Comment se remettre après le traumatisme d’un incendie ?

il y a 2 day 3

Trois personnes observent un incendie de forêt à distance, avec un panneau routier au premier plan.

© Gwengoat/Getty Images

Alors que la Gironde et le Var sont encore en proie aux flammes, l’impact psychologique de ces incendies interroge. Que risquent de vivre les sinistrés au niveau psychique ? Comment tâcher d’aller mieux, et quand consulter en cas de détresse psychologique ?

De la fumée à perte de vue, des flammes incontrôlables, des déplacés par milliers… Les images et informations concernant les incendies de Gironde, des Landes et du Var sont terribles. La situation l’est d’autant plus pour les personnes sinistrées, qui ont perdu leur habitation, ou qui ont dû fuir leur domicile ou leur lieu de vacances à la hâte.

Face à cette catastrophe naturelle sans précédent, se pose la question de la santé mentale des personnes affectées.

« Le feu est un phénomène très dévastateur, perçu comme une menace vitale immédiate », souligne ainsi le Dr Christine Barois, psychiatre et pédopsychiatre spécialiste du stress, de l’anxiété et de la dépression. Ce type d’événement engendre « une perte de contrôle totale, avec parfois une destruction de son “chez soi” qui peut être très traumatisante », souligne-t-elle.

Dès lors, chacun peut à sa façon, selon son vécu personnel. Ainsi, les personnes qui ont déjà vécu un événement traumatique, lié ou non au feu, peuvent être victimes de reviviscences, et replonger dans des angoisses. Quant à celles qui n’ont jamais rien vécu de tel peuvent aussi parvenir à “digérer l’événement”, ou, à l’inverse, développer des symptômes proches d’un syndrome de stress post-traumatique.

Syndrome de stress post-traumatique : quels symptômes ?

« Sidération, hypervigilance, images intrusives, irritabilité ou à l’inverse anesthésie émotionnelle » sont quelques-uns des symptômes qui doivent faire évoquer un syndrome de stress post-traumatique, liste le Dr Barois. La psychologue clinicienne Johanna Rozenblum, jointe par nos soins, ajoute les reviviscences et flash-back de l’événement, ainsi que les cauchemars, autrement dit, « l’événement traumatique qui se répète en boucle » et auquel s’ajoutent « tout un tas de symptômes anxieux, qui, dans le temps peuvent se majorer, avec des symptômes dépressifs, des idées noires, des idées suicidaires, une perte de plaisir ».

Autant de symptômes qu’il est bon de repérer, dans les semaines qui suivent l’événement à caractère traumatique, en l’occurrence ici les incendies impressionnants de ce mois de juillet 2026. Une prise en charge, essentiellement psychothérapeutique, est alors nécessaire pour s’en sortir. Une prise en charge médicamenteuse peut venir s’y ajouter mais n’est pas systématique. Elle s’impose surtout « en cas de symptômes anxieux et/ou dépressifs massifs et sévères », précise Johanna Rozenblum.

Laisser du temps au temps, et retrouver des repères

Cela dit, la psychiatre Christine Barois suggère de « laisser du temps au temps » : les personnes qui ont vécu ces incendies de façon traumatique, au plus près des flammes et des fumées, ont surtout besoin, dans l’immédiat, de « travailler sur l’émotionnel ». Ce qui peut passer par le fait de s’entourer de proches, de reprendre des repères et des routines rassurantes, et pourquoi pas de pratiquer la cohérence cardiaque et la méditation.

« Il s’agit de parvenir à se dire “c’est fini”, “je suis maintenant en sécurité”, “le pire est passé”, une fois que la menace directe est passée », suggère la spécialiste, qui recommande pourquoi pas l’utilisation d’applications de cohérence cardiaque ou de méditation dans un premier temps. En consultant, évidemment, si l’on se sent submergé et que les symptômes d’anxiété persistent sinon s’amplifient.

Par ailleurs, lorsque l’on se sait sensible aux images ou que l’on a vécu l’incendie, il peut être judicieux de faire une pause des images : éviter de scroller sur les réseaux sociaux ou de regarder les chaînes d’info en continu, qui maintiennent dans un état d’hypervigilance et d’angoisse. A fortiori chez les enfants : « pour les enfants notamment, il faut éviter une exposition de nouveau aux images, aux informations parce que cela peut réactiver le trauma et l’anxiété. L’idée c’est d’offrir aux enfants, le plus rapidement possible, ainsi qu’aux adultes traumatisés, un environnement sécurisant, et qui leur est le plus familier possible », nous indique Johanna Rozenblum. Même son de cloche pour le Dr Barois, qui suggère de se tourner davantage vers la radio, et pas en continu, si l’on souhaite rester informé malgré tout.

Enfin, notons qu’apporter une aide, même minime, aux sinistrés et aux pompiers, par exemple via des dons aux cagnottes en ligne (ici pour les sinistrés, pour les pompiers) peut diminuer le sentiment d’impuissance lié à ce type d’événement. En espérant par ailleurs que les incendies seront rapidement totalement maîtrisés sinon éteints et que le reste de l’été n’en voit pas d’autres débuter !

Sources

Source 1 : entretien par Whatsapp avec Johanna Rozenblum, le lundi 27/07/26 à 14h40.

Source 2 : entretien téléphonique avec Christine Barois, le lundi 27/07/26 à 15h.

Lire l’article en entier