Des propos tronqués de Bill Clinton sur le conflit israélo-palestinien : début juin, une citation sortie de son contexte de l'ancien président américain a été relayée par des comptes pro-israéliens sur Facebook et Instagram.
Le visuel, qui met en exergue une citation avec une photo de Bill Clinton, laisse penser qu’il aurait déclaré à propos des Palestiniens : "J'ai offert la Palestine, toute la bande de Gaza et 97 % de la Cisjordanie, mais ils n'ont jamais vraiment voulu de patrie pour eux-mêmes." Avant d'ajouter : "Ils voulaient juste tuer les Juifs."
Pour plusieurs des comptes qui relaient le visuel sur Facebook, cette citation, partagée sans contexte ni sur son origine ni sur les propos de Bill Clinton, serait un "rappel" de "l’absence de volonté d’accepter des Juifs dans cette région du monde".
Seul le Hamas était visé
La citation présentée ici est toutefois trompeuse : retrouvé par le média de vérification américain Snopes, le discours d'origine de Bill Clinton dans lequel les phrases ont été prononcées ne ciblait en effet pas les Palestiniens en général, mais uniquement le Hamas.
Lors d'un meeting de soutien à l'ancienne candidate démocrate à l'élection présidentielle Kamala Harris en octobre 2024, Bill Clinton revenait sur l'échec des négociations de paix en 2000 tenues sous l'égide des États-Unis qu’il présidait alors, entre Israël et l'Autorité palestinienne représentée par Yasser Arafat. Il avait alors déclaré :
La seule fois où Yasser Arafat ne m’a pas dit la vérité, c’est lorsqu’il m’a promis qu’il allait accepter l’accord de paix que nous avions élaboré, qui aurait donné aux Palestiniens un État couvrant 96 % de la Cisjordanie et 4 % du territoire israélien, et leur aurait laissé le choix de la localisation de ces 4 % de territoire israélien. [...] Ils auraient eu une capitale, Jérusalem-Est.
Bill Clinton avait ensuite précisé sur les différents points de l'accord :
Tout cela avait été proposé […] et confirmé par le Premier ministre israélien Ehud Barak et son gouvernement. Et [les Palestiniens] ont dit non. Et je pense que cela s’explique en partie par le fait que le Hamas se moquait bien d’un foyer national pour les Palestiniens. Ils voulaient tuer des Israéliens et rendre Israël inhabitable.
Des négociations sabordées par le Hamas ?
Le visuel trompeur omet donc de préciser que Bill Clinton visait directement le Hamas, et non les Palestiniens. Si Bill Clinton n'utilise pas le terme "Juifs" mais "Israéliens", il accuse toutefois directement le Hamas d'avoir fait échouer les négociations de paix lors des discussions infructueuses du sommet de Camp David II en juillet 2000.
À cette date, le mouvement politique fondé lors de la première Intifada, en 1987, n'était toutefois pas à la table des négociations, l'Autorité palestinienne étant dirigée par Yasser Arafat et son parti, le Fatah.
Interrogé par Snopes sur les propos de Bill Clinton, un des porte-parole de l'ancien président a toutefois déclaré qu'il était "indéniable que le Hamas s'opposait depuis longtemps au processus de paix, notamment par le recours à la violence pendant les années d'Oslo [référence aux accords d’Oslo, en 1993, NDLR]. Le Hamas n'était pas au pouvoir en 2000, mais c'était déjà un mouvement armé influent déterminé à saboter tout accord négocié sur la solution à deux États."
Un processus de négociations "miné de l'intérieur"
Organisées sept ans après les accords d'Oslo signés en 1993, qui avaient abouti à la création d'une Autorité palestinienne et posé les bases d'un accord de paix israélo-palestinien, les négociations de Camp David ont souvent été présentées comme un rendez-vous manqué, en partie lié au manque de volonté de Yasser Arafat face aux "offres généreuses" du Premier ministre israélien Ehud Barak.
Cette version a toutefois été remise en cause par des spécialistes et observateurs, qui considèrent plutôt que les positions de chaque camp étaient trop éloignées dès le départ. Interrogé par la rédaction des Observateurs de France 24, le politiste et historien à la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France François Ceccaldi explique que le processus de négociation était "miné de l'intérieur dès l'origine. Sur de nombreux points de la négociation, les propositions qui y étaient formulées demeuraient inacceptables pour les Palestiniens".
Ce constat avait déjà été fait un an après les négociations infructueuses par Robert Malley, membre de la délégation américaine à Camp David. Dans une tribune qui visait à déconstruire les "mythes" contre le manque de volonté du camp palestinien, il y déclarait que le plan de paix, certes "bien plus ambitieux que tout ce qu'un dirigeant israélien avait pu évoquer par le passé", n'était pas "l'offre idéale qu'on a voulu faire croire, du moins du point de vue palestinien".
Statut de Jérusalem, taille du futur État palestinien, situation des réfugiés, démilitarisation de l'État palestinien : les points d'achoppement se sont avérés nombreux. La position israélienne était notamment de conserver environ 10 % de la Cisjordanie, alors que l'Autorité palestinienne demandait un retrait total d'Israël des territoires occupés depuis 1967.
Contrairement à ce qu'a également dit Bill Clinton, l'option pour les Palestiniens d'avoir Jérusalem-Est comme capitale n'a jamais été sur la table, les Israéliens n'ayant "jamais accepté" cette perspective, précise François Ceccaldi.
Le plan israélien proposait par ailleurs la souveraineté d'Israël sur plusieurs quartiers arabes de cette partie de la ville et l'esplanade des Mosquées. L'Autorité palestinienne demandait de son côté la souveraineté sur l'ensemble de Jérusalem-Est. La zone est considérée depuis 1967 et son annexion par Israël comme Territoire occupé de Cisjordanie. "Les Palestiniens demandaient l'application du droit international, ce qui était inacceptable pour Israël qui aurait dû notamment restituer Jérusalem-Est occupée depuis 1967", explique François Ceccaldi.
"Ce n'est pas à l'aune de la distance parcourue depuis sa position initiale qu'il faut mesurer les concessions d'Israël ; c'est à l'aune de la distance parcourue vers une solution équitable", avait déclaré Robert Malley dans sa tribune, tout en concluant : "Les Palestiniens n'ont pas non plus assumé leurs responsabilités historiques lors du sommet. Je crains qu'ils ne regrettent longtemps de ne pas avoir répondu au président Clinton – à Camp David et par la suite – en proposant des idées plus ouvertes et plus complètes de leur part."




