L’été 2022 avait tué la quasi-totalité des jeunes saumons : la Normandie riposte avec une première écloserie à Elbeuf-sur-Andelle

il y a 2 day 6

Au cœur de la vallée de l’Andelle, l’ancienne pisciculture d’Elbeuf-sur-Andelle (Seine-Maritime) est devenue la première écloserie de saumons de Normandie. C’est la société AMP (Aquaponic management Project) qui a racheté le site l’année dernière « notamment pour la qualité exceptionnelle de l’eau de la rivière qui l’irrigue », explique Pascal Goumain, le PDG d’un groupe qui élève ses saumons dans la Manche, au large de Cherbourg (Manche) où est située la seule ferme d’élevage en pleine mer de France.

Loin des méga fermes à poisson du nord de l’Europe, Pascal Goumain insiste sur la dimension raisonnée de son activité, avec des conditions d’élevage respectant le bien-être animal.

Jusqu’à récemment, c’était du côté de Chartres (Eure-et-Loir) que les premiers œufs étaient pris en charge. « Mais il était indispensable de passer à la taille supérieure », continue le spécialiste en pisciculture qui a trouvé en Seine-Maritime l’endroit idéal pour créer ce nouvel outil géré par Léa Limbosh, jeune spécialiste en la matière.

Eau salée et éclairage adapté

C’est elle qui réceptionne une fois par an les près de 280 000 œufs fécondés et veille à leur développement durant pas loin d’une douzaine de mois. Tout d’abord, les alevins sont nourris au compte-goutte dans une série de bacs pour qu’ils grossissent durant deux mois. « C’est une phase délicate. Il faut veiller à ce qu’ils se nourrissent régulièrement ». Ce qui n’a rien d’évident car le saumon, à la différence de la truite, est moins conditionné à la présence de l’homme, même à la naissance.

Léa Limbosh surveille les bassins qui accueillent les saumons. LP/Laurent Derouet

Léa Limbosh surveille les bassins qui accueillent les saumons. LP/Laurent Derouet

Quand ils mesurent autour de 2,5 cm, ils sont transférés à travers un réseau de tuyaux vers la nurserie où ils restent jusqu’à environ 30 g. Ils passent ensuite dans de plus vastes bassins, où de l’eau légèrement salée et un système d’éclairage adapté, leur permet de commencer leur transformation pour pouvoir survivre en mer. « Petit à petit, on voit leur couleur changer d’un vert au reflet jaune à un bleu argenté, tirant sur le noir », remarque Léa Limbosh.

Evidemment, au fil des opérations, le cheptel diminue. En début d’année, ce sont donc plus de 90 000 jeunes saumons de 100 g – des « smolts » selon le terme technique – qui ont été expédiés depuis Elbeuf-sur-Andelle. A l’avenir, Pascal Goumain prévoit d’arriver jusqu’à 200 000 spécimens qui prendront la direction de Géfosse-Fontenay près d’Isigny-sur-Mer (Calvados) où ils continueront à se développer avant de rejoindre l’eau de mer une fois arrivés à un poids de 1 kg.

Une chaîne d’élevage qui permet de répondre aux conséquences des hausses de température constatées dans la Manche. « Auparavant, on mettait directement des saumons de 100 g en mer », rappelle Pascal Goumain. Mais ça, c’était avant. Avant l’été 2022, où l’eau a atteint durant plusieurs semaines les 20 °C, ce qui a provoqué la mort de la quasi-totalité des jeunes saumons. « A ce stade de leur vie, ils sont plus fragiles, plus sensibles aux parasites qui se développent davantage dans cette eau plus chaude ».

Cet épisode a été déterminant dans la création de cette écloserie, devenue le premier maillon d’une filière de saumons nés, élevés et transformés en France qui devrait cette année atteindre les 300 tonnes cette année.

Lire l’article en entier