CRITIQUE - Révélé à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le premier film de Valéry Carnoy met en scène un jeune boxeur en proie au doute.
Passer la publicité Passer la publicitéOn connaît la danse des canards, moins celle des renards. Pourquoi pas la gigue des blaireaux ? Pourtant, le titre du premier long-métrage du Belge Valéry Carnoy est moins symboliste qu’il n’y paraît. Il est bien question de danse puisqu’il se situe dans l’univers de la boxe, noble art qui se pratique autant avec les poings qu’avec les pieds. Il suffit d’avoir vu certains des nombreux films consacrés au plus cinégénique des sports (au hasard, le magnifique Million Dollar Baby, de Clint Eastwood), pour savoir que le jeu de jambes est tout aussi important que le jeu de mains, jeu de vilains.
Et les renards ne sont pas qu’une métaphore. Ils sont bien présents dans les bois qui environnent l’internat sportif où Camille (Samuel Kircher) rêve de grandeur en enfilant les gants. Entre deux entraînements, le jeune virtuose de la boxe et son meilleur ami, Matteo (Fayçal Anaflous), viennent nourrir les goupils en suspendant des morceaux de viande aux branches des arbres.
C’est au cours de l’une de ces sorties que Camille fait une grave chute. Matteo lui sauve la vie en lui posant un garrot. Camille retourne sur le ring en se croyant guéri, mais une blessure au bras apparaît et empêche le prodige de frapper. L’IRM ne montre aucune lésion. Bogdan, le coach serbe (Jean-Baptiste Durand, le réalisateur de Chien de la casse ), ne comprend pas la fragilité soudaine de son poulain. Les coéquipiers de Camille commencent à regarder d’un œil méfiant leur camarade à la puissance vacillante.
À lire aussi De John Ford à Clint Eastwood en passant par Sergio Leone : ce que dit le western des États-Unis
Un monde clos et masculin
Blessure réelle ou douleur imaginaire, Valéry Carnoy ne tranche pas tout à fait. Il observe les rapports de force au sein d’un groupe de jeunes hommes qui ont fait de leur corps musculeux l’instrument de leur vocation et de leur réussite. Les doutes et les souffrances de Camille en font une brebis galeuse au sein du troupeau. Ou plutôt de la meute, prête à se retourner contre un mâle alpha tombé de son piédestal.
Dans ce monde clos et masculin, Camille trouve une porte de sortie grâce à Yasmine, beau personnage féminin. Elle échappe aux stéréotypes, tient tête aux garçons bagarreurs, ne se résume pas à la petite amoureuse. Elle joue de la trompette, et elle en joue comme d’un instrument mythologique, sonnerie superbe propre à guider Camille vers un autre chemin.
Le réalisateur s’inspire de sa propre histoire - il a pratiqué le football dans un sport-études avant de faire du cinéma. Il la transcende à travers cette Danse des renards, film sensible sur l’adolescence, l’âge des possibles, des premiers succès et des premiers échecs, en amitié, en boxe, en tout. Camille, œil poché à la Rocky, n’a pas fini de prendre des coups. Il a déjà commencé à apprendre à les encaisser.

il y a 2 day
2



