Livres. L’auteure franco-rwandaise publie un recueil de nouvelles alternant nostalgie et dystopie. L’occasion de voyager en Afrique de 1960 à… 2070.
Publié le 30/05/2026 à 10:00

La grande écrivaine émeut et surprend avec "Déjà jadis, déjà demain".
©Alan Clauzes/Maxppp
Si Gaël Faye a fait rayonner le Rwanda avec ses best-sellers Petit pays et Jacaranda (prix Renaudot 2024), il ne faut pas oublier que la grande Scholastique Mukasonga lui avait ouvert la voie dans les lettres françaises. Quand elle avait eu le Renaudot bien avant lui, en 2012 pour Notre-Dame du Nil, il n’avait encore rien publié. Elle a depuis tracé sa route plus discrètement, mais non sans talent : son roman Julienne était une merveille de mélancolie et de pudeur. Elle s’est également illustrée comme nouvelliste avec L’Iguifou, Ce que murmurent les collines ou La Vache du roi Musinga. C’est dans ce registre qu’elle revient avec Déjà jadis, déjà demain.
Ainsi que son titre l’indique, le recueil se compose de deux parties : la première convoque les souvenirs d’enfance d’une jeune Tutsi d’avant la guerre civile, la seconde imagine le futur. En ce qui concerne sa veine nostalgique, ceux qui ont aimé les romans de l’auteure seront particulièrement touchés par "Une valise à moi", sur une jeune fille qui part pour le lycée dans les années 1960. Les nouvelles d’anticipation sont plus surprenantes, mais non moins plaisantes. "Insects Park" nous emmène quelque part entre George Orwell et Steven Spielberg. Quant à "Cité des femmes, 2076", on serait curieux d’avoir l’avis de Margaret Atwood. Une journaliste se rend en RFAC (République féministe d’Afrique centrale), cette "Terre promise à toutes les femmes" dont la capitale s’appelle Womentown. Les rares mâles qui y sont tolérés sont réduits au rang d’hommes de ménage. A moins qu’ils ne se lancent dans le mannequinat, puisque chaque année a lieu l’élection de Mister Africa, événement très populaire. "Le modèle matriarcal inspiré de la Womentown africaine peut-il s’imposer au reste du monde ?", se demande la narratrice à la fin de la nouvelle. On a hâte que Scholastique Mukasonga y réponde dans un roman.

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