« La liberté d’expression et l’exigence de justice ne se négocient pas » : Boualem Sansal s’explique sur son départ de Gallimard

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Des explications qui risquent de jeter un froid, jusque dans les rangs de ses propres soutiens. Ce mardi midi, l’écrivain Boualem Sansal, 81 ans, publie dans le journal Le Monde une tribune expliquant les raisons de son départ de Gallimard, son éditeur historique, au profit de Grasset, faisant partie du groupe Hachette, contrôlé par Vincent Bolloré.

L’auteur emprisonné en novembre 2024 en Algérie pour avoir contesté les actuelles frontières de son pays avec le Maroc avait été libéré un an après, à la suite d’une intense campagne de soutien, orchestrée notamment par Gallimard. L’annonce de son départ de la maison où il avait publié tous ses romans depuis « Le Serment des barbares » (1999) avait choqué dans le tout-Paris de l’édition. « Un coup de poignard dans le dos », avait commenté anonymement dans nos colonnes un professionnel du livre.

Boualem Sansal récuse le terme de « débauchage » pour expliquer son transfert retentissant, alors qu’il s’apprête à sortir un livre sur son incarcération dans son pays d’origine. « Je n’ai été démarché par personne et je n’ai entrepris aucune démarche pour me placer auprès d’un quelconque éditeur », assure l’écrivain dans sa tribune qui coupe court à la rumeur évoquant l’intervention de Nicolas Sarkozy le poussant dans les bras du groupe Bolloré. Des scénarios qui, selon lui, « relèvent de la pure fiction ».

« Une maison d’édition n’est pas une institution diplomatique »

« La divergence qui explique aujourd’hui mon départ est née pendant ma détention en Algérie », attaque plus loin Boualem Sansal qui explique ne pas avoir apprécié la stratégie mise en place par son éditeur pour obtenir sa libération des geôles algériennes, alors qu’il était malade. « Antoine Gallimard a privilégié, pour me défendre, une démarche diplomatique que je comprends et respecte. Mais elle ne correspond pas à la ligne de résistance que j’ai fermement assumée face au régime violent et cruel d’Abdelmadjid Tebboune », écrit encore le nouvel académicien.

Avant d’avoir des mots très durs envers son principal soutien. « Une maison d’édition n’est pas une institution diplomatique et ne saurait parler à la place de l’écrivain concerné. » L’auteur du « Village de l’Allemand » réaffirme sa position : « pas de soumission, pas de négociation. Quitte à rester en prison. »

Gracié, déchu de sa nationalité algérienne et « exilé de (son) pays », l’octogénaire désormais uniquement français, libéré en novembre dernier, trouve le bilan des opérations « profondément insatisfaisant ». « Cette situation est pour moi moralement et juridiquement inacceptable. Elle entérine l’injustice dont j’ai été victime », écrit-il encore.

L’écrivain, qui affirme en avoir discuté avec Gallimard dans des échanges décrits comme « francs, amicaux et respectueux », évoque aussi un différend « d’ordre privé » sur ses conditions d’accueil après sa libération, pour justifier sa décision de claquer la porte de la prestigieuse maison d’édition. « Nous n’avons pas eu la conversation que j’aurais aimé avoir », affirmait quant à lui Antoine Gallimard la semaine dernière au Monde...

Boualem Sansal affirme avoir pensé à ses lecteurs avant ce grand saut. « Ils n’auraient pas compris que j’adhère à une démarche qui semble chercher des conciliations impossibles avec Alger. (...) La liberté d’expression et l’exigence de justice ne se négocient pas. »

« Mon (prochain) livre est un livre de combat. Il assume clairement la ligne de résistance que j’ai choisie face au pouvoir d’Alger. Publier un tel texte dans une maison qui, durant ma détention, avait privilégié une démarche différente aurait introduit une ambiguïté. J’ai donc estimé plus juste et plus honnête de le publier dans une maison qui partage cette ligne », argumente encore l’auteur dans la tribune publiée sur le site du Monde.

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