Un portrait pétri d’humour et de vacherie britannique : notre critique de The Christophers, de Steven Soderbergh

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Michaela Coel et Ian McKellen dans The Christophers, de Steven Soderbergh.

Michaela Coel et Ian McKellen dans The Christophers, de Steven Soderbergh. Dulac distribution

CRITIQUE - Pour son 32e film, le réalisateur américain enferme un vieux peintre acariâtre (Ian McKellen), avec une jeune femme faussaire (Michaela Coel).

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Elles prenaient la poussière au grenier. Huit toiles en tout : elles représentent le visage d’un certain Christopher, d’où leur titre. Elles constituent les œuvres inachevées de Julian Sklar, qui ne croit plus à rien et dont l’inspiration est en panne depuis un bon moment. Il faut imaginer un mélange de Lucian Freud et de Francis Bacon qui s’habillerait comme David Hockney (le béret). Il faut donc admirer Ian McKellen en Roi Lear à la voix sépulcrale et aux doigts tachés de gouache.

Le vieillard bisexuel ne sort plus de chez lui. Ses deux enfants ne pensent qu’à l’héritage. Ils ont engagé une jeune restauratrice pour terminer en douce les tableaux de leur père. À sa mort, ils vaudront de l’or. Lori (Michaela Coel), qui court après l’argent et arrondit ses fins de mois en confectionnant des sandwichs dans un food-truck, sonne chez le misanthrope.

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Il ne quitte pas son écran d’ordinateur, la rudoie, se lance dans son grand numéro de génie odieux. Son caractère rugueux lui a permis de participer jadis à une émission où il éreintait les talents débutants avec une jubilation non dissimulée. C’était l’époque où il inventait d’absurdes performances, vendant son travail aux enchères sur le trottoir. Depuis il s’est enfermé dans le silence et l’amertume. Cela n’exclut pas une solide dose de lucidité.

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Portrait réussi

Commence un jeu du chat et de la souris. Les rôles s’intervertissent. Il lui demande si elle a un petit ami. Elle lui répond que ça ne le regarde pas. Il est son patron, point. Conflit de générations. Il crache sur Warhol, vomit la terre entière, réservant ses piques les plus acides à sa progéniture. Son cœur, il le cache. Cet organe ne rapporte pas des millions. Elle observe, prépare sa vengeance. Le huis clos connaît des hauts et des bas. Elle claque la porte.

Beau personnage que cette Lori, à moitié faussaire, élégante jusqu’au bout des ongles, toujours vêtue dernier cri. Ses yeux de panthère ne laissent pas échapper grand-chose. La fille n’est pas idiote. Alors, ces fameux Christophers, on les déchiquette ou on les brûle ? Si ça continue comme ça, elle démissionne.

Michaela Coel tient tête à ce cabot superbe et pathétique, éclaire ce duel londonien, affiche un sursaut de dignité, se lance dans de brillants dégagements sur l’art. Pour un peu, c’est lui qui se transformerait en son assistant. Il décide de souiller les toiles en question, ajoute des paillettes, du ruban adhésif (les plumes, zut, ça ne va pas). Qui était donc ce Christopher ? Une vague de soupirs sert d’explication. Prenons un verre de vin, plutôt. Et si on s’amusait à dynamiter le marché ?

Steven Soderbergh, en bon ouvrier prolifique, réussit son portrait de l’artiste en vieux singe. Son 32e film est libre, actuel, feutré. Il renferme quelques trésors simples : la complexité des rapports humains, la culture comme droit à l’égoïsme et à la goujaterie. La cruauté n’est pas absente. Les répliques sont autant de flèches qui font mouche. Humour et vacherie typiquement britanniques. Et cette délicatesse de touche, cette main qui pend, ce pinceau tombé sur le sol.


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La note du Figaro : 3/4

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