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Bien que raccourcie à trois soirées, la manifestation confirme l’appétence du public pour des partis pris affirmés.
Depuis sa première édition en 1948 - une ancienneté qui fait de la manifestation une pionnière du genre -, le Nice Jazz Festival n’en finit pas de se réinventer. Depuis 2011, l’événement se déroule de nouveau en plein centre-ville, dans le cadre du jardin Albert Ier, après avoir fait les grandes heures des arènes de Cimiez, sur les hauteurs de la ville. Un ancien journaliste niçois a récemment lancé une pétition en ligne pour réclamer son retour en ce lieu. L’édition 2026, qui vient de s’achever, était la première à se dérouler sous la houlette d’Éric Ciotti, élu à la mairie au printemps dernier, sur fond de crise budgétaire. Ramené à trois soirées seulement pour cause d’économies drastiques après une série d’éditions dispendieuses, le festival a néanmoins tenu ses promesses sur le plan musical.
Depuis de nombreuses années, le programme s’est largement ouvert aux esthétiques, rock, pop, soul, hip-hop, déployées principalement sur la grande scène Masséna. Cette année, la légende du rock Sting, le rappeur de la côte est Busta Rhymes et la nouvelle reine de la pop anglaise Lola Young ont permis d’attirer les foules. Mais on a aussi pu constater un regain d’intérêt et une curiosité renforcée du public pour les propositions jazz présentées sur la deuxième scène, celle du Théâtre de verdure. C’est là qu’on peut entendre à la fois de nouveaux venus et des pointures confirmées du jazz. Précédée par une belle réputation, la jeune chanteuse Gabrielle Cassava est une signature de Blue Note à la voix caressante. Mais sa prestation un peu timorée a laissé le public sur sa faim, tout comme celle de l’Américain Kassa Overall, de la prestigieuse écurie Warp ! dont les expérimentations et les hybridations ne sont pas encore tout à fait abouties.
Seigneur du jazz caribéen, magnifique pianiste, Mario Canonge a livré un set tout à fait exceptionnel vendredi 24 juillet. Musicien prolifique, fondateur du projet fusion Ultramarine dans les années 1980, ce sexagénaire est un grand styliste de son instrument, au jeu puissant. Soutenu par la batterie toujours spectaculaire du très demandé Arnaud Dolmen, Canonge a séduit, au-delà de ses fidèles.
Avec des racines solidement implantées dans la culture caribéenne eux aussi, les vétérans de la scène soul funk britannique de Cymande ont commencé à se produire au début des années 1970. Un demi-siècle plus tard, avec deux musiciens originaux, les anciens ont enchanté le public familial du vendredi soir. Le groupe est ressorti de l’oubli grâce aux nombreux rappeurs qui ont puisé des samples dans leur riche discographie. Le gimmick du tube de Mc Solaar Bouge de là vient ainsi de leur morceau The Message, qu’ils ne manquent pas de jouer entre des incursions latin jazz, pop et soul vintage.
Mais c’est bien la soirée de samedi qui offrira le plus de frissons. En ouverture, Bireli Lagrène prouvera aux distraits et aux touristes qu’il est un immense multi-instrumentiste, dont l’art s’épanouit bien au-delà des frontières du jazz manouche. Entouré d’un groupe chevronné, Lagrene a exploré des contrées aux confins du be-bop et du rock. Alternant entre le son velouté du jazz et les attaques du gros son rock, le guitariste, plus proche de Jeff Beck et Jimi Hendrix que Django Reinhardt, a régalé les amateurs, deux jours après son passage aux Nuits de la guitare de Patrimonio.
John Coltrane n’a jamais eu l’occasion de se produire dans le cadre du Nice Jazz Festival. Il a joué à Juan-les-Pins, dans la pinède, à quelques encablures de là. Afin de célébrer les cent ans de sa naissance, Nice a invité James Carter à donner un programme en hommage au plus grand saxophoniste de l’histoire du jazz, concentré autour des années 1957 à 1967, soit la période de son abondante production pour les labels Prestige, Blue Note, Savoy, Atlantic et Impulse . En quintet comme son maître, le sexagénaire a donné un concert vibrant, qui a permis de mesurer la modernité du répertoire du musicien disparu en 1967 après une carrière fulgurante. Ses longs chorus passionnants ont été applaudis avec ferveur par une foule enthousiaste. Les Cassandre qui ont annoncé la mort du jazz devraient se rendre à Nice l’été. Loin d'être moribond, le genre y affiche de belles couleurs, porté par de grands musiciens.

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