Le « Petit prince » de Saint Exupéry fait toujours rêver. Il n’y avait pas un bruit parasite dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville de Troyes ce vendredi après-midi. Il y faisait pourtant bien chaud, ce qui n’a pas empêché 300 écoliers, du CP au CM2, de tout le département de l’Aube, de rester assis près d’une heure trente. Ce calme et cette attention, on les doit à la passion que Michel Tognini et Hervé de Saint-Exupéry ont mise dans leurs échanges avec les enfants.
Michel Tognini est l’un des onze Français à avoir volé dans l’espace. Il a d’abord quitté le plancher des vaches à bord de Soyouz pour deux semaines sur la station spatiale Mir en juillet 1992. Il a récidivé avec Columbia pour près de cinq jours en juillet 1999. Hervé de Saint-Exupéry est lui l’arrière-petit-neveu d’Antoine de Saint-Exupéry, l’ancien de l’Aéropostale et auteur mondialement connu du « Petit prince » que les élèves étudient à l’école. Lui-même est devenu pilote de ligne après avoir longtemps été pilote de chasse dans l’Armée de l’Air et le plus jeune pilote de France, en obtenant son brevet de pilote le jour de ses 17 ans.
« On ne voit bien qu’avec le cœur » : c’est cette citation, tirée du Petit Prince, qui a servi de fil conducteur aux élèves qui ont travaillé sur ce projet tout au long de l’année scolaire. Passionnée d’espace et parmi ses instigatrices, Marie-Lydie Trappet, professeure des écoles à Macey, a facilité la venue des deux personnalités. « Le Petit Prince, c’est une œuvre du patrimoine français. Elle parle d’imaginaire, de sentiments, d’amitié, d’émotion… Cela permet de travailler de nombreuses manières avec les élèves et de décloisonner les disciplines », souligne-t-elle.
Ils auront en tout cas été récompensés de leur investissement par ces échanges nourris. « Peut-être que parmi vous, certains deviendront pilotes… » Hervé de Saint-Exupéry a à peine fini sa phrase que de nombreux doigts se lèvent. C’est la finalité du projet : mettre des étoiles dans les yeux de ces enfants et leur donner l’envie de rêver en grand.
« C’est grâce à un prof de maths que mon niveau a augmenté »
« N’oubliez jamais de remercier vos parents et vos professeurs qui vous donnent cette chance. C’est grâce à un professeur de mathématiques que mon niveau scolaire a commencé à décoller », a avoué pour sa part Michel Tognini, qui a recruté et formé un certain Thomas Pesquet. Dans la foulée, l’assistance a entonné « J’ai dans le cœur », une chanson d’Aude Gagnier, adaptation de « Somewhere only we know » du groupe britannique Keane, s’inspirant fortement du « Petit Prince ».
Ancienne professeure des écoles devenue inspectrice de l’Éducation nationale de la circonscription de La Chapelle-Saint-Luc, Emmanuelle Jeanne-dit-Fouque fait partie de ces enseignants qui se sont appuyés ou s’appuient sur l’œuvre de l’aviateur. « Fais de ta vie un rêve et de tes rêves une réalité », a-t-elle glissé aux écoliers pour renforcer le message de cette rencontre unique. « Vous êtes une constellation de 300 étoiles », a lancé Nicolas Honoré, maire-adjoint de Troyes, chargé de l’Éducation, en direction des enfants des écoles de Troyes, La Chapelle-Saint-Luc, Saint-André-les-Vergers, Macey ou encore Romilly-sur-Seine et Nogent-sur-Seine.
Après avoir présenté leurs parcours à l’aide de photos toutes plus magiques les unes que les autres, Michel Tognini et Hervé de Saint-Exupéry se sont prêtés au jeu des questions-réponses, toutes plus pertinentes les unes que les autres. Pêle-mêle : « Avez-vous déjà été attaqué par un avion de chasse ? », « Avez-vous déjà vu des aliens ? », « A quoi ressemble le vide spatial ? » Le brouhaha a fini par s’inviter dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville quand les élèves ont propulsé leurs avions en papier, bien aidés par la complicité de Michel Tognini et Hervé de Saint-Exupéry. C’est véritablement utile puisque c’est joli.




