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Malgré la guerre qui redouble au Moyen-Orient, les autorités annoncent mettre les bouchées doubles pour accueillir les visiteurs dès le 11 décembre, enjeu vital pour l’émirat et sa politique de soft power culturel.
Alors que la guerre au Moyen-Orient repart de plus belle, le département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi a confirmé que le Guggenheim, construit par feu Frank Gehry, accueillera ses premiers visiteurs le 11 décembre. Pour l’heure, cette nouvelle semble plus un effet d’annonce qu’une réalité tangible, compte tenu de toutes les incertitudes qui pèsent sur la région. Elle ne tombe pas franchement au bon moment, l’accalmie entre États-Unis, Israël et Iran ayant été de courte durée. Les hostilités ont repris durement, avec des attaques conjointes menées par les Washington et l’Arabie saoudite contre des milices pro iraniennes en Irak et des frappes de pétroliers par l’Iran dans le détroit d’Ormuz.
Question de soft power culturel
Mais pour l’Émirat d’Abu Dhabi, poursuivre son expansion dans le Golfe, à travers le soft power de la Culture, reste vital dans cette course avec les pays concurrents, notamment le Qatar ou l’Arabie saoudite, tous deux très investis dans l’art et les musées. Elle reste aussi un enjeu touristique majeur pour cette ville entre mer et désert qui se rêve d’être la numéro 1, en espérant attirer près de 30 millions de visiteurs d’ici à 2030. Tandis que sa voisine Dubaï lance ses premières lignes de trains , via Etihad Rail, pour rejoindre Abu Dhabi en 57 minutes. Pas de quoi rassurer les voyageurs. Ces deux destinations sont au point mort, avec des hôtels vides et des avions qui n’atterrissent plus, certaines compagnies ayant suspendu leurs vols.
Pas un signe d’inquiétude toutefois dans le communiqué du 28 juillet qui met en avant « ce nouveau musée comme une étape majeure de la stratégie culturelle de l’Émirat, soulignant le rôle de la culture comme vecteur de dialogue entre les peuples ». Le département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi veut en finir à tout prix avec les vingt ans de saga de la construction du Guggenheim, marquée par de nombreux retards, changements de plans et dépassement de budgets, dans un contexte de crises économiques et de pandémie qui avait freiné le projet.
Phase finale
Contre vents et marées, le musée est désormais dans sa phase finale et va compléter le paysage de l’île de Saadiyat, avec le Louvre d’Abu Dhabi de Jean Nouvel et ses derniers nés, le Musée national Zayed de Norman Foster qui a ouvert en décembre 2025, juste après celui d’Histoire naturelle, à côté du TeamLab Phenomena. Une concentration d’institutions exceptionnelle sur un périmètre ciblé, qui doit devancer, à l’horizon 2030, celle de l’île Al Maha à Lusail, au Qatar. Le « masterplan » est conçu par le duo bâlois d’architectes Herzog et de Meuron, tout comme son musée des Arts traditionnels du pays. Ils en ont révélé les détails, lors de la dernière foire d’Art Basel, à Bâle, en juin, en présence de la princesse Sheikha al Mayassa, présidente de Qatar Museum.
Monstre architectural
Comme son voisin le Zhayed Museum, le Guggenheim Abu Dhabi est un monstre architectural, plus impressionnant encore que celui de Bilbao ou même la Fondation Vuitton du bois de Boulogne. La disparition de l’architecte lauréat du prix Pritzker, décédé en décembre dernier à l’âge de 96 ans, fait de ce musée sa plus grande réalisation et le met d’autant plus sous les feux des projecteurs. Entouré sur trois côtés d’eau, il constitue un ensemble de 80 000 m², comprenant 30 galeries, 11 600 m² d’espaces d’exposition intérieurs et 23 000 m² d’espaces extérieurs. Dix cônes monumentaux, culminant à près de 88 mètres, assurent à la fois l’identité visuelle du bâtiment et une ventilation naturelle adaptée au climat du Golfe.
Le contenu présenté aux visiteurs reste encore flou. On sait que l’Émirat a beaucoup acheté d’œuvres majeures des XXe et XXIe siècle sur le marché mais il ne veut en révéler les noms, pour créer un effet de surprise. Pour le moment, Mariët Westermann, directrice de la Fondation Solomon R. Guggenheim se contente d’insister « sur le caractère à la fois local et mondial de la future collection », destinée à raconter « de multiples histoires » à travers des œuvres provenant de tous les continents.
« Dédié à l’art moderne et contemporain des années 1960 à aujourd’hui, le Guggenheim Abu Dhabi revendique une approche qui dépasse les récits occidentaux traditionnels de l’histoire de l’art, explique cette dernière. Sa collection, constituée depuis 2009, privilégie les dialogues entre artistes, régions du monde et générations plutôt qu’un parcours strictement chronologique. Les visiteurs seront invités à explorer de grandes thématiques telles que l’abstraction, la culture populaire, le paysage, le langage ou encore les récits. Le musée développera une programmation d’expositions, de commandes artistiques et de recherches centrée sur les échanges culturels, en mettant l’accent sur les artistes du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie et d’autres régions souvent moins représentées dans les grands musées internationaux. Émirat».
On devrait en savoir plus rapidement, à mesure que la date d’inauguration s’approche. Et il y a fort à parier que l’Émirat d’Abu Dhabi mettra le paquet pour sa communication. Si la situation au Moyen-Orient leur en laisse le loisir.

il y a 6 hour
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