Le nouveau phénomène de la chanson affirmait ne pas avoir de difficultés à « séparer l’artiste de son œuvre ». Elle a fait machine arrière, considérant qu’elle ignorait l’étendue des « abus ».
Passer la publicité Passer la publicité« Je suis amoureuse de son travail. » De Picasso, elle apprécie l’audace formelle et le travail sur le bleu. La chanteuse Rosalía, nouvelle figure de la musique espagnole au succès planétaire, l’a confié le 3 mars lors d’un entretien diffusé sur Spotify. Deux semaines plus tard, la trentenaire a fait son mea culpa sur TikTok. À ses 420 millions d’abonnées, elle a confessé la trop grande légèreté avec laquelle elle aurait « séparé l’homme de l’artiste ».
Face à la romancière Mariana Enriquez, figure des lettres argentines, la chanteuse venue du flamenco avait évoqué son goût pour la peinture - Rothko, Dali - et sa prédilection pour le maître de Malaga. Avant de tâtonner face à une question contemporaine irrésolue : « Ça ne m’a jamais dérangé de séparer l’artiste de son œuvre. Peut-être que si j’avais rencontré cet homme, je ne l’aurais pas apprécié... À cause de ce qu’on m’a dit. Mais après je me dis, qui sait, peut-être que si. Je ne sais pas. J’aime son travail. »
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« Un homme de son temps »
À mesure que l’ombre du maître (1881 - 1973) s’est éloignée, les vies des compagnes et épouses de Picasso sont entrées dans la lumière. Celles de Marie-Thérèse et Jacqueline, qui se sont suicidées, ou de Françoise Gilot, qui s’est attiré les foudres du peintre en publiant un sévère livre de mémoires, en 1964. Si l’historienne féministe Sophie Chauveau dénonce sans ambiguïté un « pervers » égocentrique et violent, d’autres invitent à nuancer le procès de Picasso.
La question de la légitimité de célébrer le « Minotaure » a été soulevée à l’occasion des cinquante ans de sa disparition, en 2023. Davantage aux États-Unis ou en France qu’en Espagne, si l’on en croit les propos cette année-là du directeur du musée Picasso de Malaga. « On entend les débats et on est obligé d’y être sensible, mais ce n’est pas notre mission première. Picasso était aussi un homme de son temps. C’est une question vraiment complexe qui est parfois trop simplifiée », déclarait José Lebrero Stals dans Beaux-Arts Magazine .
« Manque d’empathie »
Visiblement sur la même longueur d’onde, Rosalía relativise la force des accusations portées à plusieurs décennies de distance - les attaques des féministes contre « l’ogre » ont certes connu des excès. « Dans quelle mesure peut-on savoir si une information est vraie ou non ? À moins d’avoir vécu avec cette personne et d’avoir eu une expérience concrète avec elle... », réfléchit-elle à haute voix. À ceci près que Picasso a fait l’objet d’une très copieuse littérature, dès son vivant. Dès 1933, l’une de ses premières compagnes, Fernande Olivier, publie un Picasso et ses Amis, instructif sur le caractère de l’Andalou.
Alors que sa tournée mondiale s’apprête à commencer - coup d’envoi le 16 mars à Lyon -, Rosalía a fait machine arrière : « Je ne suis pas en paix avec ce que j’ai dit. C’est vrai que j’avais tort, vous avez raison. Merci de me l’avoir dit. Il est important de ne pas parler de certains sujets quand on n’a pas toutes les informations. (...) J’ignorais qu’il y avait eu de véritables cas d’abus », affirme la chanteuse de 33 ans, qui « présente ses excuses » et regrette son « manque total d’empathie envers ces femmes ».
Rosalía a déjà subi les remontrances de ses fans ou de ceux qui la suivent sur les réseaux sociaux. En 2025, elle a été accusée de ne pas prendre position sur la guerre à Gaza. « Le fait de ne pas avoir utilisé ma voix conformément aux attentes des autres ne signifie en aucun cas que je ne condamne pas ce qui se passe en Palestine », s’était-elle défendue, avant d’assurer de sa solidarité. Elle a, par la suite, participé à un concert de soutien à la Palestine au Paulo San Jordi de Barcelone. Ville des premiers émois artistiques de Picasso, qui accueille un important musée sur son œuvre.

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