Par fortes chaleurs, téléphones, trottinettes et vélos électriques sont susceptibles de prendre feu. Nous avons assisté à un crash-test de trottinette en plein Paris.
Le 22 avril dernier, une femme de 19 est décédée à Toulon dans l’incendie d’un immeuble qui aurait été provoqué par la batterie d’une trottinette électrique en charge dans un couloir. Le 16 mars, celle d’un vélo branchée sur son chargeur s’est embrasée, provoquant un feu qui a ravagé un appartement du Xe arrondissement de Paris. Il y a un an, c’est une maison de Tournan-en Brie (Seine-et-Marne) qui a été entièrement détruite par la combustion des 80 trottinettes qui y étaient stockées. Ce type d’incidents, auxquels 12% des Français et 54% des moins de 25 ans ont déjà été confrontés - à des degrés divers - sont de plus en plus fréquents et sous-estimés, selon le baromètre Assurance Prévention. Réalisée par OpinionWay pour ce regroupement de 254 compagnies d’assurance, cette enquête montre en effet que 91% des Français adoptent fréquemment des comportements à risque avec leurs batteries.
Car les batteries lithium-ion qui composent nos téléphones portables, ordinateurs, écouteurs, brosses à dents électriques, petits appareils de bricolage portatifs et autres montres connectées sont très fragiles. Surtout, elles sont particulièrement sensibles à la chaleur, en plus des chocs et de l’eau qui peuvent les endommager. Si les téléphones (37% des incidents) et les ordinateurs portables (21%) sont les plus impliqués dans des incidents, «les accidents les plus spectaculaires sont liés aux trottinettes et vélos électriques parce que, du fait de leur circulation en milieu urbain, ces derniers sont confrontés à ces trois risques cumulés», souligne Alain-Marc Chesnier, président de la commission Accidents de la vie courante d’Assurance Prévention. Et ce d’autant plus que si les voitures font régulièrement l’objet de contrôles, ce n’est pas le cas de ces véhicules légers, dont les batteries sont parfois de qualité moyenne. L’emballement thermique fait partie des dangers.
Les accidents les plus spectaculaires sont liés aux trottinettes et vélos électriques parce que, du fait de leur circulation en milieu urbain, ces derniers sont confrontés aux trois risques cumulés de chaleur, chocs et eau
Alain-Marc Chesnier, président de la commission Accidents de la vie courante d’Assurance PréventionLe Figaro a pu assister à ce phénomène d’emballement thermique pendant le crash-test d’une trottinette électrique en plein Paris. Jérôme Engrand, pompier et directeur de FMS Incendie, nous en a fait la démonstration. Un choc porté à l’appareil entraîne une réaction en chaîne, les cellules ayant tendance à s’auto-entretenir lorsqu’elles brûlent, à une température qui peut grimper jusqu’à 500 degrés. Des fumées denses, toxiques et corrosives s’en dégagent, avant que des flammes ne surgissent. L’incendie aurait pu dégénérer en explosion avec projection de matières incandescentes si le processus n’avait pas été interrompu par un pompier équipé d’une combinaison ignifugée de la tête aux pieds.
Le pire : recharger son portable toute la nuit sur son lit avec un chargeur qui n’est pas d’origine
En cette période de canicule, une vigilance particulière est donc de mise. Et vous, prenez-vous des risques avec vos batteries lithium-ion? 64% des Français s’estiment mal informés sur leurs dangers. La priorité est d’exposer ces appareils le moins possible à la chaleur: l’été, transport dans la poche contre soi et utilisation en plein soleil sont à proscrire. Et en toute saison, rien de pire que charger son téléphone toute la nuit, non seulement car il continuera à chauffer pour rien une fois la batterie pleine mais aussi parce qu’il ne sera plus sous surveillance.
C’est d’ailleurs pour cette raison que les batteries externes sont interdites dans les bagages en soute à bord des avions. Utiliser le chargeur d’origine est déjà une bonne garantie. À défaut, il est indispensable qu’il soit conforme aux normes CE, ce qui n’est pas le cas chez la plupart des distributeurs d’articles bon marché. Mieux vaut aussi éviter de recharger un appareil à proximité ou sur des matières inflammables comme un lit.
En cas de gonflement d’une batterie endommagée, mieux vaut la scotcher et l’isoler dans un sac plastique fermé. Et plutôt que la jeter dans les ordures ménagères, la rapporter dans un des 32 000 points de collecte recensés par Ecosystem.
À l’hôpital, au bureau et dans les transports en commun
Il existe encore de nombreuses pratiques à risques non réglementées. Un visiteur a été vu récemment recharger sa trottinette dans la chambre d’un patient à l’hôpital; aucune réglementation n’existait à ce sujet dans l’établissement. Dans la plupart des entreprises, s’il existe souvent des parkings à vélos, la recharge des batteries se fait parfois dans les bureaux. «Pour que cette pratique soit interdite, il faudrait que soit prévu un espace confiné pour les stocker, au cas où l’une d’entre elles soit endommagée», estime Jérôme Engrand. Et on ne préfère pas imaginer le scénario d’une trottinette électrique prenant feu dans une rame de métro...
Mais alors que 64% des incidents surviennent au domicile, où recharger ses trottinettes et vélos électriques chez soi sans crainte, quand on vit dans un appartement en ville et que l’entrée est encombrée par un porte-manteau, par exemple? «L’idéal est la salle de bains car c’est un espace fermé», répond l’expert en formation à la sécurité incendie Jérôme Engrand. Mais pas pour le téléphone portable, qui risquerait de prendre l’eau...

il y a 17 hour
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