Le Groenland mieux préparé qu'il n'y paraît à une invasion américaine ? C'est ce que semble indiquer une enquête de la télévision publique danoise DR parue ce jeudi 19 mars. Elle révèle, à travers les témoignages de plus de 12 sources haut placées au Danemark et dans le reste de l'Europe, comment l'île s'est massivement organisée et armée en prévision d'un éventuel conflit avec les Etats-Unis. Une démonstration de force pilotée par Copenhague, avec l'appui clé de plusieurs pays européens, dont la France. Explications.

Arsenal militaire massif déployé

Le Danemark n'en a pas fait la promotion, et pourtant, dans l'ombre en ce début d'année, c'est un véritable réarmement de sa très convoitée île arctique qu'il a organisé. Avec un objectif : dissuader Donald Trump de mettre la main sur ce territoire - comme il a déclaré vouloir le faire à plusieurs reprises -, en augmentant le coût d'une opération américaine au Groenland.

Pour ce faire, Copenhague a acheminé des chasseurs F-35 danois en urgence, déployé des soldats et leur a fourni des explosifs capables de faire sauter les pistes d'atterrissage près de la capitale Nuuk et d'une ancienne base de chasseurs à Kangerlussuaq. De quoi empêcher les avions militaires américains de débarquer des soldats sur l'île si le président américain mettait ses menaces d'annexion à exécution. Les soldats ont également reçu des poches de sang, afin que les blessés puissent être soignés le cas échéant.

Sursaut européen

Ces projets soulignent la gravité avec laquelle les menaces de Donald Trump contre un allié de l'Otan ont été perçues, non seulement au Danemark, mais dans toute l'Europe. "Si nous sommes aujourd'hui dans une meilleure situation, c'est uniquement grâce à la coopération européenne", a d'ailleurs salué la Première ministre danoise Mette Frederiksen.

La France, l'Allemagne et les pays nordiques en particulier ont soutenu cette démarche de réarmement, en envoyant des troupes sur place, officiellement pour participer à un exercice baptisé "Endurance arctique". "Avec la crise du Groenland, l'Europe a pris conscience une fois pour toutes de la nécessité d'assurer sa propre sécurité", a déclaré à DR un haut responsable français qui a joué un rôle crucial durant les mois intenses et les jours critiques de cette crise. "Les Français ont été d’une aide précieuse", a fait savoir un second responsable européen. "Ils ont tout de suite compris que nous avions besoin d’un plan".

Vers un nouveau modèle de coopération ?

DR n'a pas su, de ses sources, si les alliés européens auraient combattu dans le cas où des soldats américains auraient bel et bien attaqué le Groenland. "C’est une question à laquelle je suis très heureux que nous n’ayons pas eu à répondre", a simplement botté en touche un haut responsable allemand. Et d'ajouter : "Si les États-Unis attaquaient le Groenland – avec des soldats de l’Otan présents – alors il faudrait remettre sérieusement en question tout ce en quoi nous croyons".

Pour une autre source diplomatique, "la crainte [d'une invasion américaine] n’a pas disparu, mais elle est moins présente". La question est désormais de savoir si l'Europe est capable de tenir bon. Et de s'adapter. Un début de réponse a peut-être été trouvé début mars, lorsque le gouvernement danois a annoncé entamer, aux côtés de sept pays européens, une coopération nucléaire stratégique avec la France.