Géopolitique. L'île, qui importe la quasi-totalité de son énergie, dont de grandes quantités de GNL, se retrouverait fragilisée en cas de blocus. Le conflit au Moyen-Orient la précipite d'ores et déjà dans une situation dangereuse.
Par Suzanne Duroy (correspondante à Taipei)
Publié le 20/03/2026 à 16:00
Un agent de sécurité se tient à l'entrée du terminal de réception de GNL de Guan-Tang, une installation d'importation de gaz naturel liquéfié située à Taoyuan, à Taïwan, le 20 mars 2026. REUTERS/Ann Wang
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Rarement les manœuvres militaires chinoises n’ont semblé aussi proches de Taïwan qu'en ce 29 décembre 2025. Ce jour-là, l’île a été encerclée par 89 avions de guerre et 28 navires. Certains, qui s'étaient aventurés à une trentaine de kilomètres seulement des côtes, étaient visibles depuis la pointe la plus méridionale. Pour la seconde fois de l’année, la Chine s’entraînait à un blocus de ce territoire qu'elle considère comme l'une de ses provinces. Si elle était mise en place, une telle opération permettrait à Pékin, en étouffant la chaîne d’approvisionnement énergétique taïwanaise, de soumettre l’île "sans tirer un seul coup de feu", selon le think tank américain Foundation for Defense of Democraties (FDD).
L’été dernier, ce centre de réflexion basé à Washington a imaginé plusieurs scénarios de blocus. La conclusion est sans appel : sa dépendance énergétique est le talon d’Achille de Taïwan. Et pour cause, territoire exigu, sismique, et privé de ressources naturelles, l'île importe 96 % de son énergie : en majorité du gaz naturel liquéfié (GNL), source d'environ la moitié de sa production d'électricité. Cette vulnérabilité énergétique inquiète la communauté internationale : l’île produit en effet plus de la moitié des semi-conducteurs de la planète et détient un quasi-monopole sur les puces les plus avancées. Une activité de plus en plus énergivore, tant la demande mondiale explose.
Or, les menaces chinoises sur les infrastructures énergétiques taïwanaises se font de plus en plus précises. "L’année dernière, lors d'exercices militaires, la Chine a simulé des tirs de missiles longue portée sur des terminaux de réception de GNL", observe Shen Ming-shih, spécialiste des questions de défense à l’INDSR (Institute for National Defense and Security Research) à Taipei.

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