PORTRAIT - Multi récompensée, Fanny Pisonero est une des rares femmes ingénieur son en France. Spécialiste du rap, cette directrice de studio travaille avec toutes les stars. À quelques heures du concert de Jul au Vélodrome, cette jeune marseillaise se souvient de leurs débuts.
Ce soir à la nuit tombée, Jul lancera le premier de deux concerts géants au Vélodrome. Dans le quartier, le son résonne déjà. Les boutiques de produits dérivés de «l’Ovni» ont pris d’assaut les esplanades. Sur les réseaux sociaux, l’excitation grimpe. Il y a quinze jours, le «J» a fait un malheur au Stade de France. Les connaisseurs le savent, le voir à domicile dans le «chaudron» de l’OM, c’est encore mieux. «Tout Marseillais qui se respecte sera là ce week-end», sourit Fanny Pisonero. Ce vendredi soir, elle a ses billets. Elle éteindra ses consoles un peu plus tôt pour s’éclipser du studio Voltaire qu’elle dirige à Aubagne, à l’ouest de Marseille.
Même devenu une star, Jul est toujours aussi simple
Sosie d’Angelina Jolie, ses oreilles et ses mains valent de l’or. Cette trentenaire attachante est l’une des rares femmes ingénieurs son en France. Certainement, la plus récompensée. En treize ans de carrière, elle a travaillé sur trente albums certifiés. Femme de l’ombre, elle a travaillé pour des stars aussi différentes que Jul, SCH, Gradur, Nej, SDM, Alonzo, Rim’K et Soso Maness. Travailleuse acharnée, elle a fait preuve de ténacité. De tous les milieux de la musique en France, elle a choisi de travailler dans le rap. «Se faire une place dans ce milieu, s’imposer en tant que femme, éviter les pièges et concilier vie familiale et professionnelle a été du haut vol. Il faut beaucoup travailler pour être la meilleure», dit-elle.
«Mon métier est à la fois technique et artistique, vous ne composez pas comme un beatmaker mais vous faites de la captation sonore de la voix et des instruments via un micro, explique-t-elle. Ensuite, vous vous occupez du mix, vous nettoyez le son, vous l’harmonisez pour qu’il sonne bien.» En 2014, elle a commencé quasi en même temps que Jul. «Nous avons travaillé ensemble sur son titre Ailleurs. En 2021, nous nous sommes recroisés sur Bande Organisée où il avait invité de nombreux grands noms du rap marseillais, raconte-t-elle. Il était devenu une star mais il n’avait pas changé. Toujours aussi gentil, attentif aux autres, simple et réservé. En studio, c’est génial de travailler avec lui. Jul est très créatif.»
Comme Jul, Fanny Pisonero vient d’une famille modeste de Marseille. À la maison, les parents initient leurs enfants à Pink Floyd, Supertramp, Genesis, Jean-Jacques Goldman. Son grand frère écoute les rappeurs américains comme Dr Dre, Snoop Dogg, Eminem. Née en 1990, elle grandit en plein âge d’or du rap français avec la Fonky Family, IAM puis passe à Kerry James, Psy 4 de la Rim et Roff. À 14 ans, elle découvre l’ambiance des studios d’enregistrement. «Voir comment les machines marchaient m’a passionné, se souvient-elle. C’est là que je me suis vraiment passionnée pour la musique et le rap.»
Comment devenir ingénieur son ? Après une formation d’un an, elle enchaîne les stages. Au studio Meteor à Paris, la rencontre avec Jeremy Tuil, l’une des stars du métier est décisive. Il devient son mentor. Elle a 22 ans. Cinq ans plus tard, «je suis repartie de Paris avec un CV bien chargé. J’avais envie de pouponner et mon mari vivait à Aubagne», explique-t-elle. Dans la transmission, elle aimerait désormais raconter son parcours fait de hauts et de bas dans un livre. «Aujourd’hui encore, je sais que beaucoup de jeunes femmes hésitent à entrer dans ce milieu car elles ont peur. On peut être mère, femme, ingénieur du son, forte, vulnérable, ambitieuse, humaine, tout ça à la fois», insiste-t-elle. Les éditeurs sont prévenus. En attendant, ce soir, noyée au milieu de la «team Jul», elle mettra Marseille en Y.

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