A peine retombé le souffle d'une Coupe du monde à la taille et aux retombées économiques inédites, la Fédération internationale de football (Fifa) et son président, Gianni Infantino, entendent repousser les limites. L'instance a annoncé, mardi 29 juillet, son intention de créer une société commerciale, regroupant plusieurs de ses activités - le sponsoring, la billetterie, l'octroi de licences ou encore la gestion opérationnelle de la compétition -, dont une fraction des parts serait vendue à des investisseurs privés. A la clé, une rentrée d'argent qui pourrait avoisiner 10 milliards de dollars et serait ensuite redistribuée aux 211 fédérations qui composent l'organisation.

L'opération, qui consisterait à lever 4,2 milliards de dollars dès cette année, serait notamment menée un consortium présidé par Thrive Eternal, un fonds d'investissement lancé récemment par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, qui n'est autre que le gendre de Donald Trump. Un curieux mélange des genres lorsque l'on connaît la proximité entre Gianni Infantino et le président américain. C'est ce dernier qui avait personnellement appelé le patron de la Fifa pour faire annuler le carton rouge - pourtant incontestable - du joueur américain Folarin Balogun, avant le huitième de finale qui opposait les Etats-Unis à la Belgique en juillet.

Une financiarisation à l'œuvre depuis plusieurs années

Si la Fifa promet que les potentiels futurs actionnaires de la nouvelle entité Fifa Forward Enterprise (FFE) ne pourront pas en prendre le contrôle, ce projet interroge sur la capacité de la fédération à garder la main sur ses actifs les plus lucratifs et sur les conflits d'intérêts qu'une telle ouverture susciterait. Cette financiarisation du ballon rond poussée à l'extrême est en réalité à l'œuvre depuis déjà de nombreuses années. Avant même l'arrivée du dirigeant helvético-italo-libanais, c'est sous la présidence de son prédécesseur, Sepp Blatter, emporté par un scandale de corruption en 2015, que le Mondial 2022 avait été attribué au Qatar. Un Etat sans aucune tradition de football, mais aux moyens démesurés : il avait dépensé plus de 220 milliards de dollars pour l'organiser, un record.

C'est en revanche bien Gianni Infantino qui a œuvré pour que l'Arabie saoudite - avec qui il a tissé des liens étroits - soit désignée hôte de l'édition 2034. Là encore, un choix qui répond plus à une logique financière que sportive, malgré le développement accéléré de ce sport dans le pays et son championnat à coups de transferts de joueurs et salaires mirobolants. Depuis son élection, l'ancien secrétaire général de l'Union des associations européennes de football (UEFA) a considérablement accru les ressources de la Fifa. De 7,5 milliards de dollars entre 2019 et 2022 à 11 milliards de dollars sur la période 2023‑2026, ses revenus pourraient monter jusqu'à 14 milliards lors du prochain cycle, sans compter le projet d'ouverture de son capital.

La Coupe du monde 2026 en point d'orgue

La dernière Coupe du monde, organisée aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada, a incarné cette fuite en avant, avec l'élargissement inédit du tournoi à 48 équipes, contre 32 lors des précédentes. Un nouveau format qui a fait gonfler les recettes sous couvert d'équité sportive : d'après The Guardian, la Fifa devrait bientôt annoncer avoir dégagé 15 milliards de dollars de chiffre d'affaires, soit bien plus que les 9 milliards espérés initialement. Les billets à des prix exorbitants et les pauses fraîcheurs durant lesquelles des publicités étaient diffusées partout dans le monde n'y sont sûrement pas étrangers.

De même que la mi-temps de la finale entre l'Espagne et l'Argentine, rallongée d'une quinzaine de minutes afin de diffuser un show à la manière du Super Bowl. La prochaine Coupe du monde, qui se déroulera au Maroc, en Espagne et au Portugal, pourrait même s'élargir à 64 équipes en 2030. Une stratégie qui fait visiblement le bonheur des fédérations que la Fifa finance généreusement. L'année prochaine, Gianni Infantino compte rempiler pour un quatrième mandat. Une candidature qui serait déjà soutenue par plus de 200 pays. Il n'y a pas de hasard.