbre à Saint-Denis.
Au quatrième étage, dans son bureau, le maire sortant, Mathieu Hanotin, qui en 2020 mit fin à 75 ans de communisme municipal, est entouré d’une vingtaine de personnes, les téléphones stridulent, les chiffres s’accumulent – mauvais pour l’équipe socialiste. À travers les vitres closes, des tirs de feux d’artifice se font entendre, sur la place attenante, le rassemblement grossit. La journée a crispé. Tags sur les marches des halls d’immeubles, sur les abribus et sur la façade du centre Ambroise Croizat, la quasi-totalité des panneaux électoraux couverte de graffitis (représentant un sexe masculin, assorti d’insultes visant Hanotin). Le directeur de cabinet, David Le Bon, a enregistré les photos. Comme il a collectionné les captures d’écrans des appels aux rassemblements : "Quartier Péri, rv 15h pièce d’identité obligatoire, on va éteindre Hanotin", invitation anonyme déclinée place Rouge, place des Pianos, quartier centre-ville, chacune reprenant le slogan cryptique du candidat LFI, allié au PCF et au mouvement d’ultragauche, Révolution permanente : "#un coup KO", avec l’image d’une paire de gants de boxe rouges.

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