Respecté pour ses analyses tranchantes et son aptitude à dire les vérités qui fâchent – il s'est brouillé avec Donald Trump, qu'il égratigne dans ses Mémoires – le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche de 2017 à 2018 est également connu pour sa critique lucide de la guerre du Vietnam. Herbert Raymond (dit "H.R.") McMaster est aussi un expert du "Red teaming", ce "war game" consistant à se mettre à la place de l'ennemi (la red team, ou équipe rouge). Théoricien militaire très écouté, il est aujourd'hui chercheur émérite à l'Institut Hoover de l'université de Stanford, en Californie. Son conseil aux Iraniens ? Déposer les armes. Maintenant.

L'Express : Nombre d'observateurs s'inquiètent de la résilience des Iraniens et incriminent le manque de préparation de Donald Trump, anticipant un fiasco. Le déroulé de la guerre vous surprend-il ?

Général H.R. McMaster: Mon principal étonnement vient de ce que l’Iran n’a aucunement hésité à frapper 14 pays différents dans la région. Ce qui, évidemment, souligne la pertinence de l'opération américano-israélienne. Il s'agit d'empêcher le régime théocratique de se projeter au-delà de ses frontières afin qu'il cesse d'être une menace pour les pays qui l'entourent et pour l’économie mondiale. Pour le reste, peu de choses m'étonnent car les opérations se passent essentiellement comme les planificateurs militaires américains les ont prévues.

Donald Trump a repris l’initiative géostratégique et restauré de la dissuasion

H.R. McMaster

Vraiment ? Mais le blocage du détroit d'Ormuz et ses conséquences ne sont-ils pas la preuve d'une erreur de calcul des risques ?

(Il s'esclaffe). Mais bon sang, l'idée que cette opération est improvisée ou mal préparée est ridicule ! Cela fait vingt ou trente ans que l'armée américaine fait chaque année des exercices militaires portant sur la réouverture du détroit d’Ormuz. Cela fait des décennies que nous étudions tous les aspects de la pensée militaire iranienne. Les scénarios sont connus depuis au moins la "guerre des pétroliers" de 1981‑1988 lorsque l'Iran et l'Irak prenaient pour cible leurs tankers respectifs. Les Iraniens ont tiré des drones sur des installations pétrolières ? Cela n'a rien d'une innovation: ils l’ont fait en 2019 contre l’Arabie saoudite.