Avec L'Étranger, François Ozon relève le défi d’adapter l'oeuvre de Camus. Un pari audacieux, que Canal+ diffuse ce mercredi 10 juin 2026 à 21h. Relevé avec succès ?
Mission impossible que d'adapter L’Étranger, d’Albert Camus, au cinéma ? Après une tentative avortée, soutenue par Gérard Philippe, puis une autre d'Ingmar Bergman, et une version jugée ratée de Visconti avec Marcello Mastroianni, c'est François Ozon qui s’est attaqué à ce monument de la littérature française plus de 80 ans après sa publication. Avec une ambition : percer le mystère Meursault.
On retrouve donc le personnage principal, un employé détaché de tout, confronté à la mort de sa mère puis entraîné dans une spirale tragique après le meurtre d’un homme sur une plage d’Alger. Benjamin Voisin crève l'écran dans cette adaptation en noir et blanc, que Canal+ diffuse ce mercredi 10 juin 2026 à 21h. Mais le film conserve-t-il l’esprit du texte original ?
L'Étranger, de Camus à Ozon : ces changements assumés par le réalisateur
Oui, incontestablement : le réalisateur de Huit femmes et Potiche garde la trame, les questionnements philosophiques et la fascinante étrangeté de Meursault. Le tout, sans abuser de la voix-off reprenant le texte de Camus. Mais cette fidélité n’exclut pas une réinterprétation personnelle, qu'Ozon reconnaît lui-même : "Je sais que par essence dans toute adaptation, il y a une part de trahison, qu’il faut assumer."
L'adaptation apporte quelques nuances, notamment dans la manière d’aborder le contexte colonial de l’Algérie française. Là où Camus laissait certaines figures dans l’ombre, le cinéaste donne volontairement davantage d’épaisseur aux personnages algériens et aux femmes du récit. Le changement le plus notable concerne la victime de Meursault, simplement désignée comme "’Arabe" dans le roman. Dans le film, elle acquiert une identité plus affirmée, tandis que certains personnages secondaires, comme sa soeur, voient leur rôle développé. Ce qui n'a pas déplu aux héritiers de l'auteur...
Pourquoi l'adaptation n'a pas été facile pour François Ozon
Un exercice d'adaptation pas simple pour le cinéaste, qui a divisé le film en deux parties — d'abord l’enterrement, la vie à Alger et le meurtre de l’Arabe sur la plage, puis la prison, le procès et la condamnation. Cette deuxième partie lui ayant "donné un vrai problème d’adaptation ; alors que la première partie est plus ou moins fidèle au roman, même si j’ai pris certaines libertés", explique-t-il.

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