Ajouter Le Figaro
à vos sources préférées
CRITIQUE - Réalisé par le Japonais Kenji Tanigaki, ce polar est un cocktail détonant de ballet chorégraphique hongkongais et de violence baroque sud-coréenne.
Passer la publicité Passer la publicitéL’anglais peut être trompeur. The Furious ne signifie pas « Le Furieux » mais « Les Furieux ». Gentils ou méchants, ivres de vengeance ou sadiques, ils sont tous fous furieux - même les enfants ne sont pas les derniers à défendre chèrement leur peau. Ils se battent avec les poings ou tout ce qui leur tombe sous la main. Masse, marteau, machette, bloc de glace, pic à glace, échelle et même vélo, n’importe quel objet devient une arme lors de combats dantesques. On n’avait pas vu ça à l’écran depuis…
En fait, on n’avait jamais vu ça, même à l’apogée du polar hongkongais dans les années 1990, quand les stylistes John Woo, Johnnie To, Tsui Hark et autres élevaient le gunfight au rang d’art. De temps en temps, le genre refait parler de lui, comme par exemple avec Limbo, du vétéran Soi Cheang, hallucinant film de serial killer, Grand Prix à Reims Polar en 2023. The Furious réveille le cadavre à sa façon, avec une noirceur extrême et une jubilation contagieuse.
L’intrigue tient sur un coin de nappe. Un père muet (Mo Tse) poursuit les hommes qui ont enlevé sous ses yeux sa fille. L’homme est une sorte de Jackie Chan sans humour, maître de kung-fu petit mais incassable. Il se retrouve à faire équipe avec un journaliste infiltré (Joe Taslim, moins souple mais pas manchot) à la recherche de sa femme, disparue alors qu’elle enquêtait sur un réseau pédocriminel. De boîtes de nuit lugubres en entrepôts glauques, les deux justiciers remontent la filière et affrontent des ennemis qui sont autant d’archétypes : truand à chapeau de cow-boy, colosse sans cerveau, policier corrompu, archer sans pitié, gendre idéal diabolique…
À lire aussi Bruce Lee et le cinéma hongkongais en majesté
Acrobaties surréalistes
The Furious est un cocktail détonant de ballet chorégraphique hongkongais et de violence baroque sud-coréenne. Il est concocté par un réalisateur japonais, Kenji Tanigaki, coordinateur de cascades réputé. Les empoignades à deux, trois, quatre, ou plus encore, se transforment en acrobaties surréalistes, toujours parfaitement lisibles, à la différence d’une mêlée de rugby. En comparaison, les combats de John Wick ressemblent à des séances de tai-chi pour retraités zen. Et à côté du bondissant et taiseux Mo Tse, Keanu Reeves fait figure de karatéka arthritique.
Tanigaki a retenu la leçon de Fred Astaire : pour bien filmer la danse, il faut montrer le corps du danseur en entier. Claquettes ou kung-fu, c’est la même chose. Si The Furious n’est pas une promenade de santé, il ne se repose pas sur un montage épileptique pour donner l’illusion de la vitesse. Il s’appuie essentiellement sur la virtuosité de ses acteurs cascadeurs.
Ce cinéma d’action asiatique donne un coup de vieux à son homologue hollywoodien. Ce n’est pas la première fois ni la dernière – Hope, blockbuster du sud-coréen Na Hong-jin, a sorti de sa torpeur la compétition du dernier Festival de Cannes. Mais c’est ici particulièrement spectaculaire. D’une générosité inouïe en tout (coups, cadavres, hémoglobine) à la limite du nihilisme, The Furious tient du buffet à volonté pour les amateurs d’arts martiaux.
La note du Figaro : 3/4

il y a 2 day
2


