Sylvie et Francis Godard, mère et beau-père du journaliste sportif français Christophe Gleizes emprisonné en Algérie depuis deux ans, sont à New York ce lundi. Ils continuent de militer pour la libération de leur fils, en marge du Mondial 2026 aux États-Unis.
Quelle est la raison de votre présence à New York aujourd’hui ?
SYLVIE GODARD - Nous sommes ici parce que Christophe a obtenu l’accréditation de la Fifa. Nous en sommes très émus et très touchés. Nous sommes ici parce que c’est Christophe qui devrait être à notre place et c’est notre devoir d’être là pour le soutenir.
Aujourd’hui, quelle est la situation ?
S.G. - La situation est toujours la même : emprisonné entre quatre murs. Il commence à trouver le temps long et il aimerait être parmi vous, qui êtes ses confrères, journalistes sportifs. C’est ici qu’il doit être.
Quelle est la situation avec les autorités algériennes ?
FRANCIS GODARD - Le grand problème, c’est que c’est d’une opacité totale pour l’instant. On n’a pas de retour. On envoie des messages divers et variés, mais on n’a pas de retour. On a rencontré le secrétaire général du ministère de la Justice. Il nous a demandé comment vivait Christophe, qui il était, etc. Mais on n’en sait pas plus. Il nous a dit : «Maintenant, la justice n’a plus rien à voir dans l’affaire de Christophe. Tout est entre les mains du président (Abdelmadjid) Tebboune.» Pour l’instant, c’est illisible pour nous.
La mobilisation, il la connaît, mais il nous dit que c’est un monde qui lui est devenu totalement abstrait maintenant.
Sylvie Godard, mère de Christophe GleizesY a-t-il une aide de la part d’Emmanuel Macron ? Vous sentez-vous soutenus par le pouvoir en place en France ?
F.G. - Oui, on se sent très soutenus, il faut le dire clairement. On a pu en juger sur plusieurs événements précis, mais vous comprendrez que sur ces points-là, on est condamnés à la discrétion la plus absolue. Par définition, pour que ça soit efficace, il faut que ça soit discret.
Pouvez-vous échanger avec lui régulièrement ? Reçoit-il toutes ces marques de soutien ?
S.G. - Depuis qu’il est emprisonné,nous y sommes allés six fois. C’est un parloir. On a un combiné téléphonique, une vitre blindée. On a 30 minutes, ça va très vite. La mobilisation, il la connaît, mais il nous dit que c’est un monde qui lui est devenu totalement abstrait maintenant, parce que depuis presque un an, il n’a plus de lien avec l’extérieur.
Appelez-vous à un plus large soutien des personnalités du monde du football ?
F.G. - Sur ce point, on aimerait passer à la suite puisqu’on s’est adressés à eux à de multiples reprises. Maintenant, (Kylian) Mbappé, il a la Coupe du monde. Je pense qu’on ne va pas le harceler là-dessus. Idem pour Zinédine Zidane. Donc on passe à la suite. On ne leur en veut pas. C’est comme ça.
Il est fort, c’est clair qu’il est fort. Mais en même temps, n’importe qui d’entre nous serait complètement miné par un tel régime de détention.
Francis Godard, beau-père de Christophe GleizesLa Fifa a eu une prise de parole assez forte...
F.G. - C’est une parole plus que puissante puisque effectivement, l’invitation de Christophe à chacun des matches de la Coupe du monde, c’est important. Si nous sommes là, c’est que la Fifa nous a invités à la place de Christophe. Mais ce n’est pas notre place, c’est la sienne. On est là pour lui... Mais effectivement, la réaction de (Gianni) Infantino (président de la Fifa, ndlr) et de toute son équipe est extraordinaire.
Comment qualifieriez-vous l’état psychologique de Christophe ?
S.G. - C’était la première fois, quand on y est allés la semaine dernière, que, lorsqu’on est sortis avec Francis, on était un peu abattus, parce qu’on n’a pas trouvé qu’il avait le moral comme les autres fois. Je pense qu’il a perdu ses repères temporels. À chaque fois, on lui dit : «Garde espoir, ça va arriver.» Et il ne voit rien venir. Donc je pense qu’il était un peu abattu.
F.G. - Pour nous qui ne sommes pas en prison, on ne peut pas s’imaginer ce qui se passe dans la tête de ceux qui sont dans neuf mètres carrés depuis deux ans, retenus en Algérie. Il est fort, c’est clair qu’il est fort. Mais en même temps, n’importe qui d’entre nous serait complètement miné par un tel régime de détention.
Peut-il regarder les matches de la Coupe du monde ?
S.G. - Oui. Il a vu notre coup d’envoi de la finale de la Coupe de France. Il a vu également PSG-Arsenal (finale de la Ligue des champions, ndlr). Il négocie avec le personnel pénitentiaire pour voir les matches. Je suis sûre qu’il verra le match France-Sénégal. On sera contents si on est là et qu’on puisse être filmés pour lui donner beaucoup de courage pour la suite.
Des rencontres peuvent-elles être prévues avec les dirigeants algériens en marge de la Coupe du monde ?
S.G. - Ça, on ne peut pas vous dire parce qu’on n’a aucune connaissance du fait qu’il y aurait le pouvoir algérien pour Algérie-Argentine (le 16 juin).
F.G. - On n’a pas de rencontre prévue, mais on a peut-être un message (à faire passer) de ce point de vue. On est ici, on va supporter les Bleus, c’est notre équipe. Ceci dit, on souhaite tout le meilleur pour l’équipe d’Algérie. On espère qu’ils vont faire un bon parcours. Et pourquoi on espère ça ? Parce qu’on sait qu’il y a des millions de personnes qui, des deux côtés de la Méditerranée, ont leur cœur pour la France et pour l’Algérie. Ils soutiennent les deux équipes. Il y a des relations tellement fortes entre nos deux pays, entre les peuples. Christophe a d’ailleurs écrit des articles sur l’identité des supporters. Bien sûr, les Bleus, c’est notre équipe. Mais on souhaite le meilleur parcours possible aux Fennecs et à l’équipe d’Algérie.

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