Mieux vaut deux fois qu’une. Lundi 16 mars, François Hollande le déclame sur France Inter, "la clarté c’est une dynamique, et ça veut dire qu’on ne fait pas d’alliance". Voilà des semaines que le dernier président socialiste de la Ve République met en garde ses troupes contre la tentation de s’allier avec La France insoumise. Voici venu le moment, celui de la contre-offensive, celui de l’affirmation des principes. En sortant de la Maison de la radio, il discute au téléphone avec son ami, le maire PS de Brest depuis 25 ans, François Cuillandre. L’ancien chef de l’Etat en remet une couche. Il sait que l’édile est en délicatesse dans son fief breton, devancé sur sa droite, et suivi par la tête de liste insoumise arrivée en troisième position. Tiens bon, l’ami ! François Hollande lui réexplicite sa position, telle qu’énoncée sur les ondes du service public : plutôt qu’une fusion, le sortant devrait mobiliser tous les électeurs de gauche.

Un ancien président peut aussi siffler dans un violon. Quelques heures plus tard, dans la ville portuaire, socialistes et insoumis annoncent la fusion de leur liste. Et le supplice chinois ne s'arrête pas là, songe tout haut Olivier Faure. Mardi, le premier secrétaire du PS se fait l'écho sur ses réseaux sociaux d'une fusion à Tulle, le chef lieu hollandiste. La liste du maire divers gauche sortant s'allierait donc aussi avec LFI ? La vérité est plus complexe, puisque Bernard Combes se joint à une liste dirigée par un communiste...comprenant des Verts et un insoumis. Mais l'occasion est trop belle pour montrer que les principes de l'ancien chef de l'État se heurte au mur du réel.

Triste jour pour les tenants de la rupture avec les insoumis. Ceux qui tiennent la digue constatent avec amertume qu’une consigne d’Olivier Faure, floue à dessein, dure aussi longtemps que le premier gouvernement de Sébastien Lecornu - environ 13 heures. D’aucuns avaient noté une inflexion dans la prise de parole du patron socialiste, dimanche soir. "Je demande aux socialistes de rassembler dans la clarté et veiller au respect des principes et de nos valeurs", disait le premier secrétaire. Exit les conditions de la convergence fixées dans le communiqué du Bureau national, celui qui avait fait couler beaucoup d’encre, appelant "localement, les militant-es insoumis-es à se désolidariser clairement et pleinement des propos" de Jean-Luc Mélenchon, qualifiés d’antisémites. Il n’en sera rien. Aurélien Rousseau, député Place publique, proche de Raphaël Glucksmann, observe, impuissant, la marche arrière de son camp. "C’est Sisyphe. On avait contribué à redonner à la gauche la capacité d’avoir moins peur de Jean-Luc Mélenchon. Aujourd’hui, on a le sentiment de reculer."