Dire que les Gafam n’ont plus la cote en ce moment relève de l’euphémisme. Après un ralliement très polémique à Donald Trump, les mastodontes de la Silicon Valley ont ouvertement critiqué les institutions européennes ou empêché certains représentants de la Cour pénale internationale d’accéder à leur boîte email.
Dans ce climat de défiance, les alternatives aux produits technologiques étasuniens ont le vent en poupe et l’une d’entre elles commence sérieusement à faire parler d’elle : /e/OS. Système d’exploitation mobile alternatif basé sur Android et développé par l’entreprise Murena, le logiciel a été créé par Gaël Duval, à qui l’on doit notamment la distribution Linux Mandrake.
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Présenté à la fois comme une solution souveraine face à notre dépendance à Google et Apple, comme un OS plus courtois avec nos données personnelles, le système est une “porte d’entrée” idéale pour commencer à se déGafamiser, arguait Gaël Duval dans nos colonnes il y a peu.
Pour voir un peu ce que /e/OS a dans le ventre, j’ai passé un mois à utiliser ce système d’exploitation sur un Fairphone 6 prêté par Murena. Voici ce que j’en ai pensé.
Premières impressions
Dès le déballage de l’appareil, le ton est donné. Il ne s’agit pas d’un bête Fairphone 6, mais d’un Murena Fairphone 6. Et si vous avez tendance à l’oublier, les autocollants dans la boîte vous le rappelleront. Ils vous permettront d’afficher votre appartenance à la famille Murena, à l’instar des utilisateurs d’Apple avec leurs célèbres stickers pommés.
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Au-delà de cela, point de différence physique avec un Fairphone 6 classique ; il faut bien avouer que la qualité de construction du mobile néerlandais en fait un écrin idéal pour découvrir /e/OS. À l’allumage, une petite animation de démarrage Murena vient confirmer que vous avez entamé votre parcours d’émancipation numérique.
Les téléphones Murena affichent leur identité jusque dans les stickers. © Corentin Béchade / Les Numériques
L’assistant d’installation se révèle très simple à aborder et vous encourage à créer un compte Murena. C’est ce dernier qui centralisera votre nouvelle identité numérique, qu’il s’agisse de vos courriels, de votre suite bureautique en ligne ou du gigaoctet de stockage cloud offert. Aucun compte Google ne vous sera demandé et le système fonctionne à merveille sans lui, même s’il reste possible d’en ajouter un a posteriori si besoin.
Expérience utilisateur
Au premier démarrage, /e/OS a de quoi décontenancer les habitués des smartphones Android. Toutes les icônes sont disposées en vrac sur le bureau virtuel, sans aucun tiroir d’apps. Une philosophie qui rappelle grandement iOS. Même la manière dont les icônes gigotent lorsqu’on les déplace semble directement empruntée au système mobile d’Apple. C’est simple, très facile d’accès pour les néophytes, et c’est sans aucun doute l’intention recherchée par la marque.
Mais à privilégier la simplicité à tout prix, Murena perd un peu de ce qui fait le sel de l’écosystème Android. Il est par exemple impossible d’ajouter des widgets aux bureaux virtuels, ces derniers devant être concentrés sur un écran dédié. Idem pour certaines applications système qui manquent cruellement d’options de personnalisation.
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Étant habitué à un OS plus polyvalent, j’ai donc rapidement changé de lanceur d’apps pour adopter une interface plus proche de l’Android made in Google (Lawnchair, pour ne pas le nommer). Beaucoup d’autres applications préinstallées ont connu le même sort afin que je retrouve mes habitudes. Car si le système propose une galaxie d'apps Murena pour s'émanciper des Gafam, il s'accommode aussi très bien d'autres parcours de dégooglisation. Le mien étant déjà bien entamé, la transition fut aisée.
Pour télécharger des apps d’ailleurs, point de Play Store, mais un “AppLounge” très bien pensé et réactif. L’application donne accès à tout le catalogue du magasin de Google et permet de télécharger les titres anonymement pour éviter de renvoyer des données chez le géant de la recherche. Le service intègre aussi nativement une large sélection d’apps open source et web, et se permet même d’établir un “score de confidentialité” pour chaque logiciel (Gmail y récolte un joli 0/10) en s’appuyant sur la base de données d’Exodus Privacy. Pour le dire autrement, il n’a jamais été aussi facile et plaisant de se passer du Play Store.
L'interface /e/OS. © Corentin Béchade / Les Numériques
Petit point noir cependant : l’intégration de Murena Workspace, le Google Drive à la sauce /e/OS, laisse un peu à désirer. Si c’est l’incontournable service Nextcloud qui propulse une bonne partie des outils de la marque, l’application idoine n’est pas préinstallée. Il existe bien une app Murena Workspace, mais il s’agit d’un simple raccourci vers une page web dont l’ergonomie et la réactivité s'avèrent perfectibles.
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Pour résumer, /e/OS met l’accent sur la simplicité d’utilisation, parfois jusqu’à l’excès, afin d’offrir une page blanche où réinventer sa vie numérique. Certaines applications manquent encore d’un petit coup de polish pour concurrencer leurs rivales propriétaires, mais dans l’ensemble, tout est là pour s’affranchir de Google.
Vie privée
Car oui, si /e/OS fonctionne très bien sans aucune app Google, il reste tout à fait possible d’utiliser Gmail, YouTube ou Gemini grâce à l’intégration de microG. Cette implémentation alternative des services de Google limite sérieusement la quantité de données renvoyées vers les serveurs de Mountain View.
Vous pouvez ainsi marier le meilleur des deux mondes et entamer votre migration en douceur. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait car, malgré tous mes efforts, je n’ai pas encore réussi à me passer de Google Messages (seul client de messagerie compatible RCS) et de Google Maps (pour son annuaire à la profondeur incomparable).
Cet accent mis sur la vie privée se retrouve par petites touches au sein de l’OS avec, par exemple, l’intégration native des DNS de chez Quad9 ou la désactivation simplifiée du micro et de l’appareil photo (qui dispose même d’un bouton physique dédié sur le Fairphone 6). Au quotidien, cette philosophie sait se faire oublier. On utilise simplement son téléphone sans se demander quelles traces on laisse sur le web. Un luxe qu’on aurait presque oublié.
Mais le vrai cœur du réacteur est à chercher du côté de l’outil Advanced Privacy embarqué dans les paramètres du mobile. Cette application permet de masquer votre adresse IP, de fausser votre position GPS et de bloquer les traqueurs nichés dans vos apps. Si les deux premiers paramètres sont désactivés par défaut pour des raisons pratiques, le troisième est actif et vous permet de visualiser quelles applications tentent d’établir un contact avec des régies publicitaires ou des sites tiers. Un “mur de la honte” affiche même les logiciels les plus indiscrets. Chaque traqueur bloqué est autant de morceaux de votre vie privée qui échappent aux géants de la tech.
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Légère ombre au tableau cependant, le système sauvegarde automatiquement toutes les photos, vidéos et fichiers stockés sur le téléphone vers le cloud, sans qu’un consentement clair ait été donné. Indubitablement pratique, cette pratique est aussi néfaste pour la protection des données, en plus d’encombrer l’espace cloud gratuit et de pousser discrètement vers un abonnement payant.
Compatibilité logicielle et mises à jour
Sur /e/OS comme sur tous les autres dérivés d’Android se pose la question de la compatibilité logicielle. Google est si profondément ancré dans les racines de l’OS que couper les ponts peut provoquer quelques instabilités. Et comme souvent, le constat est identique : la plupart des apps fonctionnent parfaitement, à quelques pénibles exceptions près.
Si la majorité des apps bancaires sont recensées comme fonctionnant sans problème, certains utilisateurs rencontrent tout de même des difficultés, notamment avec BoursoBank. Même chose pour certains services de paiement sans contact (NFC), pour l’app L’identité numérique de La Poste ou France Identité. Si je n’ai subi aucun écueil lors de mon essai, des témoignages font état d’une compatibilité aléatoire. Rien d’étonnant à cela, puisqu'ils reposent sur des certificats de sécurité uniquement présents sur les systèmes adoubés par Google. Or /e/OS n’en fait pas partie.
© Corentin Béchade / Les Numériques
Ayant déjà largement dégooglisé ma vie avant de passer sur /e/OS, je n’ai rencontré que très peu de problèmes avec mes applications favorites. Ceci étant, l’incompatibilité de certains services critiques cités ci-avant est un vrai point noir qui peut légitimement en refroidir plus d'un. Malheureusement, à moins de pousser l’administration française à couper définitivement les ponts avec les services de Google, l'équipe de /e/OS ne peut pas y faire grand-chose.
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Enfin, sur la question des mises à jour, le téléphone tournait sous /e/OS 3.7.3 (Android 15) au début de mon test, mais la version basée sur Android 16 vient tout juste d’être annoncée aujourd’hui (11 juin 2026). Si les correctifs de sécurité mensuels mettent un peu plus de temps à arriver que sur un Pixel, il n’y a pas de quoi paniquer pour autant.
Conclusion
Disons-le simplement : /e/OS est une excellente alternative à Android de Google. Le système ne s’adresse pas forcément aux profils les plus avancés, qui lui préféreront sans doute LineageOS ou GrapheneOS, mais pour le commun des mortels, le système d’exploitation de Murena a tout ce qu’il faut pour fournir une expérience agréable.
Mieux encore, l’entreprise est l’une des rares à tenter de construire un véritable écosystème complet pour concurrencer celui de Mountain View. Tout n’est pas encore parfait du point de vue de l’implémentation logicielle, et certaines de vos apps tordront peut-être un peu le nez, mais globalement, Murena offre un service clé en main pour commencer à se débarrasser de Google, d’Apple et des autres. Peu d’acteurs sur le marché peuvent en dire autant.
Contrairement à GrapheneOS, /e/OS peut être installé sur une large gamme de téléphones (près de 300 à l’heure où j’écris ces lignes). Ajoutez à cela qu’il est possible d’acquérir un appareil avec l’OS préinstallé et vous obtenez une expérience ultra-accessible pour quiconque souhaite quitter les griffes des Gafam. Ce focus sur la vie privée et la souveraineté est un plus indéniable, surtout à une époque où l’on a tristement été habitué à tolérer l’inacceptable. /e/OS ne fait que remettre les pendules à l’heure.
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il y a 16 hour
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