Le dossier de L'Express. Opération Spiderweb, assassinats ciblés de gradés russes... Entraîné par la CIA depuis 2014, le renseignement ukrainien bénéficie aussi de l'appui de plusieurs agences d'espionnage européennes.
Publié le 29/07/2026 à 07:45
De la fumée s'échappe de la ville de Moscou après une attaque de drones ukrainiens, le 18 juin 2026.
SOCIAL MEDIA via REUTERS
Pour faire rêver un espion, il suffit d'un seul mot : Spiderweb. Le 1er juin 2025, plus d'une centaine de drones s'élèvent, depuis des conteneurs acheminés en Russie, et frappent simultanément quatre bases aériennes. Quelque quarante avisons auraient été détruits. Longtemps jugé peu fiable, le renseignement ukrainien frappe les esprits et multiplie depuis les opérations spectaculaires sur le territoire russe. "Les Ukrainiens sont premiers en Europe en matière d'actions clandestines", estime Ralph Goff, ancien chef des opérations Europe et Eurasie de la CIA.
Face à la guerre, ils ne pouvaient que périr ou s'améliorer. "Les opérations sont réussies aussi parce qu'on les aide !", confie un ex-haut cadre de la DGSE. Épaulés par la CIA dès 2014, comme révélé par le New York Times, les Ukrainiens ont profité ces dernières années des enseignements de plusieurs pays européens.
Des forces spéciales polonaises et britanniques ont accompagné Washington dans la formation des officiers ukrainiens - un dispositif resté actif après l'invasion de 2022, selon un "haut gradé polonais" cité dans l'ouvrage Polska na wojnie, du journaliste Zbigniew Parafianowicz. En novembre 2024, à l'ambassade britannique à Paris, Richard Moore, alors chef du MI6, revendiquait cet "héritage en matière d'opération clandestine" comme socle du soutien britannique à l'Ukraine. "Les pays baltes et les Pays-Bas les ont aidés sur les questions techniques. Le MI6 et la DGSE sur l'opérationnel", résume un haut cadre français du renseignement.
Des militaires français présents en Ukraine
Appréciée des Ukrainiens pour son imagerie satellitaire, la France les accompagne aussi sur le terrain. D'après Intelligence Online, des militaires du 13e Régiment de Dragons Parachutistes et du Service action de la DGSE seraient présents. Des membres des commandos marine également, a appris L'Express. Interrogée, une source au sein de l'état-major des armées dément la présence du 13e RDP, sans commenter la présence du Service Action ni celle des commandos marine. "On ne parle pas des forces spéciales. La présence de militaires en Ukraine est liée aux vacations habituelles à l'ambassade", indique cette source.
Les Français présents constatent une nouvelle dynamique avec les Ukrainiens. "Il faut voir qui forme qui", sourit un industriel français présent à Kiev. Les Européens viennent désormais autant pour former que pour apprendre. "Pour comprendre comment fonctionnent les Russes, pour savoir détecter les drones en conditions réelles et les utiliser", explique un Français proche du renseignement. Donnant-donnant.

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