Iran : en visant Diego Garcia, Téhéran révèle une capacité de frappe bien plus longue qu'estimée

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C'est une nouvelle qui pourrait marquer un tournant dans le conflit opposant la coalition israélo-américaine et l'Iran. Ce 21 mars, la République islamique a tiré pour la première fois des missiles balistiques de portée intermédiaire vers Diego Garcia, la base militaire conjointe américano-britannique nichée au cœur de l’océan Indien, selon plusieurs responsables américains cités par le Wall Street Journal. Selon ces mêmes sources, dont l’une s’est également exprimée auprès de CNN, deux missiles ont été lancés : l’un a échoué en vol en raison d’un problème technique encore inconnu, tandis que l’autre aurait été intercepté par un destroyer américain équipé d’un système SM-3. Une interception qui n’a toutefois pas été officiellement confirmée par le Pentagone.

Londres, en revanche, est sorti de sa réserve. Le ministère britannique de la Défense a dénoncé des "attaques imprudentes de l’Iran", tandis qu’une source officielle a confirmé à l’AFP que la tentative de frappe avait échoué. Côté iranien, l’agence de presse Mehr revendique implicitement l’opération, évoquant une cible visant "la base militaire des oppresseurs à Diego Garcia" et qualifiant cette action d’"étape importante" dans la capacité de Téhéran à menacer les intérêts américains au-delà de son environnement régional immédiat.

Située sur une île isolée de l’archipel des Chagos, sous souveraineté britannique, la base de Diego Garcia constitue un point névralgique pour les opérations militaires américaines, abritant sous-marins nucléaires, bombardiers stratégiques et destroyers. Elle accueille notamment des bombardiers à longue portée, régulièrement mobilisés dans les opérations au Moyen-Orient. En 2025, Londres a conclu un accord prévoyant la rétrocession de l’archipel à l’île Maurice, tout en sécurisant un bail de 99 ans pour maintenir cette présence stratégique. Dans le même temps, le Royaume-Uni a autorisé les États-Unis à utiliser Diego Garcia ainsi que la base de Fairford, dans le sud-ouest de l’Angleterre, pour des opérations "défensives" contre l’Iran, visant notamment ses capacités de frappe. Une décision qui a immédiatement suscité la colère de Téhéran : le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a accusé le Premier ministre Keir Starmer de mettre "des vies britanniques en danger", affirmant que l’Iran exercerait "son droit à la légitime défense".

Une distance qui inquiète

Mais plus que l’épisode lui-même, c’est la distance parcourue par les missiles qui suscite l’attention... et l'inquiétude. La base visée se situe à près de 4 000 kilomètres des frontières iraniennes, soit bien au-delà de la portée officiellement reconnue par Téhéran, fixée à 2 000 kilomètres. Selon Iran Watch, une plateforme basée à Washington qui surveille et analyse les programmes nucléaires, balistiques et d’armes de destruction massive de l’Iran, le pays possède déjà des missiles capables d’atteindre 4 000 kilomètres, tandis que le centre israélien Alma estime leur portée maximale à 3 000 kilomètres, avec des projets d’armes plus longues encore.

Cette frappe relance ainsi les interrogations autour du missile Khorramshahr-4, fer de lance de l’arsenal balistique iranien. Officiellement capable de parcourir entre 2 000 et 3 000 kilomètres, ce missile pourrait en réalité aller bien au-delà. "S’il est confirmé que l’Iran a tiré 2 missiles capables d’atteindre Diego Garcia dans l’océan indien (4 000 kilomètres), cela confirme que Paris est à portée de tir depuis l’Iran", a commenté sur X Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret Défense et journaliste à L'Express. Le Royaume-Uni, de son côté, discute actuellement d’un transfert de souveraineté de Diego Garcia et des Chagos à l’île Maurice, tout en maintenant un bail à long terme pour la base. Mais cette perspective se heurte à l’opposition du président Donald Trump et de certains élus républicains, renforçant l’importance géopolitique de l’île.

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