Revue de presse. Le président américain regrette que ses alliés de l'Otan, notamment européens, refusent de venir en soutien de Washington pour sécuriser le détroit d'Ormuz. Pour la presse américaine comme européenne, cette fin de non-recevoir, compréhensible, pourrait toutefois avoir des conséquences à plus long terme.
Publié le 18/03/2026 à 16:14
Le détroit d'Ormuz, aujourd'hui bloqué par l'Iran, est un lieu stratégique par lequel transite un cinquième du trafic mondial de pétrole et de gaz liquéfié.
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Une "erreur monumentale". Voilà comment Donald Trump a qualifié mardi 17 mars le refus de la plupart des alliés de l'Otan de s'impliquer dans l'opération militaire israélienne en Iran. Un peu plus tôt, ce week-end, le président américain avait exhorté plusieurs pays, dans un message sur son réseau Truth Social, à venir en soutien des Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, aujourd'hui bloqué par l'Iran et par lequel transite un cinquième du trafic mondial de pétrole et de gaz liquéfié. "Espérons que la Chine, la France, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et d'autres (...) enverront des navires dans la région afin que le détroit d'Ormuz ne soit plus menacé par un pays totalement décapité", avait-il déclaré. Il avait également menacé l'Otan dans une interview au Financial Times : "S'il n'y a pas de réponse ou si celle-ci est négative, je pense que cela aura des conséquences très mauvaises pour l'avenir de l'Otan", avait mis en garde le dirigeant issu du Parti républicain.
France, Allemagne, Grèce, Pologne… Les refus se sont multipliés. Les dirigeants européens estiment qu'il faudrait se concentrer sur la gestion des conséquences financières de la guerre, telles que la hausse des prix de l'énergie et les perturbations potentielles de l'approvisionnement alimentaire, plutôt que de s'engager militairement. Cette salve de réponses négatives reçue par Donald Trump "fait jubiler les médias européens", relève Courrier International. "C’est précisément le président qui joue depuis un an à la petite brute de cour d’école qui demande aujourd'hui à ses partenaires de le soutenir dans sa guerre contre l'Iran", relève ainsi le magazine allemand Stern.
Une "double claque pour Donald Trump"
"Le message de l'Europe à Donald Trump a été clair, résume Politico. Nous ne vous aiderons pas à sécuriser le détroit d'Ormuz." Un avis partagé par le quotidien catalan Ara. "L'Europe se montre ferme et n’enverra pas de mission à Ormuz comme le voulait Donald Trump", indique la une de Ara. D'autres journaux n'y vont pas par quatre chemins, comme La Repubblica, qui parle d'une "double claque pour Donald Trump", ou encore un autre quotidien italien, Il Fatto Quotidiano, qui arbore sur sa première page une photo de Donald Trump, "le pyromane".
De son côté, le média américain Bloomberg constate sur son site que "l'Europe apprend à dire 'non' à Donald Trump concernant sa guerre en Iran". "Près de trois semaines après le début du conflit qui s'intensifie, les dirigeants européens ont cessé d'hésiter et ont commencé à affirmer clairement au président américain qu'ils ne soutiendraient pas sa campagne menée avec Israël", analyse Bloomberg.
"Les médias se contentent généralement de dire 'bien fait pour lui'", relève pour sa part le Wall Street Journal (WSJ). Pour le célèbre quotidien américain, "les Européens ont raison de souligner que Donald Trump ne les a pas consultés avant de lancer cette nouvelle vague de bombardements contre l'Iran". Donald Trump "privilégie systématiquement la démonstration de force des Etats-Unis, ce qui, sans aucun doute, heurte la sensibilité européenne", constate ce média. Les pays européens pourraient pourtant être utiles aux Américains. "Ils possèdent davantage de dragueurs de mines que la marine américaine ; une telle aide permettrait d'alléger la charge de travail de cette dernière, qui a d'autres intérêts à protéger dans le monde, notamment dans les Caraïbes et le Pacifique", explique le WSJ.
Une "joie mal placée"
Un éventuel engagement européen pourrait avoir des conséquences pour le Vieux Continent. "En Iran, en particulier, les Européens ont peu à gagner et beaucoup à perdre", estime Bloomberg, avant d'expliquer sa position. "Le chaos pourrait provoquer un afflux massif de réfugiés vers l'Europe, quelques années seulement après la dernière vague migratoire en provenance du Moyen-Orient. On craint également qu'une implication en Iran ne ravive les attentats terroristes qui ont secoué l'Europe il y a dix ans."
Cependant, in fine, juge le WSJ, les "plus grands perdants à long terme seront les pays qui dépendent de la puissance américaine pour dissuader les agresseurs". "Les alliés pourraient bien regretter leur joie mal placée face à la situation délicate de Donald Trump dans le détroit d'Ormuz", poursuit ce quotidien. Car Donald Trump "n'oublie rien, et l'Europe ne peut tout simplement pas se défendre sans la puissance militaire américaine". "L'escalade verbale représente un pari risqué pour l'Europe", prévient également Bloomberg, rappelant que le président américain "critique depuis longtemps les garanties de sécurité offertes par les Etats-Unis à l'Europe" et "menace" l'Otan de "très mauvaises" conséquences s'il n'obtient pas gain de cause.
Certains médias européens partagent ce point de vue et estiment que Donald Trump pourrait notamment se venger sur le dossier ukrainien. Selon le quotidien romain La Repubblica, "l'appel de Donald Trump aux alliés pourra difficilement être repoussé explicitement pendant longtemps"".

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