Les deltavirus se propagent grâce à un « cheval de Troie viral »

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Les deltavirus sont de minuscules « virus satellites » qui dépendent d’autres virus pour se propager. Le virus de l’hépatite D (VHD), découvert en 1977, a longtemps été le seul membre connu de cette famille. Celui-ci est incapable de pénétrer par ses propres moyens dans les cellules de foie humaines ; il a besoin du virus de l’hépatite B (VHB) – son « auxiliaire ». D’ailleurs, la co-infection par le VHB et le VHD engendre la forme la plus grave d’hépatite virale. Le scénario est le suivant : le VHD forme ses propres particules infectieuses en empruntant des protéines de surface à son auxiliaire, le VHB. Il est alors en mesure de pénétrer dans la cellule cible. Depuis, les scientifiques ont découvert beaucoup d’autres deltavirus chez les animaux. Karim Majzoub, directeur de recherche du CNRS à l’institut de génétique moléculaire de Montpellier (IGMM), et ses collègues viennent de dévoiler un autre mécanisme d’infection, encore plus surprenant : ces deltavirus s’insèrent à l’intérieur des particules virales auxiliaires pour se répandre, comme un « cheval de Troie viral ».

Ces travaux, menés par Joe McKellar, s’inscrivent dans une continuité. « Dans l’équipe, nous avions fait une première étude il y a quelques années, qui montrait que les deltavirus infectent de nouvelles cellules en utilisant des protéines d’autres virus, notamment du VSV [le virus de la stomatite vésiculaire, qui est transmis par les insectes et infecte le bétail, et qui sert de modèle expérimental, ndlr], raconte le virologue. En analysant par microscopie électronique ce qui sortait de ces cellules, nous avons trouvé des particules de VSV modifiées, qui ne ressemblaient pas à ce que nous observions d’habitude. » L’hypothèse d’un nouveau mécanisme de propagation est alors née.

Pour s’en assurer, les chercheurs ont d’abord examiné, dans divers types cellulaires de rat, l’association d’un deltavirus de rongeur avec le VSV ou avec un autre virus modèle, le virus de l’herpès simplex de type 1 (HSV-1). Après récolte des particules virales par ultracentrifugation et analyse, notamment via la cryomicroscopie électronique (Cryo-EM) et la microscopie à force atomique (AFM), les biologistes ont mis en évidence le phénomène de cheval de Troie viral, et sa récurrence. Des tests d’infectivité non seulement attestent de la capacité de transmission de cette combinaison virale, mais indiquent que celle-ci est davantage infectieuse que les seules particules de deltavirus. Par la même approche, les chercheurs ont ensuite montré, dans des cellules de boa constricteur, qu’un deltavirus qui avait été identifié chez cet animal, en association avec des reptarénavirus, une famille de virus qui infectent les serpents, s’encapsule aussi dans les particules d’un membre de cette famille.

Les scientifiques suspectent que la formation de ces « virus dans des virus » est le résultat d’un processus aléatoire. De fait, ces particules hybrides ne représentent qu’entre 13 et 33 % des particules virales totales. Cette hypothèse est renforcée par la constatation que le nombre de copies du deltavirus varie dans les particules cheval de Troie – de une à quatre – et que leur nichage dans le virus auxiliaire n’est pas toujours au même endroit. La stratégie resterait toutefois à l’avantage du deltavirus car elle lui assurerait de pénétrer dans les cellules avec son virus axillaire, et donc de se propager ensuite.

Reste à confirmer l’existence de particules de cheval de Troie viral dans la nature, que ce soit chez les deltavirus ou d’autres familles. À ce stade, la découverte du mécanisme n’implique pas le VHD. Mais, selon Karim Majzoub et ses collègues, ces résultats pointent vers la nécessité d’une surveillance de ce virus dans d’autres organes. En effet, on a détecté sa présence dans les glandes salivaires mineures de patients atteints du syndrome de Sjögren, une maladie rhumatismale systémique chronique, sans détection de co-infection avec le VHB. Un cheval de Troie avec un virus auxiliaire différent aurait-il pu transporter le VHD jusque-là ? « J’espère que les médecins chercheront le VHD en dehors du foie chez les patients, et possiblement associés à d’autres virus », insiste le chercheur. Même si, pour l’instant, sa présence extra-hépatique reste spéculative chez les personnes co-infectées chroniquement par le VHB et le VHD.

Les deltavirus se propagent grâce à un « cheval de Troie viral »

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