La critique salue la mise en scène de Xavier Giannoli dans ce film « qui a déjà la patine d’un classique », selon Le Figaro. Quelques voix s’interrogent sur « l’empathie » suscitée par le personnage de Jean Dujardin, un collaborateur.
Passer la publicité Passer la publicitéXavier Giannoli n’a de cesse de filmer des illusions perdues. En l’occurrence, celles d’un journaliste qui par souci - puis prétexte - de pacifisme s’est fourvoyé dans la collaboration. Xavier Giannoli consacre à Jean Luchaire, fusillé en 1946, son neuvième long-métrage avec « une assurance et un brio peu courants », applaudit Le Figaro . Pour qui « Giannoli filme entre chien et loup, observe, s’interroge (...) Le film paraît sans date. Il a déjà la patine d’un classique. »
Un enthousiasme largement partagé. 20 Minutes évoque une « œuvre passionnante qui lève le voile sur une période peu traitée » à l’écran. Le Point s’est laissé « embarquer dans ce film fleuve qui tient du grand cinéma ». Première complète en décrivant un long-métrage « objectivement épatant ». « Virtuose, dense, vivant », reprend Nice-Matin . Son critique a apprécié que le spectateur soit mis « face à lui-même, à sa propre morale », face à la « frontière fine » entre le bien et le mal.
Libération voit du « fascisme »
Trop fine ? La Voix du Nord se pose la question. Si le quotidien lillois admire une « très haute tenue esthétique », qui se révèle dans « l’art du montage en flash-back » ou « le travail sur la lumière », il se demande si l’on reprochera à Xavier Giannoli de « susciter l’empathie » pour Jean Luchaire et sa fille, Corinne, comédienne disparue en 1950. Libération lui répond par l’affirmative, au long d’une critique amphigourique, qui s’attaque à l’œuvre du cinéaste de 54 ans. Le quotidien ne l’a certes jamais appréciée.
Libération tombe à bras raccourcis sur le « confusionnisme glamour (sic) » du film, coupable à ses yeux de réhabiliter la figure de Jean Luchaire. Le critique dénonce un naufrage moral présenté comme une « tragédie » et non « le résultat de choix évitables et situés politiquement ». L’auteur, soupçonneux, affirme avoir vu une forme d’« uchronie fasciste ». De son côté Le Monde estime que le réalisateur a évité cet écueil: «Il faut, d’un côté, montrer l’ignominie. Et de l’autre, selon le bon usage cinéphile, sinon sauver les personnages, du moins les rendre à leur humanité. Pas si facile quand on choisit de montrer des salauds. À cet égard, le cinéaste remporte sa mise.»
Dans un entretien au Figaro, Xavier Giannoli affirme préférer « un cinéma qui met le spectateur face à ces mécanismes plutôt qu’un cinéma qui lui explique où est le Bien et où est le Mal ». Il ne montre en revanche aucune ambiguïté sur la trajectoire de Luchaire. « Il est très informé, entouré de gens qui lui renvoient son fourvoiement. Il n’a aucune excuse, c’est un journaliste parisien qui se trompe en pleine lumière », affirme le réalisateur qui a longuement interrogé l’historien Pascal Ory en amont du tournage.

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