Le but fantôme de l’Angleterre, le penalty raté de Baggio ou la «main du diable» de Suarez : Le Figaro revient sur les gestes les plus marquants de l’histoire du Mondial de football.
1958 : la magie du «roi» Pelé
Comme une évidence, les premières ébauches de la légende du roi ont pris racine dans une monarchie. C’est en Suède, à la Coupe du monde 1958, que Pelé a mis pour la première fois à ses pieds la planète football. Il n’avait que 17 ans et 8 mois et portait déjà le N.10, un numéro sans relief avant lui, iconique après lui. Avant la finale du 29 juin à Solna, Pelé a marqué l’unique but en quart de finale contre le pays de Galles (1-0) et signé un triplé face aux Bleus de Just Fontaine en demie (5-2).
La finale oppose le Brésil à... la Suède, pays hôte. Les Auriverdes, huit ans après le drame du Maracana (défaite 0-1 en finale du Mondial contre l’Uruguay), mènent au score (2-1) lorsque Pelé fait parler sa magie. Il contrôle de la poitrine un centre de son coéquipier Didi, réussit un coup du sombrero sur un Suédois et conclut, au point de penalty, d’une volée du droit (55e, 3-1). Une finesse technique d’autant plus rare pour l’époque et le contexte, sur un terrain gorgé d’eau comme le ballon, à l’époque en cuir.
Le Brésil s’imposera (5-2) et brodera ainsi la première de ses cinq étoiles. Le but de Pelé et sa performance au global passeront à la postérité. «Les Européens n’étaient pas habitués (au geste du sombrero). Ils essayaient toujours de te fermer l’espace, car ils avaient l’habitude qu’on tire tout de suite», a expliqué celui qui a signé un doublé, inscrivant le cinquième but de la tête. De ce match est venue la célèbre citation du milieu suédois Sigge Parling : «Après le cinquième but, je ne voulais plus marquer Pelé. J’avais juste envie de l’applaudir.»
1966 : le but fantôme qui a sacré l’Angleterre
La Coupe du monde de la controverse. Organisé pour la première fois en Angleterre, pays de naissance du football, le Mondial 1966 a été vivement critiqué pour son arbitrage. Pelé, ciblé par les défenseurs hongrois puis portugais, en a fait les frais, et avec sa star blessée, le Brésil n’a pu viser un troisième sacre d’affilée.
C’est justement l’Angleterre qui en a profité, s’invitant à sa première (et unique) finale, face à l’Allemagne. Score de parité après 90 minutes (2-2). En prolongation, l’attaquant Geoff Hurst expédie une frappe qui ricoche sur la barre allemande, rebondi sur le sol et ressort. Le ballon a-t-il franchi la ligne ?
L’arbitre suisse Gottfried Dienst, conseillé par son assistant soviétique Tofik Bakhramov, dit oui (3-2, 101e). Les Three Lions inscriront un dernier but anecdotique (120e, 4-2). La technologie moderne a permis d’analyser les images avec précision, et le verdict est formel : le but n’aurait jamais dû être validé. En 2010, Hurst est passé aux aveux : «Le ballon n’a jamais franchi la ligne de but. Ça a été un fardeau énorme sur mes épaules pendant 44 ans.»
1986 : Maradona et la main de Dieu
Le but le plus emblématique de l’histoire de la Coupe du monde. Rien que ça. L’histoire est connue, les détails moins. Après une percée au cœur de la défense anglaise, Diego Maradona profite d’un ballon maladroitement dévié en cloche. Le gardien Peter Shilton ne s’impose pas dans les airs et le fantasque Argentin marque (51e, 1-0). De la tête, croit l’arbitre tunisien Ali Bin Nasser. De la main, vocifèrent les Anglais. Ce quart de finale du Mondial 1986 vient de basculer.
La formule de «la main de Dieu» donnera une résonance mystique à ce but, bien au-delà du football. «C’était un peu la main de Dieu et un peu la tête de Maradona», aurait soufflé le N.10 de l’Albiceleste après la rencontre. Galvanisé, Maradona inscrit, quatre minutes plus tard, l’un des buts les plus incroyables (au sens positif du terme cette fois) de la Coupe du monde : un slalom où il passe cinq Anglais, dont le gardien, en revue (55e, 2-0). 36 ans plus tard, le ballon du match a été vendu aux enchères pour 2,3 millions d’euros. L’Argentine s’en était allée remporter le Mondial, immortalisant un peu plus «El Pibe de Oro» (le gamin en or).
1994 : Baggio et le penalty qui lui a «donné envie de mourir»
Il était une fois un héros, un être de lumière, à en croire le surnom qui lui avait été accolé, «Il Divin Codino» (le divin à la queue-de-cheval). Roberto Baggio était un peu un avant-centre, un peu un meneur de jeu. Ballon d’Or 1993, il se présente au Mondial 1994, aux États-Unis, avec le statut de meilleur footballeur sur la planète. Il a 27 ans et incarne le renouveau de l’Italie, qui reste sur l’échec cuisant de la 3e place en 1990, à domicile.
Baggio, star de la Juventus, signe un doublé en 8es de finale, un but en quarts et un doublé en demie pour aller défier le Brésil. 0-0 après 120 minutes. La séance de tirs au but, la première de l’histoire des finales de Coupe du monde, est crispante. Baggio est le 5e tireur italien. S’il rate, c’est fini. Son tir s’envole au-dessus de la barre. Le phénoménal N.10 reste debout, pétrifié, la tête basse.
«Si j’avais eu un couteau, je me serais poignardé. Si j’avais eu un pistolet, je me serais tiré une balle. À ce moment, j’avais envie de mourir», décrira Baggio 30 ans plus tard pour The Athletic . Encore aujourd’hui, il dit «en faire des cauchemars», il se dit «hanté», même si l’Italie a décroché sa 4e Coupe du monde en 2006. Sans lui.
2006 : Zidane, la panenka et le coup de boule
Ce devait être la fin de carrière. C’était parti pour, grâce à «un geste pas donné à tout le monde», comme l’a récemment rappelé Zinédine Zidane lui-même à L’Équipe. À la 7e minute de la finale contre l’Italie, le N.10 des Bleus ose une panenka sur penalty. Sa pichenette trompe Gianluigi Buffon, dont il a longtemps été le coéquipier à la Juventus. «Il est malade», s’étrangle Fabien Barthez à l’autre bout du terrain. La France mène 1-0, la légende de «Zizou» s’épaissit. Elle va prendre un tournant dramatique.
L’Italie égalise, comme un symbole, par Marco Materazzi (19e, 1-1). Celui qui fera disjoncter Zidane en prolongation. Son coup de boule sur le défenseur italien, qui aurait insulté sa famille, lui vaudra le carton rouge le plus marquant de l’histoire du football. Les Bleus auraient-ils perdu la séance de tirs au but si Zizou y avait participé ? La question n’aura jamais de réponse. La cicatrice, elle, demeure.
2010 : Suarez et «la main du diable»
Des sales coups, des morsures, des accusations de racisme, mais surtout une main. Celle qui a sauvé sa patrie à la Coupe du monde 2010. Luis Suarez n’est pas encore l’attaquant extraordinaire qu’il sera à Liverpool et au Barça lors du quart de finale entre l’Uruguay et le Ghana, à Johannesbourg (Afrique du Sud). En fin de prolongation, sur une tête de Dominic Adiyiah, Suarez renvoie volontairement le ballon de la main sur sa ligne de but.
Milovan Rajevac, sélectionneur serbe du Ghana, parlera de «main du diable». Et pour cause : le penalty qui en découle est raté par Asamoah Gyan, et les «Black Stars» s’inclinent aux tirs au but. Suarez, exclu et suspendu pour la demi-finale, sera vivement défendu par son équipe, et même par des dirigeants politiques en Uruguay. «Je n’avais pas le choix. La main de Dieu est à moi maintenant», lâche le roi de la provocation. Gyan, beau joueur, ne lui en voudra pas et avouera même : s’il avait été à sa place, il aurait fait la même chose.
2018 : Pavard et sa «frappe de bâtard»
Né en 1996, Benjamin Pavard est presque trop jeune pour comprendre le parfum «Olive et Tom» que revêt ce moment suspendu dans le temps. La France est menée (1-2) par l’Argentine en 8e de finale de Coupe du monde 2018. À la 57e minute, Lucas Hernandez est lancé côté gauche et centre. Le ballon rebondit deux fois. «Second poteau Pavard», amorce Grégoire Margotton, commentateur pour TF1, sans savoir combien ces trois mots, qui ont leur page Wikipédia dédiée, deviendraient iconiques.
D’une demi-volée parfaite, Pavard, méconnu du grand public avant le Mondial, modeste joueur de Stuttgart (il signera au Bayern Munich un an plus tard), fait basculer une rencontre remportée par les Bleus (4-2), en route pour décrocher une deuxième étoile. «C’est un moment qui change notre Coupe du monde», avait souligné Didier Deschamps au micro de Téléfoot.
«D’habitude quand l’arrière gauche monte, l’arrière droit doit rester dans son camp. Mais j’ai senti un truc. Je couvrais un peu le hors-jeu sur le deuxième but argentin... Et je me souviens surtout du visage des remplaçants derrière le but...», a rembobiné pour Eurosport le héros de Kazan (Russie), qui a chez lui une photo de son but, son premier chez les Bleus. Les supporters français en ont fait une chanson qui l’a accompagné sur la fin du Mondial : «Benjamin Pavard, je ne crois pas que vous connaissez. Il sort de nulle part, une frappe de bâtard, on a Benjamin Pavard !»
2022 : Martinez écœure Kolo Muani et la France
120 minutes, six buts, Lionel Messi, Kylian Mbappé, une séance de tirs au but irrespirable. Et pourtant, la première image qui revient à l’évocation du France-Argentine de 2022 est bien un arrêt. Celui d’une vie pour Emiliano Martinez. Ou pas d’ailleurs, car le gardien de l’Albiceleste, as de la provocation, s’illustrera à nouveau quelques minutes plus tard pour enfoncer les Bleus dans un profond désarroi.
Menée 2-0, puis 3-2 en prolongation, la France s’accroche à son rêve, à chaque fois grâce à Mbappé, auteur du dernier but sur penalty (118e, 3-3). Trois minutes de temps additionnel prolongent le suspense. Sur un long ballon hasardeux d’Ibrahima Konaté, Nicolas Otamendi rate son intervention. Randal Kolo Muani est en embuscade. Il reste 20 secondes. Le trophée est au bout de son pied. Martinez se met en travers de sa destinée.
«Je la regarde encore, soupire deux mois plus tard Kolo Muani au micro de beIN Sports. Dans ma tête, je me suis dit "il faut que je tire". Je pouvais le lober, je pouvais donner le ballon à Kylian, mais sur l’action je ne le vois pas. Après quand tu vois la vidéo, tu vois qu’il y a d’autres possibilités, mais c’est trop tard. Je l’ai encore en travers de la gorge et ça, je l’aurais à vie.»

il y a 2 day
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