Et de trois. Après l'accord controversé conclu avec les pays du Mercosur, et le vaste partenariat noué fin janvier avec l'Inde, l'Union européenne a signé ce mardi 24 mars un accord commercial avec l'Australie, une annonce qui marque la conclusion de plusieurs années de négociations et qui intervient alors que les Vingt-Sept cherchent à diversifier leurs marchés d'exportation et à étendre leurs liens au-delà de leurs partenaires traditionnels.
Cet accord reflète notamment la volonté de Bruxelles de s'affranchir de sa dépendance à l'égard de la Chine, en particulier en ce qui concerne les minerais critiques dont Pékin a limité les exportations. Il signale également l'importance grandissante accordée par l'UE à la région Indo-Pacifique, dans le sillage des accords commerciaux scellés ces derniers mois avec New Delhi mais aussi l'Indonésie.
Les vins, les fruits et le chocolat européens exemptés de droits de douane
Aux termes de l'accord commercial, les droits de douane australiens vont être supprimés pour la quasi-totalité des produits en provenance de l'UE, avec pour effet d'éliminer un milliard d'euros de taxes douanières par an pour les entreprises, a déclaré la Commission européenne. Aucune taxe douanière ne sera ainsi prélevée par l'Australie sur les vins, le champagne, les fruits, les légumes et le chocolat européens, et ce dès l'entrée en vigueur de l'accord, quand la suppression des surtaxes sera progressive pour d’autres produits comme le fromage.
L'UE va de son côté autoriser des produits agricoles australiens à être importés dans le bloc sans droits de douane, ou avec des taxes douanières revues à la baisse, sur la base de quotas. Ainsi, pour le bœuf australien, 16 830 tonnes seront exemptées de droits de douane, et 13 770 tonnes - soit 45 % du volume total - seront taxées à 7,5 %. L’entrée de 25 000 tonnes de viande ovine et caprine australienne issue d’animaux nourris à l’herbe sera aussi autorisée, avec une mise en place progressive sur sept ans.
Pour rassurer les agriculteurs, déjà vent debout contre l'entente nouée avec les pays latino-américains du Mercosur, la Commission a souligné que l'accord avec l'Australie comprendrait une clause de sauvegarde, distincte du texte principal, concernant les produits agroalimentaires sensibles. "Si un afflux soudain de produits venait à se produire, nous aurons les moyens de gérer cette situation", a expliqué le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic.
Les droits de douane sur les importations de minerais critiques, dont l'Australie dispose en quantité, seront par ailleurs réduits, a indiqué la Commission européenne, selon qui le marché sera de fait "beaucoup plus prévisible et stable". L'acier, européen comme australien, ne sera en revanche pas concerné par les exemptions de droits de douane.
Concernant l'automobile, les constructeurs européens bénéficieront du relèvement du seuil de la taxe australienne sur les voitures de luxe pour les véhicules électriques, qui permettra aux trois quarts de ces derniers d’en être exonérés.
Huit ans de négociations
Si "l'UE et l'Australie sont géographiquement éloignées, nous ne pourrions pas être plus proches s'agissant de notre façon de voir le monde", a déclaré la présidente de l'exécutif européen Ursula von der Leyen à l'issue d'une rencontre à Canberra avec le Premier ministre australien Anthony Albanese.
Commencées en 2018, les négociations entre Bruxelles et Canberra ont progressé lentement avant de s'accélérer dans le contexte des tensions commerciales mondiales, en particulier la politique de droits de douane des Etats-Unis. Elles s'étaient un temps retrouvées dans l'impasse, en 2023, principalement en raison de la question des quotas européens sur les importations de bœuf australien et des protections pour le secteur agricole.
L'an dernier, les entreprises européennes ont exporté quelque 35 milliards d'euros de produits vers l'Australie. La Commission européenne dit s'attendre à ce que cet accord commercial contribue à faire grimper ses exportations totales vers l'Australie de 33 % au cours des dix prochaines années.
Outre ce volet économique, Bruxelles et Canberra ont également conclu un partenariat en matière de sécurité et de défense destiné notamment à renforcer leur "coordination sur des priorités stratégiques" et à accroître leur coopération sur la sécurité maritime, la cybersécurité et les ingérences étrangères. "Avec ces nouveaux partenariats dynamiques de sécurité et de défense, de même que le commerce, nous nous rapprochons encore plus l'une de l'autre", a souligné Ursula von der Leyen.

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