La Ligue nationale de rugby a mis en place un système d’écoute et d’aide devant un phénomène inquiétant : un sportif sur cinq exprime un mal-être psychologique.
Les sportifs, et en particulier les rugbymen, sont souvent vus comme des superhéros, qui ne flanchent jamais, inébranlables. Ce serait oublier qu’ils sont des êtres humains comme les autres, avec leurs forces mais aussi leurs faiblesses. La santé mentale a été désignée comme Grand Cause nationale ces deux dernières années, et le monde du rugby ne fait pas exception. C’est pourquoi la Ligue nationale de rugby (LNR) a mis en place tout un système d’accompagnement pour les joueurs, mais aussi les membres de staff, qui pourraient rencontrer des problèmes psychologiques. Avec l’exemple récent du manager de Toulon, Pierre Mignoni, qui a récemment pris un mois de repos, victime d’une «décompression», l’expression française pour le «burn out». «Je suis quelqu’un qui ne dort pas énormément, environ cinq ou six heures par nuit, mais là j’ai dormi cinq jours d’affilée», a confié le technicien varois, après son retour aux affaires.
Dans un monde professionnel ultra-concurrentiel, où toutes les performances sont scrutées de près, décortiquées et analysées, les joueurs professionnels sont soumis à une intense pression, qui peut notamment les pousser à tomber en dépression. Selon une étude Harris Interactive réalisée pour la Fondation FondaMental, un jeune sportif de haut niveau sur cinq ressent un mal-être psychologique. «Comme toute entreprise, quand on vous donne des objectifs, au bout d’un moment, vous êtes pris dans un engrenage. Quand vous réussissez ses objectifs, il y a votre niveau de vie qui va suivre. Mais cela veut aussi dire que vous êtes condamné, pratiquement, à continuer à être à ce même niveau. Et ce n’est pas uniquement pour le sportif de haut niveau, c’est pour tout le monde», explique Bernard Dufour, président de la commission médicale de la LNR.
Des ateliers de sensibilisation avec Raphaël Poulain, Rodrigo Capo Ortega et Juan Imhoff
Pour accompagner les joueurs et membres de staff qui pourraient rencontrer des problèmes psychologiques, la Ligue a mis en place un numéro dédié afin d’apporter une aide et éventuellement une prise en charge. Lors de la saison dernière, 40 personnes ont appelé, dont la moitié était des jeunes en centre de formation. Des anciens joueurs - d’abord Raphaël Poulain, puis Rodrigo Capo Ortega et Juan Imhoff - ont participé à des ateliers de sensibilisation dans tous les clubs, afin que ce sujet ne soit plus tabou. Le programme mené par la LNR reposant sur trois thèmes : prévention, détection et prise en charge. Sur ce thème, une web série de quatre épisodes, intitulée Têtes hautes, a été produite par la Ligue et mise en ligne ce jeudi.
Pour les joueurs professionnels, les raisons qui peuvent conduire à des problèmes mentaux sont multifactoriels : la gestion d’une longue blessure, les relations avec le staff, les négociations de contrats, la concurrence interne... Pour les jeunes joueurs en centre de formation, cela concerne évidemment le passage, ou non, au statut de rugbyman professionnel. Cette question touche aussi les joueurs qui partent à la retraite et qui peuvent être confrontés à cette «petite mort» lors de l’arrêt de leur carrière. «Notre ambition est claire : offrir un cadre protecteur et des ressources concrètes pour accompagner chacun, à chaque étape de son parcours. Il s’inscrit dans une vision globale de la santé du joueur tout au long de son parcours professionnel», avance Yann Roubert, le président de la Ligue.
On entend désormais plus facilement parler des problèmes de santé mentale. Dans la société comme dans le milieu du rugby, la parole se libère
Bernard Dufour, président de la commission médicale de la LNRLes conséquences de tout ce stress et cette pression pouvant aller de la dépression à différents problèmes d’addiction. Une terrible spirale qui avait conduit, en 2022, au décès de l’ouvreur de Rouen, Jordan Michallet, dont le suicide avait été ensuite reconnu comme un accident du travail par la justice. Provale, le syndicat des joueurs, avait alors salué le fait que «les risques psychosociaux qu’engendre le rugby sont reconnus». «Il y a aussi des joueurs qui sont complètement focalisés sur leur pratique du rugby et qui n’ont pas de compagne à côté d’eux. Et on sait que c’est important d’avoir des soupapes de sécurité», poursuit Bernard Dufour.
Après avoir rapidement pris à bras-le-corps le problème des commotions cérébrales, la Ligue nationale de rugby entend désormais faire de la question de la santé mentale une priorité. En investissant un million d’euros sur quatre ans pour cette problématique. «On n’est pas sur quelque chose qui date d’il y a un an ou deux, c’est un sujet qui a été ciblé déjà depuis maintenant quatre ans, détaille le président de la commission médicale de la Ligue. La première année, nous avons fait de l’information sur ce thème et dès la deuxième, on est passé dans le participatif avec les joueurs. On entend désormais plus facilement parler des problèmes de santé mentale. Dans la société comme dans le milieu du rugby, la parole se libère...»

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