Adapter Lucky Luke en série était un pari risqué. Le résultat est globalement au rendez-vous, sans être totalement réussi pour autant. Mise en ligne ce lundi 23 mars sur Disney + au lendemain de la projection de trois volets au festival Séries Mania à Lille (Nord) , la fiction écrite par Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy (« Panda », « Belphégor ») s’inspire des bandes dessinées de Morris et Goscinny, reprenant certaines intrigues emblématiques en les intégrant à une trame bien ficelée.
Le point de départ est bien trouvé : Lucky Luke croise la route de Louise, une jeune fille de 18 ans à la recherche de sa mère. Rapidement, la mécanique se met en place : gaffeuse en chef, elle entraîne le cow-boy solitaire dans une affaire qui les dépasse. Chacun des huit épisodes développe ainsi sa propre histoire, tout en développant un fil rouge redoutable.
Un Lucky Luke démythifié
Les amateurs reconnaîtront au passage de nombreuses références à « Lucky Luke contre Joss Jamon », « Le Juge », « L’Empereur Smith » ou encore « L’amnésie des Dalton ». La galerie de personnages bien connus est au rendez-vous : les Dalton, Calamity Jane ou Billy the Kid, joués avec humour et décalage, viennent ainsi enrichir cet univers familier. On détecte même des allusions plus subtiles dont une liste des vols de Joe Dalton en joli clin d’œil à Jacques Prévert.
Sous la direction du réalisateur Benjamin Rocher (« Antigang »), cette création prend un parti intéressant : la démythification de Lucky Luke et des autres protagonistes. Incarné par un Alban Lenoir très juste, « l’homme qui tire plus vite que son ombre » reste un héros solide à mâchoire carrée, mais traversé de doutes, hanté par des souvenirs, sans jamais sombrer dans une introspection bavarde, ce qui rend l’approche nuancée. C’est dans les silences que le cow-boy taiseux, bougon, maladroit face aux sentiments mais amusant, existe pleinement. Le comique naît ici davantage des situations cartoonesques dans lesquelles il se retrouve embarqué. En somme, un panache… Burlesque.
Face à lui, Billie Blain, vue dans « Le Règne Animal » et « La Sainte Famille », campe une Louise plutôt convaincante, complètement ingénue, très casse-cou et profondément imprévisible. Avec sa naïveté proche de la bêtise, elle sème le chaos partout où elle respire. L’alchimie entre eux deux, en revanche, peine à s’installer au départ. Les premiers épisodes donnent parfois l’impression d’un duo encore en recherche d’équilibre.
Des dialogues contrastés mais des gaffes à gogo
Du côté des seconds rôles, certains peinent à trouver le ton juste, ce qui affaiblit ponctuellement l’efficacité des scènes. Mais d’autres marchent diablement bien. On pense notamment à Victor Le Blond, qui joue un très drôle Billy The Kid vidé de sa confiance, oscillant entre maladresse, violence et fragilité. L’acteur reprend ainsi avec brio le rôle du méchant en mal d’amour, comme dans l’un de ses tout premiers films « La guerre des boutons ». Mention aussi pour une Calamity Jane rendue goguenarde et vieille briscarde par Camille Chamoux.
Le principal problème de la série réside toutefois dans ses dialogues. Certaines répliques tombent à plat, d’autres semblent artificielles ou mal rythmées. Clairement, ça ne fait pas toujours rire mais au moins sourire.
Alors, certes la sauce ne prend pas tout de suite, cette version met du temps à trouver son rythme, ses débuts sont hésitants. Mais attendez un peu. L’ensemble finit par trouver son ton. In fine, les comiques de situation, entre quiproquos, gaffes, et enchaînements absurdes, rendent la série amusante et particulièrement efficace. Les retournements liés aux bourdes des personnages font leur effet. Assez pour convaincre.
La note de la rédaction :
3/5
« Lucky Luke », série française réalisée par Benjamin Rocher, d'après un scénario de Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy (2026). 8 épisodes de 35 minutes. Avec Alban Lenoir, Billie Blain, Alice Taglioni, Camille Chamoux, Jérôme Niel, Victor le Blond...




