La Bérarde revivra-t-elle un jour ? Cette semaine, un comité de pilotage réuni à la préfecture de l’Isère s’est penché sur cette question brûlante qui anime le milieu de la montagne. Village emblématique des Écrins niché à 1 700 m d’altitude, aux pieds de sommets tutoyant les 4 000 m, la Bérarde avait été en partie rayée de la carte par une lave torrentielle le 21 juin 2024, conjonction d’une fonte exceptionnelle du manteau neigeux, d’orages puissants, ainsi que de la vidange d’un lac glaciaire en surcharge. Il n’y avait eu aucun mort grâce au courage des sauveteurs de la CRS Alpes qui avaient évacué une centaine de personnes. Un miracle.
Passé le choc de la catastrophe, les habitants de la Bérarde n’ont cessé de militer contre l’abandon de leur village, devenu symbole des conséquences du réchauffement climatique dans les Alpes.
Deux ans après la catastrophe, les perspectives de reconstruction n’ont pourtant jamais semblé aussi lointaines et le village est toujours figé comme au lendemain du drame, avec des bâtiments à moitié effondrés ou ensevelis.
La sécurité ne peut être assurée
Une seule option tient la corde pour faire revivre la Bérarde. « Elle consiste à ramener le torrent des Étançons dans son lit d’origine, avec la création de digues protectrices de 6 à 12 mètres de haut », expose le président du Syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère (Symbhi), Gilles Strappazzon. « Les 350 000 m3 de rochers charriés par la crue seraient stockés sur l’ancien camping. Cette gestion du risque torrentiel coûterait entre 15 et 20 millions d’euros, auxquels s’ajouteraient 700 000 euros annuels de curage. »
Ce chiffrage ne concerne que le maintien de l’existant, sans nouvelles constructions. Ajoutez à cela 9 millions d’euros pour refaire les réseaux détruits. 18 millions d’euros ont déjà été déboursés par le département afin de reconstruire la route d’accès. « L’analyse coût-bénéfice demeure très défavorable pour l’État », pointe Gilles Strappazzon.
Un lourd silence s’installe dans l’hôtel de la préfecture. « Rien n’est décidé, nous sommes toujours dans une phase de consultation avec les collectivités », insiste la préfète Catherine Séguin, sans toutefois préciser d’agenda.
Même avec ces travaux, la sécurité des lieux ne peut encore être assurée en l’absence d’une compréhension fine du glacier de Bonnepierre en surplomb, responsable de la catastrophe. Selon Olivier Putot, à la tête du RTM (Restauration des Terrains en Montagne) en Isère : « On n’exclut pas une récidive. On en apprend tous les jours sur ce glacier très complexe, son lac, et l’eau présente sous la surface » Autrement dit, il n’existe actuellement aucun dispositif permettant d’alerter les habitant en cas de nouveau danger. Et aucune vidange préventive ne serait techniquement possible. « Les pistes de réflexion ne satisfont pas nos attentes en matière de sécurité pour l’instant », conclut la préfète de l’Isère.
« Le bilan de cette réunion est mitigé », regrette Laurent Soulier, le nouveau maire de Saint-Christophe-en-Oisans (dont dépend le hameau). « La Bérarde a un avenir. Il ne peut en être autrement, martèle-t-il. On réfléchit au PLU pour reconstruire ailleurs, donner de l’espoir à ceux qui ont tout perdu. Il faut aussi modifier l’arrêté préfectoral d’interdiction d’habiter à la Bérarde, permettre à ceux qui ont encore une maison debout d’y vivre en dehors des périodes météo risquées. Mais le risque zéro n’existe pas en montagne ». Le sort définitif de ce qui fut un haut lieu de l’alpinisme français reste en suspens, sans aucun horizon clair sur son avenir.




