À l'heure où certains pays d'Europe occidentale, comme l'Allemagne, cherchent à réintroduire un dispositif de service militaire, l'Autriche, pays neutre, prévoit de porter la durée du sien de six à neuf mois afin de s'adapter à un contexte sécuritaire bouleversé par la guerre en Ukraine, a annoncé ce lundi 27 juillet le gouvernement.

Aujourd'hui l'une des seules nations à imposer le service militaire obligatoire, l'Autriche compte ainsi renforcer son système. Longtemps négligée, l'armée autrichienne se retrouve dorénavant au centre des attentions de Vienne. "Les conditions de sécurité ont radicalement changé au cours des dernières années, des derniers mois et des dernières semaines. Le rêve d'une paix durable en Europe s’est brisé, au plus tard, avec la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine" a déclaré le chancelier Christian Stocker lors d'une conférence de presse lundi, à l'issue d'une réunion du Conseil des ministres.

Le chef du gouvernement, membre du Parti populaire autrichien (OVP), a également noté que de nouvelles menaces étaient apparues, notamment les attaques hybrides et la cyberguerre. Pour le chancelier, qui s'exprimait depuis une caserne militaire près de Salzbourg, Vienne doit ainsi "prendre davantage en main ses propres moyens d'autonomie et de protection de la population".

En mai dernier, Christian Stocker avertissait déjà des risques liés à la menace russe. "En cas de conflit, nous serions également une cible" avait-il mis en garde, prévenant que ni le fait de compter sur ses voisins membres de l'Otan ni sa neutralité ne pourraient protéger l'Autriche.

Avertissements à répétition

Ces dernières décennies, les forces armées autrichiennes ont principalement joué le rôle de force de protection civile, venant en aide aux services d'urgence lors de catastrophes naturelles telles que les inondations et les feux de forêt, ou effectuant des patrouilles aux frontières pour intercepter les immigrants clandestins plutôt que pour arrêter l'avancée de troupes étrangères.

Les autorités nationales ont averti à maintes reprises que l'armée autrichienne serait incapable en l'état de défendre le territoire national contre une attaque grave menée par une puissance étrangère, d'où la volonté de renforcer et de mieux l'équiper face aux menaces extérieures.

Pour l'heure les garçons et les hommes autrichiens ont le choix, vers leur dix-huitième anniversaire, entre le service militaire et un service civique alternatif de neuf mois, au cours duquel ils travaillent généralement dans des structures telles qu'un service d'ambulance ou une maison de retraite. Selon la proposition annoncée par Vienne, la durée du service civique serait elle aussi allongée, sur la base du volontariat, pour passer de neuf à onze mois.

Rémunération doublée

Ce nouveau projet fait suite au lancement par la ministre de la Défense Klaudia Tanner, en juin 2025, d'une commission chargée d'étudier les moyens de réformer le service militaire. Le groupe d'experts constitué a rendu son rapport le 20 janvier dernier : à une majorité de neuf voix contre une, les membres se sont prononcés en faveur d'un allongement du service militaire obligatoire. Pour le président de la commission Erwin Hameseder, il s'agit d'une nécessité pour renforcer la capacité défensive de l'armée autrichienne. "Il n'y a plus de délai de préparation. La mobilisation doit pouvoir avoir lieu en quelques jours" a-t-il fait valoir. Une position qu'a fortement soutenue le président Alexander Van Der Bellen, "compte tenu de la situation géopolitique et afin d’améliorer la sécurité des soldats".

La future réforme prévoit également la création d'un service militaire de réserve, obligeant les réservistes à suivre une formation de remise à niveau dans les dix ans suivant leur service militaire. Des avantages, tels que des jours de congé et une rémunération presque doublée pour atteindre 1 000 euros par mois sont également prévus afin de rendre ce système plus attractif.

La mise en œuvre de ces changements nécessitera toutefois l'adoption d'une loi à la majorité des deux tiers au Parlement, ce qui obligera les partis de la coalition au pouvoir (composée de l'OVP, du parti libéral NEOS et du social-démocrate SPD) à obtenir le soutien des Verts, dans l'opposition, ou du Parti de la Liberté (FPO), formation d'extrême droite. Par le passé, celle-ci s'est déjà montrée favorable à une telle extension du service militaire.