Etats-Unis. Mercredi, la directrice du renseignement national et le directeur de la CIA ont été incapables de confirmer les affirmations de Donald Trump pour justifier son entrée en guerre contre l'Iran.
Publié le 19/03/2026 à 10:16
La directrice du renseignement américain Tulsi Gabbard témoigne devant le Sénat, le 18 mars 2026.
REUTERS
Il s'agit de témoignages dont Donald Trump se serait sûrement bien passé. Convoqués devant le Comité sénatorial du renseignement ce mercredi 18 mars, Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national, et John Ratcliffe, directeur de la CIA, ont eu du mal à justifier les affirmations du locataire de la Maison-Blanche selon lesquelles l'Iran présentait une menace imminente. Un argument dont se sert le président américain depuis les premières frappes américaines contre Téhéran le 28 février dernier pour justifier l'entrée en guerre des États-Unis contre la République islamique.
Le programme d'enrichissement nucléaire iranien "anéanti" dès le mois de juin
Sur le programme nucléaire iranien, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises que l'Iran avait "tenté de reconstruire son programme nucléaire" après les frappes américaines du mois de juin lors de l'"opération Midnight Hammer" ("Marteau de minuit). Lors de son discours sur l'état de l'Union devant le Congrès le 24 février dernier, soit trois jours avant le début de la guerre, le président américain affirmait encore que les Iraniens "[poursuivaient] à l’heure actuelle leurs sinistres ambitions nucléaires". Mais Tulsi Gabbard a livré une tout autre version mercredi, dans sa déclaration écrite transmise au comité sénatorial. "À la suite de l'opération Midnight Hammer, le programme d'enrichissement nucléaire de l'Iran a été anéanti", a-t-elle assuré.
"Depuis lors, aucun effort n'a été entrepris pour tenter de reconstruire leurs capacités d'enrichissement", a-t-elle ajouté, soulignant que "les entrées des installations souterraines qui ont été bombardées ont été recouvertes de terre et bouchées avec du ciment". Cependant, Tulsi Gabbard n'a pas évoqué cette partie, pourtant essentielle, dans sa déclaration orale devant les sénateurs. Interrogée sur la raison pour laquelle elle n'avait pas lu ces paragraphes lors de son audition, la directrice du renseignement national a argué d'une question de temps, sans pour autant remettre en cause ses propos écrits. Le sénateur démocrate Mark Warner l'a aussitôt accusée d'avoir "omis à l'oral les parties qui contredisent le président".
Les missiles iraniens, pas une menace imminente
Toujours dans son discours sur l'état de l'Union fin février, le président américain avait aussi affirmé que l'Iran construisait des missiles balistiques intercontinentaux (OICM) qui "atteindraient bientôt les États-Unis d'Amérique", et déjà capables d'atteindre des bases militaires dans la région ainsi que l'Europe. Mais là encore, les deux responsables ont peiné à aller dans le sens de Donald Trump. Tulsi Gabbard a ainsi confirmé la conclusion tirée par la Defense Intelligence Agency, publiée par l'administration Trump l'année dernière, selon laquelle il faudrait une décennie avant que l'Iran puisse dépasser les obstacles technologiques pour produire des armes capables d'atteindre les États-Unis. Lors de son discours, la directrice du renseignement a souligné que la Chine et la Russie disposent de systèmes "capables de pénétrer ou de contourner les défenses antimissiles américaines", tandis que les missiles de la Corée du Nord pourraient déjà atteindre le sol américain, tout comme les missiles du Pakistan "potentiellement". Toutefois, elle n'a pas présenté l'Iran comme l'une des nations disposant de ces capacités avancées. Préférant battre en brèche, John Ratcliffe, le directeur de la CIA, s'est lui attardé sur la menace que représente l'Iran pour les alliés dans la région ainsi que pour les bases militaires américaines, ne répondant pas directement à la question d'une menace imminente sur le sol américain.
Agacée par les questions des sénateurs, Tulsi Gabbard a fini par tenter de se dédouaner, estimant qu'"il n'est pas de la responsabilité de la communauté du renseignement de déterminer ce qui est ou pas une menace imminente". "C’est précisément votre responsabilité de déterminer ce qui constitue une menace pour les États-Unis", n'a pas manqué de lui rétorquer le sénateur démocrate Jon Ossoff.
Cette audition de Tulsi Gabbard et du directeur de la CIA, John Ratcliffe, intervient au lendemain de la démission fracassante du responsable du contre-terrorisme Joe Kent, qui a clairement mis en cause l'entrée en guerre des États-Unis avec l'Iran, aux côtés d'Israël, pour se justifier. "Je ne peux pas en toute conscience soutenir la guerre en cours en Iran. L'Iran ne représentait pas de menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre en raison de la pression d'Israël et de son puissant lobby américain", a-t-il écrit dans sa lettre de démission adressée au président américain.

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