Le 24 mars, les Danois sont appelés aux urnes. Mette Frederiksen a déclenché des élections anticipées, et ce choix de calendrier n’est pas innocent. La Première ministre sociale-démocrate a estimé qu’alors que son parti baissait dans les sondages depuis des mois, elle bénéficiait tout d’un coup d’un courant favorable inattendu : l’affaire du Groenland. En résistant publiquement aux rodomontades de Donald Trump sur le rachat de l’île autonome, elle a incarné quelque chose de rare dans la politique européenne — une posture souveraine, ferme, lisible.

Pourtant, si Frederiksen devrait conserver le pouvoir, ce n’est pas seulement grâce au Groenland (qui figure à peine dans la campagne). Mais surtout parce qu’elle a opéré un tournant que beaucoup de ses homologues progressistes n’osent pas encore adopter : l’une des politiques d’immigration les plus restrictives d’Europe, assumée, revendiquée, théorisée. Son message est direct : on peut être de gauche et fermer les frontières.

Cela est amplement documenté : les discours anti-migrants ont conquis une partie de la gauche européenne. L’argument, dans sa version la plus structurée, est social : pour protéger les travailleurs, défendre les salaires et préserver des Etats-providence construits sur des décennies, il faudrait contenir les flux migratoires. Dans ce cas de figure, l’immigré devient moins un bouc émissaire qu’une variable socio-économique à contrôler.