Diplomatie. Les Etats-Unis se sont opposés vendredi dernier à la reconduction de Volker Turk à la tête du Haut-commissariat aux droits de l'Homme. Paris a fustigé une position qui place Washington sur la même ligne que Pyongyang ou Moscou.
Par Juliette Laffont
Publié le 28/07/2026 à 11:47
Jérôme Bonnafont, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, prend la parole lors d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation en Iran, à New York le 10 juillet 2026. REUTERS/Eduardo Munoz
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C'est une nouvelle étape franchie dans les tensions entre Paris et Washington. Lundi 27 juillet, à l'occasion d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, des diplomates américains ont quitté la salle lors d'un discours de la délégation française. La France avait reproché aux Etats-Unis vendredi de s'être opposés au renouvellement du mandat de Volker Turk, haut commissaire aux droits de l'Homme de l'organisation. Et s'était insurgée de voir Washington s'aligner sur les votes de régimes autoritaires.
Volker Turk, dont le travail implique de dénoncer les violations des droits de l'Homme par les pays membres de l'ONU, a vivement critiqué la guerre d'Israël à Gaza, et a également plaidé pour une "refonte massive" de la politique d'immigration américaine avant la Coupe du monde, citant des problèmes liés au "profilage racial, à la surveillance et à l'application des lois sur l'immigration". D'où la réticence des Etats-Unis à voter pour sa reconduction, approuvée par 144 voix contre 10.
"Indignation morale"
Dès le vote vendredi, la Mission de la France auprès des Nations unies à Genève a réagi sur X : "Les Etats-Unis étaient autrefois un modèle en matière de droits humains. Ce n’est plus le cas. Aujourd'hui, ils se retrouvent aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie. Isolés. Et le monde ne les écoute plus", a-t-elle posté, s'attirant ainsi les foudres de la délégation américaine.
Mike Waltz, l'ambassadeur américain auprès de l'ONU, a répliqué dans la foulée sur X également, accusant la France de ménager "certains des pires auteurs de violations des droits de l'homme" et de voter "pour quelqu'un qui a donné des leçons aux démocraties libres et souveraines comme les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël, tout en se rapprochant des pires oppresseurs du monde".
Lundi, après avoir quitté la salle, l'ambassadeur adjoint des États-Unis auprès de l'ONU, Dan Negrea, a poursuivi les remontrances en direct du conseil de sécurité. Il a reproché à la France de feindre "l'indignation morale" et de "prétendre donner des leçons au monde entier sur tous les sujets", y compris les droits de l'homme. Les États-Unis ont soutenu la France dans tous les conflits où sa "liberté a été menacée" et ont toléré ses démonstrations de force "par esprit de camaraderie et de respect mutuel", a-t-il déclaré, mais "cela ne durera plus".
Relations dégradées
"Nous fêtons cette année le 250e anniversaire des Etats-Unis. Et chacun sait la place que la France y a prise", s'est contenté de commenter l’ambassadeur de la France auprès de l'ONU, Jérôme Bonnafont, après l'incident. Il a également assuré que Paris travaillait à l'ONU, au Conseil comme à l’Assemblée générale, "pour préserver cette institution, son indépendance, sa capacité d’action au service de la charte, au service des droits de l’homme, et au service de la paix".
De telles sorties entre alliés au sein du Conseil de sécurité de l'ONU sont extrêmement rares. Cet épisode reflète non seulement la détérioration des relations entre le président des Etats-Unis, Donald Trump, et son homologue français, Emmanuel Macron, mais aussi les tensions plus larges entre les Etats-Unis et l’Europe. Parmi celles-ci figurent les interrogations concernant l’engagement américain envers l’Otan, les changements dans le déploiement des troupes américaines sur le Vieux Continent et la volonté de Donald Trump de contrôler le Groenland, territoire danois membre de l'Otan. Le président américain a aussi plusieurs fois déploré que les Européens, non consultés, n'aient pas soutenu les Etats-Unis durant la guerre en Iran.

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