Interview. Pour le politologue, le Parti socialiste, faute de stratégie et de doctrine claire, n'a pas su saisir l'opportunité donnée par la rupture récente de LFI avec le reste de la gauche pour se replacer au centre du jeu politique.
Propos recueillis par Baptiste Gauthey
Publié le 17/03/2026 à 20:00

C’est un très mauvais coup pour le Parti socialiste : il va conserver la plupart de ses villes, voire en conquérir de nouvelles, mais il sortira néanmoins très affaibli de cette séquence.
PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXP
"Vous savez ce que c’est, c’est des gros combinards. Ils ne vont pas nous coûter trop cher je pense à acheter pour le deuxième tour". Voilà comment Jean-Luc Mélenchon, à l’occasion de son meeting du 4 mars à Bondy, parlait du PS et de ses dirigeants. Au lendemain du premier tour des municipales, les socialistes, visiblement peu rancuniers, ont manqué une occasion de faire mentir le chef de file des insoumis. Après des semaines à s’échanger des invectives, les deux partis ont mis leurs différends entre parenthèses pour nouer, le temps d’un second tour, des alliances locales au nom de la "lutte antifasciste". À Toulouse, par exemple, les listes LFI et PS ont fusionné pour tenter de battre le maire divers droite sortant, Jean-Luc Moudenc. Une stratégie loin de faire l’unanimité à gauche : un "déshonneur", a ainsi commenté l’ancien Premier ministre Manuel Valls, chroniqueur à L’Express.
Pour Gérard Grunberg, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste de la gauche, les tergiversations du Parti socialiste s’expliquent avant tout par son incapacité à rompre avec l’extrême gauche : "les socialistes n’ont jamais pleinement intégré la logique du parlementarisme et restent profondément marqués par les origines révolutionnaires de leur parti", explique à L’Express le politologue et directeur du site Telos. Conséquences : ces alliances de circonstances pourraient leur coûter cher lors des prochaines échéances électorales, alors même que ces municipales offraient l’occasion d'adopter une "nouvelle stratégie qui replace le PS au centre du jeu politique", regrette le chercheur. Entretien.
L’Express : A Toulouse, Lyon, Avignon, Nantes ou encore Limoges, le Parti socialiste et Les Ecologistes ont fait alliance avec La France insoumise, alors même que ces partis, il y a encore quelques jours, affirmaient que LFI avait franchi des limites inacceptables. Comment l’expliquez-vous ?
Gérard Grunberg : Tout cela remonte à très loin. Le Parti socialiste n’a jamais été capable de se relever du choc de 2017, avec la fin de la bipolarisation gauche-droite et la complexification croissante de notre système partisan. Au point de quasiment disparaître en 2022. Ce à quoi on assiste depuis l’annonce des résultats de ce premier tour, c’est la conséquence presque naturelle d’un parti qui n’a pas de stratégie, et qui n’en a plus depuis longtemps. Les critiques des dernières semaines à l’égard de LFI ne doivent pas faire oublier qu’il n’y a pas si longtemps, les socialistes formaient une alliance avec les insoumis dans le Nouveau Front populaire. Tout cela est la preuve que le PS, dans son for intérieur, n’a jamais véritablement rompu avec l’extrême gauche. Même quand cette dernière l’injurie, ce qu’a très largement fait Jean-Luc Mélenchon ces dernières semaines.

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