De la galerie d’Apollon à un parking souterrain d’Aubervilliers, les secrets du casse du Louvre dévoilés

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Le Louvre-Lens, le Louvre-Abu Dhabi… et maintenant le Louvre-Aubervilliers. Le casse du siècle a-t-il donné indirectement naissance à une nouvelle déclinaison du plus célèbre musée du monde ? La commune de Seine-Saint-Denis est en tout cas au centre du livre enquête « Main basse sur le Louvre » coécrit par Jean-Michel Décugis, journaliste au Parisien-Aujourd’hui-en-France, Jérémie Pham-Lê et Nicolas-Charles Torrent.

L’ouvrage nous embarque au cœur du fric-frac historique du 19 octobre 2025, des guidons des scooters des braqueurs, au volant d’un utilitaire blanc bien mystérieux, en passant par les ors de la Galerie Apollon, moins bien protégée qu’une station-service désaffectée, et les nuits blanches des policiers chargés de l’enquête.

Les « Brocs », ces experts de la Brigade de répression du banditisme (BRB), sont les policiers qui font office de fil d’Ariane, de chefs d’orchestre dans un dossier dont les auteurs du livre nous révèlent tous les secrets… ou presque puisque les derniers sont encore inconnus des enquêteurs eux-mêmes…

Filatures, écoutes téléphoniques et interpellations musclées

De la sidération initiale jusqu’à cette course contre la montre pour à la fois identifier les auteurs et remettre la main sur les joyaux volés dans la galerie d’Apollon, tout est ici disséqué, en s’appuyant sur quelques confidences mais surtout, et c’est tout l’intérêt du livre, sur les procès-verbaux du dossier.

Filatures, écoutes téléphoniques, interpellations musclées dans un aéroport ou devant les grilles d’un stade de foot, auditions, gardes à vue… Le lecteur est plongé au cœur même des investigations à grand renfort de détails, surtout lorsqu’il s’agit de tirer les fils d’une enquête qui s’est aussi beaucoup appuyée sur le patient examen de toutes les images de vidéosurveillance de Paris et de sa banlieue.

Ce sont notamment les caméras, mais aussi les précieux prélèvements ADN, qui ont fléché les recherches jusqu’à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et un parking de la rue Léopold-Rechossière. C’est là, à mille lieues des dorures du Louvre, sous terre, entre des boxes crasseux et dans des relents d’urine que le diadème de l’impératrice Eugénie a passé ses premières heures après avoir été arraché de sa vitrine de la galerie d’Apollon à coups de disqueuses et… d’épaules. Les pages consacrées à la galerie souterraine d’Aubervilliers sont à la fois les plus palpitantes pour le lecteur et les plus frustrantes pour les enquêteurs.

L’ouvrage révèle en effet que les précieuses images de vidéosurveillance du parking n’ont pu être visionnées que seize jours après le casse. À ce moment-là, et quand les enquêteurs découvrent les diamants scintillants du diadème sortir d’une sacoche, se poser sur la selle d’un scooter et passer de mains en mains, ils se disent que le trésor est peut-être encore là, dans ce dédale miteux où les portes ne ferment pas toutes.

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Mais à part des cartons de vêtements et un fatras d’objets sans valeur, ils ne trouveront rien d’autre qu’une cache aménagée derrière une cloison. Une cache vide. Pourtant, ils le savent maintenant, c’est bien ici, à Aubervilliers que l’équipe des braqueurs s’est formée, préparée et retrouvée après le casse.

L’occasion d’une galerie de portraits bien loin des standards imaginés immédiatement après le braquage : de Doudou Cross Bitume, motard acrobate du Net, tantôt le cœur sur la main tantôt les mains dans les vitrines de bijouterie, d’un de ses complices, atteint du syndrome de Diogène qui a rendu la perquisition de son appartement plus fastidieuse que d’autres ou d’un autre encore qui jongle entre ses chantiers en Province, son passé de proxénète de proximité et les joyaux de la couronne qu’il désigne comme des « trucs » lorsqu’il les évoque au téléphone.

Suspect taiseux et trésor introuvable

Voilà donc les Arsène Lupin modernes : culottés, maladroits, capables de déjouer des filatures grâce à une trottinette, mais aussi de laisser des traces comme le petit Poucet sème des cailloux. Devant les policiers puis les juges d’instruction, ils ont paru parfois chanceler mais ces « moines du braquage », qui prétendent même pour certains ne se connaître que de vue, ont jusqu’ici respecté leurs vœux de silence. Leurs rares confessions relatées dans le livre, ressemblent souvent à des fausses pistes. Comme si le dossier n’en comptait pas encore assez…

À part la couronne de l’impératrice Eugénie « éparpillée façon puzzle » aurait écrit Michel Audiard à une autre époque, et retrouvée entre la galerie et le trottoir en contrebas, le trésor inestimable volé ce dimanche matin d’automne est toujours introuvable.

Et, à la lecture des 233 pages du livre, on oscille entre l’espoir de retrouver sa trace en France ou à l’étranger chez un ou plusieurs receleurs ou dans une cachette encore ignorée, et la crainte bien réelle que ce braquage, démarré dans le fracas d’une disqueuse thermique et du verre brisé, connaisse le pire des épilogues : celui d’un butin en grande partie détruit ou desserti. On pourrait alors définitivement et malheureusement parler de « casse » du siècle.

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