Certains divertissements phares du groupe M6 aux audiences parfois décevantes en linéaire – comme Les Traîtres ou Pékin Express – font un véritable carton en différé. Pour décrypter ce phénomène, Télé-Loisirs s'est entretenu avec Pierre-Guillaume Ledan, directeur général des programmes de flux des chaînes du groupe.
Longtemps à la traîne derrière les séries, les divertissements prennent enfin leur revanche sur les plateformes. En occupant sept places du top 10 des programmes les plus visionnés en replay à J+7 (Koh-Lanta, sur TF1, est numéro un avec plus de 1 million de retardataires pour chaque épisode), le groupe M6 est même champion en la matière. Mais ses audiences en linéaire ne sont pas toujours particulièrement reluisantes.
À titre d'exemple, en 2026, Pékin Express : Au Royaume des dragons enregistre une audience moyenne de 1,21 million de fidèles d'après les chiffres transmis par Médiamétrie – 761 000 téléspectateurs égarés en deux ans –, tandis que pour sa saison 6, Les Traîtres rassemble 1,20 million d'assidus – 666 000 téléspectateurs en moins depuis 2024.
Top Chef et Qui veut être mon associé ? accusent une baisse similaire, tandis que La France a un incroyable talent et L'amour est dans le pré réussissent à se maintenir. Faut-il s'alarmer de ces audiences ? "Elles ne sont pas inquiétantes. Elles montrent un nouveau mode de consommation des programmes", rassure Pierre-Guillaume Ledan, directeur général des programmes de flux du groupe M6.
Pékin Express, Les Traîtres... Pourquoi la chaîne M6 a-t-elle changé les jours de diffusion de ses grands divertissements ?
Quant à savoir si la chaîne ne se tire pas une balle dans le pied en changeant perpétuellement les jours de diffusion de ses divertissements, les faisant atterrir au vendredi pour le jeu de Stéphane Rotenberg et au samedi pour celui d'Éric Antoine, le cadre préfère parler de "stratégie payante".
"Depuis qu'il n'y a plus de série américaine, les cases du week-end sont un peu problématiques sur M6. Le fait de mettre des divertissements feuilletonnants, c'est un vrai choix. Certes, les programmes sont moins puissants, avec moins de jeunes, mais derrière, le rattrapage compense la perte", assure-t-il.
En effet, si Pékin Express et Les Traîtres plafonnent à 1,2 million de téléspectateurs le soir de leur diffusion, chaque numéro de ces marques gagne ensuite aux alentours de 800 000 curieux en rattrapage, à J+7.
Plus frappant encore : trois mois après son passage sur W9, L'île de la tentation va jusqu'à tripler son audience sur M6+. Avec en moyenne 547 000 fidèles, la saison 4 de la télé-réalité animée par Delphine Wespiser culmine à 1,5 million de téléspectateurs à J+91. Impressionnant.
La chaîne M6 fait-elle passer des consignes aux productions pour adapter ses émissions aux plateformes ?
"Comme les grandes plateformes américaines, nous ne jugeons plus d'un programme dès sa sortie. Le succès se calcule à J+7, voire à J+28 et même parfois à J+91", explique Pierre-Guillaume Ledan. La chaîne privilégie désormais des programmes "qui ont une forte puissance digitale", à savoir "des formats feuilletonnants qui créent un attachement et poussent les gens à rattraper" les épisodes manqués.
Peu de consignes sont toutefois passées aux productions pour adapter les programmes à la consommation sur les plateformes. "Si vous avez un succès en linéaire, vous aurez un succès en digital aussi. Par contre, on demande aux productions d'apporter plus de rythme en accélérant les montages, car les téléspectateurs regardent leurs programmes avec un deuxième écran", indique-t-il à Télé-Loisirs.
Reste que la stratégie s'avère payante. Si la chaîne refuse de nous communiquer le nombre d'abonnés payants de son service M6+MAX, elle revendique tout de même 3,7 millions d'utilisateurs quotidiens sur sa plateforme, en moyenne en avril 2026, avec un pic enregistré à 4,6 millions sur une journée, le 10 mai dernier.
Le Meilleur Pâtissier, 99 à battre... Les audiences à J+7 dictent-elles le renouvellement ou l'arrêt des programmes diffusés sur M6 ?
Mais M6 s'y retrouve-t-elle vraiment ? Car en ligne, les spots publicitaires restent en effet moins rémunérateurs qu'à heure de grande écoute à l'antenne. Prudent, le directeur général des programmes de flux du groupe M6 préfère ne pas s'exprimer sur les disparités de revenus entre linéaire et digital.
Il nous assure malgré tout que "la tendance du chiffre d'affaires de M6+ démontre qu'il y a un vrai potentiel de croissance. Les modes de consommation évoluent, on est dans une période de transition et cela implique une croissance de consommation à deux chiffres sur M6+."
Pas question de tourner le dos au linéaire en donnant plus de place aux émissions qui surperforment en replay. Et si des programmes tels que Lego Masters ou Pandore ont été rangés au placard, les marques au J+7 plus confidentiels, comme Le Meilleur Pâtissier ou 99 à battre, ne seront pas arrêtées pour autant. L'objectif reste de "trouver un équilibre".
"On ne va pas arrêter La Route de la Fortune parce que c'est très puissant en linéaire et moins en digital. Et puis, vous verrez qu'avec tous les changements qu'on a faits dans la prochaine saison du Meilleur Pâtissier, il y aura de belles audiences autant sur M6 que sur la plateforme M6+", assure Pierre-Guillaume Ledan. La bonne vieille télé a encore de beaux jours devant elle !

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